Non, personne ne regarde réellement vos cours de sport en extérieur (ou presque)

Photo par Bailey Rebecca Roberts.
J'ai toujours été assez réticente à l'idée de faire du sport en extérieur.
Je ne parle pas des exercices en plein air où vous êtes constamment en mouvement, comme la course à pied ou le vélo. Je parle des cours d'entraînement où un·e instruct·eur·rice trouve un endroit dans un parc local ou un espace public et guide un groupe de personnes (principalement des femmes) dans une activité conçue pour vous faire bouger et transpirer. Zumba, yoga, core training, boxe, cardio, circuits… Ces cours me rappelaient toujours mon expérience des classes de sport en extérieur à l'école : le temps imprévisible, les regards des passants, la peur et la honte de ne pas pouvoir suivre le rythme. J'avais l'impression que c'était une expérience propice à la gêne, mais contrairement à l'école, c'était quelque chose que l'on faisait volontairement.
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Cela fait plus d'une décennie que je n'ai plus été aussi gênée qu'à l'époque des cours d'EPS, mais il y a quelque chose dans l'idée d'une séance de sport en extérieur qui fait ressurgir ces insécurités, qui auraient pu être évitées : mes capacités physiques, mon corps et ce que les autres voient quand ils me regardent. Ce sentiment est renforcé par le fait que si vous êtes une femme à l'extérieur, vous êtes vulnérable à tout type d'observation et de harcèlement.
D'une certaine manière, la pandémie a renforcé ces insécurités. Après avoir passé des mois à ne faire de l'exercice que lorsque j'en avais envie et principalement à l'intérieur, les lieux de fitness sont devenus les endroits où je me sens le plus gênée. Faire de l'exercice en public peut parfois ressembler à une performance et, étant donné que je ne suis pas très en forme et que je ne serai jamais mince, j'ai peur d'échouer publiquement et spectaculairement dans ma performance. C'est embarrassant d'admettre à quel point je me sens exposée en faisant de l'exercice en extérieur. Vous pouvez vous efforcer de vous accepter autant que vous le souhaitez, mais la confiance en soi ne peut pas tout faire pour vous protéger de la réalité des activités physiques en tant que femme en public, surtout si vous le faites en ne répondant pas à l'idéal féminin (cis, mince, blanche).
Mais également, j'ai toujours supposé que les cours de sport en extérieur devaient être agréables d'une manière ou d'une autre. Et qu'en toute honnêteté, ce n'est probablement pas si horrible. L'air frais doit ajouter quelque chose de vital à l'expérience, non ? De plus, ils sont comparativement moins chers que de nombreux cours de fitness. En outre, à l'approche d'un monde post-confinement, l'idée d'une salle de sport close me semble bien trop éloignée de ma zone de confort personnelle. Alors que j'étais autrefois rassurée par un cours de sport en salle, où l'on peut être sûr·e que tout le monde ne pense qu'à soi, j'ai maintenant des réserves (justifiées) sur les espaces clos et leur capacité à accélérer une pandémie déjà mortelle.
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En tant que personne qui regrette certains cours de sport, j'ai voulu me tester pour voir si toutes mes craintes concernant les cours en extérieur étaient fondées. À quel point ma gêne préventive était-elle justifiée ? À quel point remarquez-vous réellement les gens autour de vous ? Peut-être que le cours pourrait même être… amusant ?
Ainsi, j'ai assisté à un cours de cardio et de renforcement musculaire que j'avais réservé par l'intermédiaire de ClassPass dans le parc situé à côté d'une salle de sport. Le cours promettait une combinaison d'exercices de résistance et de poids pour faire monter votre rythme cardiaque, cibler vos muscles et fatiguer votre corps de la meilleure des manières. Cette salle de sport organisait déjà ce cours, mais l'a adapté à un espace extérieur. La description du cours indique qu'il est conçu pour "défier tous les niveaux de forme physique".
