La Fashion Week SS19 en 29 points

Plus de 300 défilés répartis dans 4 villes : on vous présente les 29 grandes lignes directrices de la Fashion Week SS19.

Ligne ondulée
The Clothes
The Styling Tips
The Politics
The Buzz
The Transformations
Difficile de définir en un mois ce que seront les tendances de demain. C’est pourtant le pari pris tous les ans à la Fashion Week, qu’elle aie lieu à New York, Londres, Milan ou Paris. Or, l’idée que notre garde-robe puisse être influencée par 4 semaines de défilés tenus dans les villes les plus hypes du monde pose forcément un problème de légitimité. Comment s’attendre à ce que le monde s’habille comme une petite poignée de privilégiés ? Pourquoi faire autant de bruit sur des collections qui ne sortiront pas avant six mois ? Quel retour sur investissement pour ces designers qui vont parfois jusqu’à dépenser des centaines de milliers de dollars dans un défilé ? Enfin, pourquoi est-ce que septembre est encore considéré comme “le janvier de la mode” ? Après tout, y’a-t’-il un mois qui passe sans que ne sorte une collection capsule ou qu’une grande boutique ouvre ses portes ?
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Qu’à cela ne tienne, il semblerait que l'avant-dernière Fashion Week ait jeté un pavé dans la mare dans l’industrie de la mode, mais pas que.
Il faut dire aussi que le contexte géopolitique s’y prêtait, aussi bien en Europe que de l’autre côté de l’Atlantique. La nomination d’un juge conservateur à la Cour suprême des Etats-Unis, une succession de femmes noires en couverture des plus grands magazines de mode ou encore le sombre anniversaire de l’ouragan Maria qui avait dévasté Puerto Rico...autant de faits d’actualité qui seront soit repris par les designers, soit utilisés contre eux pour laisser entendre que la mode n’avait pas sa place en une des couvertures.
Pourtant, certains événements valaient bel et bien le détour. Le défilé de Pyer Moss par exemple et son casting 100% afro-américain. Hedi Slimane qui a fait méditer sur ce que voulait dire s’habiller « sexy » après #MeToo. Sacai pour déconstruire nos stéréotypes sur le féminisme, ou Carolina Herrera qui fera tout le contraire.
Mais peut-être que le réel changement est à chercher du côté des médias : ce qui se passe aujourd’hui à la Fashion Week a un réel intérêt pour le reste du monde, et non plus uniquement pour la sphère de la mode. Après tout, les femmes ont toujours été prêtes à faire entrer le changement dans leur garde-robe. Et si certaines pièces coûtent un bras, ca ne veut pas dire pour autant qu’elle n’ont rien à dire.
Maintenant que le printemps est là, prenons le temps de réfléchir sur les tendances annoncées en septembre à la Fashion Week Printemps/Eté 2019.
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La sandale velcro vs. l'écrase-m*rde

L’ère des chaussures qui font mal aux pieds est bien et bien révolue. Mais n’en est-on pas toutes passée par là ? Fini les talons qui tordent la cheville ou filent des ampoules, on veut des chaussures qui foulent le pavé bien comme il faut.
La difficulté ? Choisir son camp entre les sandales Teva ou les Dr. Martens, deux figurants majeurs de la tendance « ugly shoes » qu’on a vu sur tous les défilés, que ce soit avec les robes à sequins de Sandy Liang ou les costumes revisités de Snow Xue Gao. Certes, elles font polémiques, mais qu’est-ce qui ne fait pas polémique en 2019 ?

Le short de cyclisme : un emprunt au streetstyle ou une tendance haute couture ?

Encore une tendance qui a d’abord fait ses preuves dans les rues avant d’être récupérée par les grands noms de la mode. (Quoique, et si c’était Kim Kardashian qui avait vraiment lancé la tendance short de cyclisme ?). Les gens veulent du confort, et les designers l’ont enfin compris. Entre Jacquemus, Area, Chanel et Fendi, s’est à se demander si le legging ne serait pas devenu le nouveau pantalon. Attendez. Si en fait.

