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Couples mixtes : pourquoi il faut changer notre façon d’en parler

Photographed by Savana Ogburn.
La façon dont nous parlons des couples mixtes - en particulier dans les médias, à la télé et sur les réseaux sociaux - est souvent réductrice et plutôt nuisible. Dans ces discussions, l'accent est généralement mis sur les relations entre personnes non-blanches et blanches. Ainsi, la blancheur est toujours au centre de l'attention et que tout ce qui n'est pas blanc est considéré comme "autre". 
Dans un monde qui accorde tant de valeur à la représentation, il est important de signaler quand la représentation que l'on nous donne est superficielle ou toxique. Pour moi, il est assez clair que quelque chose ne va pas dans la façon dont les couples mixtes sont représentés dans la culture pop. Les conversations autour de ces couples sont défaillantes parce qu'elles sont binaires et presque ridiculement prévisibles - comme des personnes blanches qui vont demander à leurs partenaires racisé·es de les accepter parce qu'elles sont blanches, ou même qui se servent de leur relation comme bouclier contre les accusations de racisme. 
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Aujourd'hui, les relations mixtes sont présentées comme des phénomènes sociaux qu'il faut fétichiser et rentabiliser. Et ce qui est peut-être le plus impardonnable, c'est que cette perspective nous prive de la seule chose qui mérite d'être discutée : la façon dont les dynamiques de pouvoir opèrent dans nos espaces les plus intimes. Notre société s'est habituée à voir les relations mixtes de toutes sortes sous l'angle de la consommation et de la marchandisation. Or, la reconnaissance de la dynamique du pouvoir est en contradiction totale avec la mission de rentabilisation. Les influenceur·euses couples mixtes sur TikTok et Instagram en sont un parfait exemple. Sous les hashtags #mixedfamily et #interracialcouple, on peut trouver les discours les plus subtilement délétères - et franchement, incroyablement gênants - sur la question raciale.

Les relations mixtes sont présentées comme des phénomènes sociaux qu'il faut fétichiser et rentabiliser. Cette perspective nous prive de la seule chose qui mérite d'être discutée : la façon dont les dynamiques de pouvoir opèrent dans nos espaces les plus intimes.

Dans ces vidéos, il est courant de souligner les expériences de "marginalisation" du partenaire blanc. Par exemple, une femme blanche mariée à un homme indien peut se la jouer conseillère en couples mixtes, et parler de tous les problèmes qu'elle a rencontrés pour s'adapter à la culture "conservatrice" de son mari, ce qui efface le mal qu'elle est capable de causer en tant que personne blanche et réifie les stéréotypes que les gens ont déjà sur les Desi. Cela semble innocent, mais le racisme et le colorisme sont deux phénomènes trop importants et trop généralisés dans notre société pour que les partenaires blanc·hes assimilent systématiquement leur expérience d'"adaptation" à la culture de leur partenaire non-blanc d'avoir une relation intime avec une personne dont l'identité même représente des structures de pouvoir oppressives qui les menacent chaque jour. 
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Non seulement les relations entre personnes blanches et personnes racisées sont au cœur des discussions sur les couples mixtes, mais l'accent est souvent mis sur le fait que le partenaire non-blanc est noir. Brianna Holt, autrice et rédactrice basée à New York, qui a écrit un article dans le New York Times sur le nombre de Noir·es qui ressentent le besoin de "code-switch" dans leurs relations mixtes, souligne que "nous avons tendance à nous concentrer sur les relations entre personnes noires et blanches parce que c'est là que la disparité de pouvoir semble être la plus importante". 
Dans de nombreux cas, c'est bien sûr la réalité. Mais des dynamiques de pouvoir ethniques inégales - et complexes - peuvent exister entre deux personnes d'identités différentes. Lorsque nous effaçons les réalités des personnes non-blanches dans une relation, ces dynamiques de pouvoir et les cas de violence peuvent prendre de l'ampleur parce qu'ils ne sont souvent ni examinés, ni remis en question. 
Layla*, une femme noire qui est en couple avec un Amérindien depuis un an, affirme que même si elle et son partenaire ont trouvé un dénominateur commun dans leurs expériences en tant que personnes racisées, aborder certains aspect culturels avec lui a été difficile. Elle n'a jamais vu une relation comme la sienne représentée dans les médias ou même discutée IRL. "Les gens supposent que ce sera plus facile que pour un couple entre personnes personnes noires et blanches, mais ce n'est pas vrai. C'est plus compliqué ; à la fois familier et compliqué", explique-t-elle à R29Unbothered
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Pour certaines personnes, cette familiarité peut rendre les dynamiques de pouvoir plus simples à gérer. Aditi Juneja, avocate et militante sud-asiatique, explique qu'elle a presque exclusivement toujours été en couple avec des personnes d'origines différentes, mais rarement avec une personne blanche. Ces relations lui ont montré que partager les mêmes expériences est très important. 