Après s'être réuni·e·s à la salle de sport pour récupérer nos tapis et nos poids, nous étions sept au total (un instructeur et cinq participantes plus le chien d'une participante) à nous installer dans un parc relativement clos à côté de la salle de sport. Grâce au beau temps printanier de ce week-end, le sol était sec au point d'être poussiéreux, ce qui signifie qu'il n'y avait pas de boue (bien) mais un sol durci et irrégulier (moins bien). Mais le fait d'être un petit groupe et d'être en plein air ont permis de respecter une bonne distanciation sociale avec l'instructeur et les autres participantes, tout en trouvant un endroit où placer son tapis.
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Une fois que nous étions tou·tes·s installé·e·s, nous avons commencé à nous échauffer et, presque immédiatement, la plupart de mes appréhensions ont disparues. Je me concentrais entièrement sur ce que faisait notre instructeur et j'essayais de suivre le rythme.
Comme le cours était un mélange de différentes formes d'entraînement par intervalles, chaque exercice n'étant répété que deux fois, je n'avais pas la possibilité de perdre le fil de mes pensées - il fallait rester concentré·e. Ce qui est merveilleux, c'est de savoir qu'il suffit de faire des sauts à 180° ou des planches pendant 45 secondes pour que le fait de maintenir ce mouvement pendant tout ce temps soit exaltant en soi. Comme dans les cours en salle, chacun·e est tellement absorbé·e par les mouvements de son propre corps que l'on remarque à peine les autres, et encore moins les passants.
Mais cela a changé à mesure que je fatiguais. Plus il était difficile de suivre le rythme, plus je devenais lente et plus je me rendais compte qu'un homme promenait son chien et fixait intensément ce groupe de femmes. Alors que nous atteignions la dernière étape (une série de burpees), je pouvais sentir les insécurités de mon moi de 15 ans remonter à la surface, car je remarquais que j'étais de loin la dernière à suivre, à peine capable de réaliser un minimum de huit burpees en une minute.
Ce n'est que lorsque nous avons commencé à nous étirer et à récupérer, 40 minutes après avoir commencé à bouger, que j'ai vraiment eu le temps de réfléchir à ce que j'avais ressenti pendant le cours. Il y a eu ce moment où, me débattant avec la possibilité de faire ces burpees, je pouvais sentir une frustration d'adolescente presque angoissée monter dans ma gorge. J'étais prête à pleurer et à demander à me faire dispenser de sport à cause de mes règles, comme si j’avais à nouveau 14 ans. Mais il n'y a pas eu d'autre moment pendant le cours où j'ai ressenti cela. J'ai découvert qu'il y avait des mouvements que je pouvais faire avec facilité grâce à quelques mois de Yoga With Adriene (une planche latérale !) et j'ai réussi à faire une fente sautée supplémentaire parce qu'être au soleil me rendait vraiment plus heureuse d'être là. Le seul moment où ma gêne s'est vraiment manifestée, c'est lorsque je sentais que je luttais de manière visible et évidente.
L'un des rares points positifs de l'année écoulée est qu'elle nous a tou·tes·s aidé·e·s à revoir ce que nous attendons de nos corps et des autres. Tout ce que nous pouvons faire, c'est essayer en fonction de nos capacités ce jour-là et espérer être soutenu·e·s par les autres autour de nous, ce que j'ai ressenti. La nature légèrement surréaliste de faire partie d'un groupe de femmes essoufflées et haletantes dans le parc a apporté un côté convivial à cette heure. Nous étions liées par une fine couche de sueur et de poussière, unies contre la bizarrerie avérée des gens qui peuvent vous regarder vous entraîner sous n'importe quel angle. Et même si je ne les avais jamais rencontrées auparavant et qu'il est peu probable que je les revois, le sentiment de joie général d'être avec des gens, en toute sécurité, dans le but commun de tout donner, a largement compensé la gêne que j'ai pu ressentir.

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