Le tricot a la cote

Faites passer le mot à votre grand-mère : le cardigan tricoté est de retour ! Qu’il soit à larges boucles ou en fines mailles, le tricot est sur tous les podiums, de la maison Dior au prêt-à-porter de Jil Sander, en passant par Alberta Ferreti. Après plusieurs saisons placées sous le signe des matières SM (cuir, latex), c’est comme si la mode entrait dans une phase nostalgique, à base de savoir-faire artisanal et simplicité enfantine (entendez par là : on privilégie les textiles faciles à laver). Après la robe de pairie qu’on a vu partout l’été dernier, la planète mode atteint de nouvelles collines nouveaux sommets d’ingénuité.
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Les années 2000 sont déjà de retour

S’il y a bien une leçon de mode à retenir, c’est que rien ne se perd, rien ne se crée et tout se transforme. À moins que ce soit ce qu'on apprend en cours de physique ? Même si on aura toujours du mal à dépasser les années 80 et 90, on sait aussi qu’il est temps d’abandonner les épaulettes et les mini-jupes en jean. Au moins pour un temps. C’est maintenant au tour des millennials de jurer qu’ils ne céderont pas à l’appel de la tendance année 2000. Pantalons taille basse, top bandana et autre tongs ont déjà fait leur réapparition sur les défilés Ashish, Marta Jakubowski, Christian Cowan, LaQuan Smith, Vaquera et autre. Il est temps de reconsidérer votre point de vue sur Paris Hilton donc.

Le salut du pantalon sarouel

Si l’on est habitué à ce que les designers s’inspirent de leurs vacances pour créer, c’était sans compter sur le retour du sarouel. Et pourquoi pas après tout ? Cousu dans un mélange de matières soyeuses, avec imprimés authentiques et autre ceinture en corde, on a pu l’apercevoir sur le podium d’Anna Sui, Rejina Pyo et Rosetta Getty. Résultats des courses ? On a eu envie de se payer un aller sans retour pour Bali (ou, à défaut, de revoir Mange, prie, aime). Reste à espérer que les tissus employés pour les pièces soient négociés auprès des artisans.

La réhabilitation du costume pour femmes

Certains diront qu’on vit dans un monde post-costume, mais ce serait donner tort à Hilary Clinton. Ou à Dior, Dries Van Noten et autre Tibi, qui voient visiblement un énorme potentiel dans le retour du costume pour femmes. Ce que ça veut dire ? Que le costume a enfin perdu son statut poussiéreux d’uniforme de travail, pour devenir un outil d’empowerment. Prenons l’exemple d’Emilia Wickstead, qui porte aussi bien le costume à un mariage qu'à une soirée de cocktail. Avantage de taille : il se porte aussi bien avec des baskets que des Dr. Martens. Exactement le genre de chaussures dont on a besoin pour combattre le patriarcat.
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La couleur tape-à-l’oeil

On a vu un retour de la couleur au cours de ces dernières années, avec de plus en plus de designers qui délaissent le noir pour du pastel et les couleurs primaires. Pareil, là où l’on s’attendait à voir du rose instagram ou du bleu électrique, on trouve maintenant des couleurs bien plus criardes, à la limite du loufoque. Et le plus fascinant dans tout ça ? C’est qu’on a du mal à détourner le regard. Fini le kaki militaire de Marine Serre, Dior, Sies Marjan et Ports 1961, le gris brutaliste de Miu Miu et Esteban Cortazar ou le brun aride d’Hermès et Givenchy. 2018 et 2019 dans son sillage marquent l’arrivée de la « ugly fashion », avec les « ugly sneakers », les « lunettes de soleil ugly » etc...Autrement dit, la mode se fait de plus en plus inesthétique, et on redemande.