Si les médias commettent souvent l'erreur de présenter les relations mixtes incluant une personne blanche comme de brillants exemples de progrès racial, ils commettent également l'erreur de supposer que les relations mixtes entre personnes racisées n'ont pas besoin de progresser, ni même d'apprendre.

Nylah burton
"À mon avis, il y a un gros point commun aux personnes qui sont dans des relations mixtes - même amicales - et qui ne sont pas blanches : leur expérience du racisme et de la marginalisation par les personnes blanches. Les expériences sont différentes, mais on peut parler de colonisation, du colorisme, des normes de beauté et de respectabilité eurocentriques", explique Juneja. Layla est d'accord. "Il y a un sentiment de proximité, étant donné l'histoire des Noirs et Amérindiens dans ce pays", dit-elle.
Sur la base de mes expériences romantiques et platoniques avec des personnes non-noires racisées, je sais que le fait de partager nos expériences du racisme nous donne un terrain commun. Mais il en va de même pour des choses plus positives comme les traditions culturelles, les coutumes et les souvenirs de la famille. Cependant, ce sont ces mêmes expériences partagées qui rendent plus difficile d'aborder des questions problématiques ou blessantes. On a presque l'impression de tourner le dos à quelque chose qui nous unissait auparavant.
Radhika G, une étudiante originaire d'Asie du Sud, raconte que dans sa précédente relation avec un homme philippin et uruguayen, elle ne s'attendait pas à devoir aborder le racisme, et pourtant. "J'ai l'impression qu'il y a une dynamique entre les différents groupes ethniques qui compliquent parfois les choses. Avec les personnes blanches, on peut s'attendre à des réactions négatives, mais je n'étais pas préparée à cela de la part de la famille de mon partenaire, en particulier du côté philippin", dit-elle, notant qu'elle a été choquée lorsque sa belle-grand-mère a fait des commentaires sur sa peau foncée. 
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Si les médias commettent souvent l'erreur de présenter les relations mixtes incluant une personne blanche comme de brillants exemples de progrès racial, ils commettent également l'erreur de supposer que les relations mixtes entre personnes racisées n'ont pas besoin de progresser, ni même d'apprendre. On suppose que les deux personnes arrivent dans cette relation avec suffisamment d'antécédents communs d'oppression pour surmonter tout mal qui pourrait survenir. 
Ainsi, lorsque des choses problématiques sont dites, il peut être difficile de savoir si on doit se montrer plus indulgent·e, car cette personne ne fait-elle pas face au même racisme intériorisé découlant de la suprématie blanche et de la colonisation que nous ? Avec les personnes blanches, c'est plus simple. Le caractère intime des relations mixtes entre personnes racisées peut donner lieu à des discussions plus complexes et plus satisfaisantes, mais aussi à davantage de conflits sur la manière d'y faire face. 
Layla ressent parfois cette tension dans sa relation et ne sait pas toujours comment réagir. Les parents de son partenaire ont délibérément pris leurs distances avec leur communauté indigène et se sont fait passer pour Blancs, et son partenaire a grandi dans un environnement négrophobe. "Lorsqu'il était adolescent et qu'il a voulu sortir avec une fille noire, son père l'a tabassé", raconte Layla, ajoutant que leur relation lui a appris à quel point la négrophobie peut être répandue dans de nombreuses communautés indigènes, ce dont elle n'avait pas conscience auparavant, car le sujet n'est pas abordé publiquement. Si son partenaire s'est libéré des idées de sa famille à bien des égards, il doit encore désapprendre certains aspects de son éducation. 
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Aisha est une femme noire mariée à un homme indien-américain, et elle affirme que son mari et elle ne se voient jamais représentés dans les médias. "La plupart des discours portent sur les hommes noirs et les femmes blanches", explique-t-elle à R29Unbothered. Pour cette raison, elle pense que le public peut effacer une grande partie des obstacles auxquels les personnes noires sont confrontées dans leurs relations avec des personnes racisées non-noires. "Je pense que la quantité de négrophobie [dans ces communautés] est généralement occultée", explique Aisha. 
Il est douloureusement évident que nous ne disposons pas d'une feuille de route pour nous orienter dans les relations mixtes avec des personnes non-blanches. Mais même dans les représentations des relations mixtes avec des personnes blanches sur les réseaux sociaux et dans la culture pop, le racisme des personnes blanches est fortement aseptisé ou ignoré. Souvent, le poids des préjugés repose sur les épaules du partenaire non-blanc par le biais de stéréotypes, par exemple une famille Desi trop conservatrice, une famille d'Asie de l'Est incapable de montrer ses émotions ou une famille noire trop méfiante à l'égard des Blanc·hes. 
Il y a aussi la fétichisation des couples mixtes qui s'affiche pleinement sur Instagram, où il existe des comptes "mixed baby" où les parents peuvent soumettre des photos de leurs enfants avec des détails sur les origines ethniques des parents. Ici, les enfants métisses - et en particulier ceux qui n'ont pas de parents blancs - sont exotisés. Dès lors qu'elles existent en dehors de la blancheur, les personnes dans des relations mixtes et les personnes métissées sont souvent déshumanisées. Cependant, d'après mes observations, les personnes les plus touchées par notre discours actuel sur les relations mixtes sont souvent des femmes noires à la peau foncée, qu'elles soient dans des relations mixtes ou non. Prenez par exemple la série Mixed-ish. Pour le magazine Wear Your Voice, j'ai fait remarquer que la famille au centre de la série est "montrée comme désespérément innocente et jamais capable de faire du mal, parce que leur existence même" en tant que couple mixte - un homme blanc et une femme noire - "est présentée comme l'ultime bonne action." Tandis que la tante Denise (Christina Anthony), une femme noire à la peau foncée, est constamment dépeinte comme une ignare du fait de son appréhension des relations avec les personnes blanches.
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Peut-être que la fiction la plus nuisible que les médias ont mis en avant est que les relations mixtes ont quelque chose de spécial. Elles donne peut-être une perspective différente permettant d’examiner et réfléchir au dynamiques de pouvoir, mais au delà de ça, tout ce qu'il vous reste, c'est un couple comme les autres.

