Comment arrêter de déverser mes angoisses sur les autres ?

Photographie par Laura Chen.
Vous êtes-vous déjà demandé ce que vous diriez à un thérapeute si vous en aviez l'occasion ? Nous avons demandé au Dr Sheri Jacobson, psychothérapeute à la retraite avec plus de 17 ans d'expérience clinique et cofondatrice de la plate-forme de Harley Therapy (conseil en ligne), de nous donner des conseils sur les choses qui nous préoccupent en privé.
Question :
Je suis une personne anxieuse et ce depuis longtemps. Je fais tout ce que je peux pour le gérer moi-même (thérapie, médication, méditation), mais la chose qui m'aide le plus consiste à partager mes angoisses avec les autres. Au début, je pensais qu'il était bon de parler de ces choses-là, mais finalement, après une conversation particulièrement difficile avec une amie proche qui était elle-même stressée, j'ai réalisé que je ne faisais souvent qu'embarquer les autres dans mes angoisses. Depuis que je l'ai remarqué, je me sens coupable de partager mes angoisses avec les autres, mais je suis incapable de faire autrement. Je voudrais avoir des conseils sur la façon de me débarrasser de cette mauvaise habitude.
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Marie, 25 ans
Réponse :
Vous êtes très lucide et vous avez compris que cette action particulière ne vous apporte plus rien. Il est important de réfléchir à la différence entre les méthodes de gestion des angoisses qui vous font du bien et celles qui vous nuisent. Souvent, si l'on est honnête avec soi-même, on peut se demander si nos méthodes sont globalement productives ou contre-productives pour soi et pour les autres et si elles affectent notre fonctionnement au quotidien. Il ne s'agit pas tant de savoir si l'on se sent bien ou mal sur le moment - si votre stratégie d'adaptation consiste à consommer de l'alcool ou d'autres drogues par exemple, quelle que soit la sensation de bien-être sur le moment, elle peut déclencher un cycle négatif. Et il ne s'agit pas seulement de votre point de vue.
Avant de parler des inconvénients de se vider sur les autres, je voudrais commencer par souligner que parler de nos difficultés ou de nos faiblesses est en fait un mécanisme très utile. Montrer sa vulnérabilité peut vraiment rapprocher les gens et peut aussi être la base de belles amitiés. Ce n'est donc pas que l'on veuille bannir complètement le fait de partager ses angoisses avec les autres et il ne faut pas le voir de manière complètement négative.
Cela dit, il est bon de savoir que lorsque vous agissez ainsi, vous risquez de faire peser une charge sur l'autre personne. Par exemple, si vous entendez des sujets négatifs à longueur de journée, il est fort probable que cela affecte votre humeur. Vous auriez besoin de beaucoup d'expériences et d'événements positifs pour compenser cela. Il est donc possible que cette personne commence à se sentir oppressée par le volume du contenu dont vous discutez, ainsi que par son intensité.
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L'autre personne peut également se sentir frustrée s'il n'y a aucune résolution, en particulier si les pensées/situations sont répétitives et ne progressent pas vraiment. Il peut aussi y avoir ce que nous appelons la fatigue compassionnelle, lorsque vous attribuez continuellement votre sympathie et peut-être votre empathie à quelqu'un qui a des difficultés, mais qu'à un moment donné, cette oreille compatissante s'épuise. C'est un peu différent de se sentir submergé·e et de miner l'humeur de quelqu'un d'autre, c'est plutôt un effet d'engourdissement lorsque l'endurance émotionnelle s'épuise.
Il y a bien sûr une différence entre le fait de se rendre compte que l'on veut changer une habitude et la changer en pratique. Après tout, nous sommes des créatures d'habitudes, et bien souvent, nos habitudes sont négatives car, si nous pensons qu'elles vont nous aider, elles finissent par présenter quelques inconvénients. Au moment où nous reconnaissons les inconvénients, nous sommes déjà coincé·es dans cette spirale. C'est pourquoi changer une habitude demande un certain effort. Il y a généralement deux façons de le faire. La première est la solution brutale et dramatique. Il s'agit de se fixer l'objectif d'arrêter d'un seul coup et de remplacer l'habitude par une autre. Il faut en moyenne deux semaines à une personne pour se défaire d'une habitude, alors pendant deux semaines, essayez de ne voir personne avec qui vous auriez normalement commencé à partager vos angoisses et évitez cette situation. Ce sera inconfortable, mais si vous le pouvez, mettez en place des habitudes ou des distractions alternatives et saines pendant cette période. De la lecture à l'exercice physique en passant par les documentaires, occupez vous avec des activités qui sont globalement un peu plus distrayantes, mais aussi saines que possible.
Quant à l'autre solution, c'est le changement progressif. Nous travaillons en thérapie avec ce que nous appelons une hiérarchie graduelle, où l'on progresse petit à petit - vous pouvez soit écrire vos angoisses et les aborder une par une, soit évaluer la durée habituelle de vos discussion. Par exemple, si votre séance habituelle de vidage de sac dure une heure, vous allez commencer par 45 minutes, puis 30 minutes, puis 20, jusqu'à ce que la durée soit progressivement réduite. Cela dépend de la personne et de la quantité que vous pouvez tolérer. Vous ressentirez de la détresse si vous faites quelque chose de différent de ce que vous faites habituellement, il s'agit donc d'ajuster l'habitude très progressivement. De cette façon, l'anxiété provoquée par le fait de ne pas partager vos angoisses devient tolérable.
Cet entretien a été modifié et condensé dans un souci de clareté.

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