Le sac à main pas sexy mais pratique

La saison dernière, la planète mode avait un peu perdu le sens des réalités question sacs à main. Staud avait rendu tout le monde obsédé du sac polochon, quand Simon Miller et Jacquemus faisaient du sac microscopique la nouvelle norme. Heureusement, 2019 promet un retour à la praticité. Dites bonjour au sac à main de grand-mère façon doctor bag, prêt à dégainer quand on a besoin de lui. Sur le défilé Valentino il était turquoise, rouge, rose ou noir mais toujours en cuir, avec des détails dorés pour la touche rétro. Même esprit chez Miu Miu, à la différence prêt que le fini est croco. Fidèle à soi-même, Jil Sander propose une version minimaliste en cuir marron clair et ouverture accordéon, pour vraiment faire place à la fonction.
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Les poches tellement larges qu’on peut enfin sortir sans sac

Qu’il y a-t-il de plus excitant que d’essayer une robe et de se rendre compte qu’elle a DES POCHES ? Encore un détail pratique dont les maisons de haute couture s’emparent, et l’on voit Fendi, Carolina Herrera et A.W.A.K.E faire la part belle aux poches utilitaires. Un style assumé qui va encore mieux avec du plat - histoire de se débarrasser de vraiment tout ce qui nous empêchait de courir après le bus. Il en est peut-être bientôt fini du sac à main, et l’on attend avec impatience que le fast-fashion incorpore la tendance sur nos jeans, vestes, manteaux et chemises. Parce qu’il va falloir en faire rentrer, des choses.

Soie, satin et sequins : on prend les mêmes et on recommence change tout

Si on associe généralement ces textiles à une féminité très premier degré, la nouvelle saison promet de changer complètement notre point de vue en la matière (sans jeu de mot). Grâce à des marques comme Sacai, Green et Paco Rabanne, ce qui passait avant pour de la délicatesse - pour ne pas dire fragilité - passe maintenant pour de la robustesse, autrement dit : on a là des pièces qui sont faites pour durer. Une approche qui va à contre-courant de la tendance actuelle de l’ultra-féminin, à la Rouje, Jacquemus et co. La mode réclame le droit de se contredire, et c’est ça qui est cool.

Le boom tech de la mode

Même si l’Europe a du mal à prendre le virage tech, les maisons de mode européennes sont les premières à équiper leurs vêtements de détails geeks. Un peu comme s’ils avaient été air-droppés d’un défilé à l’autre, on a vu les écouteurs, sacs à ordinateur portable et colliers à smartphone envahir le podium, ce qui prête à interprétation.
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Est-ce un coup de pub ? Une nouvelle manière de séduire la génération Z ? Sûrement ni l’un ni l’autre, mais plutôt l’amère réalisation que c’est maintenant qu’il faut investir. La technologie serait-elle le nouveau luxe ?

Port de la culotte autorisé

La mode a un message pour nous : il est temps d’assumer qu’on porte des sous-vêtements... Même si ça veut parfois dire les porter par dessus nos vêtements. De Prada à Dries Van Noten, on a vu les robes à pois devenir de plus en plus transparentes, pour révéler parfois des culottes qu’on pensait indignes à être montrées. Un look rendu possible grâce à Calvin Klein 205W39NYC, lequel avait rendu populaire d’afficher la marque de ses sous-vêtements à l’âge adulte. Pour ceux qui veulent aller plus loin, sachez que Gucci est en passe de banaliser le slip à strap.

Le noeud pas neuneu

Un détail (de taille) qui forcément ne nous a pas échappé : le printemps 2019 aime le maximalisme. Après les couleurs tape-à-l’oeil et les sous-vêtements apparents, la dernière lubie des designers, c’est le noeud. Dans toutes les tailles, toutes les matières et toutes les couleurs, le noeud se porte aussi bien chez Marc Jacobs que Miu Miu et Molly Goddard. Et il y a comme une injonction à en faire trop. Plus le noeud est gros, et plus on se rapproche du ciel. Au-delà de l’aspect icarien, il y a comme une nostalgie des années 80 et du « trop » qui transparaît des défilés. Après la vague de minimalisme qui faisait écho à notre besoin mortifère de tout contrôler (à commencer par son image), vient l’envie de détonner et de marquer les esprits. Un pied de nez à l’austérité ?
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La diversité sur le devant de la scène

Les vêtements parlent-ils d’eux-mêmes ? La mode est-elle censée refléter le monde réel ? C’est ce qu’ont l’air de se demander les marques en ce moment. Aujourd’hui, la révolution ne se fait plus uniquement que par le vêtement, mais aussi par le mannequin qui le porte. Et bien que le sujet divise encore, on voit de plus en plus de designers ouvrir les bras à ses personas non grata : les rondes, les Noirs, les femmes voilées, les transgenres, les personnes handicapées… Entre Kerby Jean Raymond alias Pyer Moss, Claudia Li, Marco Marco et Savage X Fenty by Rihanna, les casting 100% minorités sont de plus en plus...visibles. Ce qui ne veut pas dire que le quota ethnique ait disparu des pratiques, mais le progrès est notable. Reste à voir ce que ça donnera le sur long-terme.