nylah burton
Lorsqu'on présente les relations avec les personnes blanches comme un signe de progrès social radical - ce qui n'est absolument pas le cas - nous faisons des femmes noires qui n'ont aucune relation de près ou de loin avec des personnes blanches les ennemies du progrès racial. La méfiance des femmes noires envers les partenaires blanc·hes de leur entourage - surtout s'il s'agit de femmes - est présentée comme une combinaison de haine, d'ignorance et de jalousie. J'ai vu d'innombrables femmes noires se faire railler et harceler en ligne si elles osent dire quoi que ce soit qui puisse être considéré comme hostile aux relations mixtes, et ce harcèlement s'est souvent transformé en attaques négrophobes sur leur apparence ou leur intelligence. Les femmes noires deviennent alors l'obstacle qui empêche tout le monde d'avancer, une figure dont il faut se moquer et qu'il faut finalement ignorer, même si c'est la connaissance qu'ont les femmes noires de la dynamique du sexisme et du racisme qui est souvent à l'origine de leur méfiance. 
"Je me sentais vraiment invisible", explique Evan Lewis, écrivain·e queer noir·e, à R29Unbothered, à propos du fait qu'iel a grandi avec des représentations malsaines de couples mixtes comme celles que l’on trouve dans les séries Scandal ou How To Get Away With Murder. "Pour moi, une représentation positive, c'est tout ce qui dépeint une relation qui soutient réellement la femme noire, où elle est autorisée à se montrer vulnérable", poursuit-iel.
Et peut-être que la fiction la plus nuisible que les médias ont mis en avant est que les relations mixtes ont quelque chose de spécial. Elles donne peut-être une perspective différente permettant d'examiner et réfléchir au dynamiques de pouvoir, mais au delà de ça, tout ce qu'il vous reste, c'est un couple comme les autres. Ces relations ne sauraient éliminer les préjugés raciaux. Impliquer que les relations mixtes sont révolutionnaires ou inspirantes est "idiot". Nicole Fiore, journaliste latina, déclare : "Mon choix personnel de sortir avec une personne blanche ne change pas grand chose au niveau structurel. Je suis juste une personne qui vit sa vie avec son partenaire, et dire que tout cela est un acte politique ou que c'est antiraciste, c'est vraiment manquer de nuance." 
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Chercher la liberté et l'acceptation dans votre vie amoureuse est quelque chose que nous devons tou·tes faire, mais chercher un monde qui étend la liberté et l'acceptation aux personnes les plus vulnérables nécessite de s'éloigner de la vision myope souvent présente dans ces dynamiques relationnelles et d'être prêt·e à avoir de véritables conversations sur les dynamiques de pouvoir, la responsabilité et la révolution. Et vous n'avez absolument pas besoin d'être dans une relation mixte pour avoir ces conversations. 
La révolution n'aura pas lieu dans la chambre à coucher. Elle ne se produira pas si nous apprenons une nouvelle langue ou une nouvelle recette. Elle ne se produira pas si nous apprenons comment nous adresser aux parents de notre partenaire ou quel genre de musique sa famille aime écouter lors de leurs réunions familiales. Ce sont des choses agréables et souvent nécessaires, mais pour avoir de vraies discussions, nous devons commencer à parler sérieusement de la question des dynamiques de pouvoir et de décentrer la blancheur. 
*Les noms ont été changés pour préserver l'anonymat des personnes interrogées.

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