Tout le monde porte du Nike (ou travaille avec)

Le streetwear n’a pas fini d’influencer la haute couture, ce qui veut dire aussi que Nike devait un jour envahir le runway. Cette saison, on dirait que les designers se sont passés le mot, et on a vu la virgule apparaître sur les hauts, robes et leggings des silhouette Virgil Abloh. Chez Comme des Garçons aussi, c’était baskets Nike pour tout le monde. N’oublions pas que 2018 aura été l’année de la réussite marketing pour Nike, qui fera partout la une des journaux suite à sa campagne avec Colin Kaepernick (l’ancien footballeur américain mis au placard pour avoir boycotté l’hymne américain, en signe de protestation contre les injustices faites aux Noirs, ndlr). N’oublions pas non plus que la marque aura été poursuivie par plusieurs employés pour harcèlement sexuels et discriminations la même année, même si les affaires auront été pas mal étouffées dans l’oeuf. Le social washing, une pratique qui tend à s’intensifier ?
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Les accessoires de combat

Vous vous rappelez de la capuche en maille de fer sur le défilé Dolce & Gabbana en 2014 ? Bon, les fans s’en souviennent. Mais ce n’était que la partie immergée de l’iceberg. À en voir la dernière Fashion Week, c’est maintenant que l’intuition porte ses fruits. Antonio Marras et ses couvre-chef façon planque militaire, Courrèges et son casque rembourré et autres casquettes à visières surdimensionnées...À croire que la mode veut nous préparer à la guerre civile.

Le durag (ré)approprié

Pour les Noirs, le durag n’a rien de nouveau. On l’utilise pour protéger ses cheveux de l’humidité et des frisottis, aider à définir les boucles, dormir, etc. Curieusement, ce n’est que récemment que celui-ci fait son entrée sur le podium, porté trop souvent par des femmes blanches. Cette saison, Pyer Moss et LaQuan Smith évitent le piège de l’appropriation culturelle et ne font porter le durag qu’à des mannequins exclusivement afro. Comme ils le diront eux-même : « À quoi ressemble un samedi à la maison pour nous ? Qu’est-ce qu’on porte quand on a pas prévu de sortir ? ». Un emprunt à la rue qui a visé tellement juste que le durag sera bientôt vendu sur Asos, lors du lancement de la collection LaQuan Smith x Asos.

La tentation politique

Le jour où Kavanaugh a été nommé à la Cour Suprême, Rick Owens faisait défiler ses mannequins avec des torches façon Statue de la Liberté au Palais de Tokyo. Évidemment, personne ne pouvait se douter que les deux dates coïncideraient. Il n’empêche que regarder le défilé à la lumière de cette triste nomination lui aura donné une dimension surréelle, presque dystopique. Sur le moment, les gens se sont demandés s’il était décent de couvrir la Fashion Week, surtout du côté américain. Mais comme on dit « show must go on », et les critiques de mode se sont donc abstenu de faire des commentaires sur la nomination du juge conservateur. Comme quoi, parfois la mode a la sagesse de rester à sa place…
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Un de perdu, un autre de retrouvé

On aimerait croire que déjà en 2011, Carly Cushnie et Chris Peters savaient qu’ils présenteraient leurs collections solo à la Fashion Week, 7 ans plus tard. Les deux enfants prodige de la mode made in usa ont décidé de faire carrière à part après presque 10 ans de collaboration, et avoir remporté bon nombre de prix ensemble, comme le prestigieux CFDA/Vogue Fashion Award. Autant dire qu’on était curieux de voir comment allaient rendre les deux défilés à la Fashion Week de New-York, j'ai nommé « CDLM »(Ochs) et « Cushnie » (éponyme).
Même chose pour Erin Beatty, leur camarade de classe à la Parson’s School of Design, qui se sépare de Max Osterweis pour rejoindre Nina Sarin Arias. Comment expliquer la coïncidence, si ce n’est que l'inspiration est un cycle qui se nourrit des autres (et du changement ?).

L’effet Fenty

Comptez sur Rihanna pour clôturer la Fashion Week comme il se doit. La star multi-talent s’est entourée des mannequins les plus en chair du moment, à commencer par une Slick Woods enceinte de 9 mois, qui aurait apparemment perdu les eaux en coulisses juste après avoir défilée. Pour l’occasion, les journalistes se sont donc risqués à marcher dans Brooklyn, et on dit même que certains quitteront plus tôt le défilé Marc Jacobs pour pouvoir s’y rendre - qui avait commencé avec 1 heure et demi de retard, il faut le dire). On vous passera les potins sur la prétendue gué-guerre entre les deux designers, mais toujours est-il que, ce jour là, Rihanna a laissé entendre un message fort : toutes les femmes sont belles, quel que soit leurs formes et quel que soit leurs origines.
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L’après Phoebe Philo

Quand il a été annoncé que Phoebe Philo quitterait Celine après 10 ans de bons et loyaux services, nombreux furent ceux à être sous le choc. La même peur aura gagné les foules lorsqu’il aura été confirmé que c’est Hedi Slimane qui reprendrait les rennes. Comment est-ce qu’un homme fasciné par la maigreur, le cuir et le latex pouvait succéder à celle qui nous avait fait aimer le volume et la praticité ? Et alors que les comptes Instagram en l’honneur de Phoebe Philo se sont mis à fleurir sur la toile, le monde de la mode a pris le temps de réfléchir sur l’apport conséquent de cette femme dans le paysage. Certes, elle n’est pas toujours allée assez loin en termes de diversité, mais on ne lui enlèvera pas son génie avant-gardiste. Phoebe savait créer des pièces que les femmes voudraient porter, quand les débuts d’Hedi Slimane ont l’air de prouver tout le contraire. Des pièces qui permettaient de passer du bureau en soirée sans transition - et sans chichis. D’ici donc à ce qu’elle revienne dans le game, il n’y pas plus qu’à se rabattre sur Stella McCartney, Claire Waight Keller, Victoria Beckham ou Sarah Burton.

L’overhype ou la surdose médiatique

Cette saison, la Fashion Week était moins un rendez-vous bi-annuel de la mode qu’une série d’événements médiatiques orchestrés par les grands noms de la mode. Prenez par exemple Ralph Lauren, qui se sera emparé de l’occasion pour fêter ces 50 ans sur la Bethesda Terrace de Central Park. Ou Kerby Jean-Raymond, qui fera déplacer tout le monde à Brooklyn pour son show. Rihanna qui aura obtenu de privatiser l’ancien chantier naval de New-York, le Brooklyn Navy Yard. Ou encore le show d’Hedi Slimane qui fera tant parler de lui (pour les mauvaises raisons). Voilà les défilés auxquels tout le monde voulait être à la rentrée dernière. Comme quoi, la Fashion Week reste un concours de popularité.
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Illustration par Bijou Karman. Animation par Brent Clouse.

Le défilé qui n'en finit plus

Est-ce juste une impression, ou est-ce que la Fashion Week Printemps-Eté a eu l’air de s’étaler en longueur ? On fait référence à ces designers qui ont l’air de prioriser la quantité sur la qualité. Et on ne pense pas qu’à Chanel et Dolce & Gabbana. Le nouveau Celine, Balenciaga, Saint Laurent et Gucci auront chacun proposé plus de 75 looks sur le runway, comme s’ils avaient oublié de s’éditer. Notre théorie : sous pression, les directeurs artistiques des grands groupes de monde se voient constamment obligés de proposer plus, voire trop. Peut-être que quand on est PDG de Kering ou LVMH, trop, c’est mieux.

Manger, c'est la vie

« Vous prendrez bien une part de gâteau avec vos vêtements ? » On croyait qu’il serait impossible pour la mode d’accepter la sneaker, et regardez ce qu’il en est aujourd’hui. Qu’elle soit comestible ou non, il y avait de la nourriture dans tous les recoins de la Fashion-Week, et pas seulement des shakes protéinés. Des marques comme Brock Collection, Mansur Gavriel, Gabriela Hearst et Staud ont carrément dressé la table pour leurs invités, avec des avocados toasts et autres macarons prêts à être instagramés. C’était à la limite d’être trop beau pour être mangé, mais après tout, un repas gratuit, ça ne se refuse pas. Même dans le monde de la mode.

L'océan divise

Si on continue de s’arracher les motifs floraux pour le printemps, il semblerait que les références à la mer et à l’océan fassent moins l’unanimité. Certes, on ne s’arrêtera pas de proposer du beachwear, mais quand on pense que la mode est la première industrie à polluer nos océans, la polémique n’est jamais loin.
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En effet, plusieurs études récentes ont montré que les fibres micro-plastiques libérées par nos vêtements au lavage seraient plus nocives encore que les pailles ou sacs en plastiques. Est-ce qu’il n’y pas quelque chose d’indécent à arborer des coquillages et autres perles de culture, quand on connaît l’état de la barrière de corail ?

Un air de famille

Dolce & Gabbana, Pyer Moss, Eckhaus Latta et Marine Serre : tous ont eu la même (bonne ?) idée d’inviter les familles des mannequins à prendre part au défilé. Qu’on soit d’accord ou pas d’accord, le message n’a jamais été aussi clair : la famille, c’est sacré. Et pour cause, le fait même que tendance ait été aperçue chez plusieurs générations de designers - de la petite dernière (Marine Serre) aux parrains de la mode (Dolce & Gabbana) - donne du crédit à l’idée. Quand le reste du monde s’étripe, la mode elle, a tendance à se serrer les coudes.

Le sexy après #MeToo

Cette saison, Balmain, Christian Cowan, Isabel Marant et Saint Laurent ont voulu montrer qu’être sexy après #MeToo, ça ne voulait pas forcément dire porter un costume d’homme sans chemise, et surtout pas avoir à se couvrir pour se faire respecter. Mais ce qui aura fait le plus parlé, ce n’est pas tant les coupes, mais les matières utilisées : on s’imagine difficilement porter une robe à sequins dans un club en été, et encore moins le lendemain matin. En d’autres termes, les femmes veulent des tenues de soirée qui leur permettent de bouger, pas de rester debout dans un coin et être jolies.
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Les pro du streetstyle sont aussi ses pionniers

Dans l’industrie de la mode en 2018/2019, on a vite fait de voir le streetstyle comme une sorte de zoo ambulant, qui empêche les gens de traverser et les voitures de rouler. Bref, ça manque de légitimité et ça dérange. Cette saison, on observe un retour aux sources, avec un nouveau focus sur ces personnalités qui nous ont fait aimer le streetstyle, comme l’allemande Véronique Tristram, Lucy Chadwick la pro de la superposition, le duo éthéré de J’aime tout chez toi, la fabuleuse Christine Centenera de Vogue Australie ou encore Natasha Goldberg et son style casual chic… Bref, des personnalités qui ont su rester elles-mêmes et résister à l’appel des sirènes de Balenciaga. Et si vous voulez notre avis, c’est cette authenticité qui fait les meilleures tenues.

Mugler & Herrera

Avant même que Wes Gordon ait débuté chez Herrera, la marque crânait déjà sur Instagram : « Get ready for the era of Herrera » (« tenez-vous prêts pour l’ère d’Herrera »). Une prévision qui pourrait rapidement se vérifier, si l’on en croit l’enthousiasme généré par le défilé de la marque. Même chose pour Casey Cadwallader qui reprend le flambeau chez Mugler. Il y aurait tellement à dire sur le traitement de la couleur de l’un et de l’autre, mais ce qui fascine, c’est le sentiment d’allégresse générale qui s’est emparé de l’audience pendant le défilé. Gordon et Cadwallader sont très certainement les talents à suivre, et avec toutes les incertitudes qui planent sur la mode (directeurs artistiques qui sautent, burnout, ventes en berne etc.), il faut dire que ça fait du bien d’être excité par la saison prochaine.
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