A-t-on réellement “perdu” notre année 2020… ou a-t-elle été étrangement bénéfique ?

Mars 2020 semble être à la fois hier et il y a une éternité. Vous aussi ça vous fait bizarre aujourd'hui de voir les gens dans les films aller dans des espaces bondés sans masque ? Le monde tel que nous le connaissons a changé à jamais, si lentement et pourtant si soudainement...
La perte subie cette année, dans tous les sens du terme, a été immense et incommensurable. Des êtres chers, des commerces entiers, des emplois, même le sentiment de sécurité le plus élémentaire. Nous avons été privés de la possibilité de nous marier, d'obtenir notre diplôme et de faire nos adieux dans les hôpitaux et lors des enterrements. Et même si vous faites partie des 9 % qui pensent que 2020 a été "géniale" ou " bien" (bien sûr), nous sommes tou·s·tes d'accord sur le fait que nous avons au moins ressenti une perte de temps. Ce sentiment de perdre une année de notre vie que nous ne récupérerons pas.
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Bien sûr, en pleine crise sanitaire mondiale, il est malvenu de commencer à se plaindre de son sort. Mais c'est probablement ce que vous ressentez, parce que c'est ce que nous ressentons tou·s·tes ; ça a été une année de merde.
Mais s'il y avait une autre façon de voir les choses ? Est-il possible de regagner cette année ? De gagner plus d'une année, même ? Et si la façon dont le monde a changé (et dont nous nous sommes adapté·es à ces changements) avait en fait ajouté quelques années à notre vie ? Car aussi horrible que cette année ait été (et surtout pour les travailleurs de première ligne), il y a eu de grands changements sociétaux qui, si nous nous y accrochons, peuvent changer notre monde pour le mieux - peut-être même en ajoutant une année ou deux à notre vie.

Nous apprenons à donner la priorité à notre santé…

Vous aurez entendu cent fois que nous respirons un air plus pur grâce à la réduction du trafic aérien et routier. Et, bien sûr, nous sommes tou·s·tes devenu·es à jamais plus soucieu·ses·x de l'hygiène. Certain·es d'entre nous ont également fait plus d'exercice cette année - qu'il s'agisse d'une promenade quotidienne, d'un programme de sport sur YouTube ou de se mettre à la course à pied pour la première fois - et le Dr Şirin Atçeken, psychothérapeute et spécialiste EMDR chez WeCure, me dit que courir ne serait-ce qu'une fois par semaine peut augmenter l'espérance de vie de 27 %.
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Il y aurait également eu une baisse de l'épuisement professionnel dans tout le pays - même si parfois, en travaillant tard depuis notre canapé, nous ne le ressentons pas vraiment. "La pandémie a changé la façon dont nous établissons l'équilibre entre vie professionnelle et vie privée, la vie privée devenant une priorité", me dit Şirin. "Les gens apprennent à se déconnecter et à se fixer de meilleures limites, ce qui augmente la positivité et réduit le stress".

…et de trouver notre "ikigai"

"À bien des égards, la pandémie a agi un peu comme un stabilisateur", me dit Beatrice Andrew, neuroscientifique et consultante en sciences du comportement à VERJ. "Cela a donné à certains d'entre nous l'occasion de concentrer leur attention sur ce qui est vraiment important".
Que faire d'autre quand on a moins de distractions que de contempler le sens de la vie ? J'ai passé beaucoup de temps à me promener chaque jour pour approfondir et donner un sens à Folklore et je ne suis pas la seule. Des études indiquent que beaucoup d'entre nous ont réévalué toute leur raison d'être - et il s'avère que c'est vraiment bon pour vous. 
"Il y a tant d'études qui établissent un lien entre le sens et le but de la vie et la longévité, la diminution du taux de mortalité et l'amélioration générale de la santé", explique Marta Zaraska, rédactrice scientifique et auteure de Growing Young : How Friendship, Optimism and Kindness Can Help You Live to 100. Marta fait référence à une étude du Royaume-Uni qui affirme que les Britanniques étaient plus heureux pendant la Seconde Guerre mondiale qu'ils ne l'étaient dans les années 80. "La raison la plus probable est que lorsque les temps sont durs, les gens sont plus susceptibles de chercher un sens à leur vie", dit Marta, "et rechercher un sens est le plus grand prédicteur d'être heureux dans sa vie".
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Ce désir d'avoir un sens et un but dans la vie est ce que les Japonais appellent "ikigai". Les centenaires d'Okinawa, au Japon - une des Blue Zones du monde (une région où les gens vivent plus longtemps et en meilleure santé) et sujet de Ikigai : le secret des Japonais pour une vie longue et heureuse - attribuent leur longévité au fait d'avoir une raison d'être forte et déterminante, ainsi qu'à une alimentation à base de plantes, au jardinage et au maintien d'un cercle d'ami·es tout au long de leur vie. Plutôt pas mal, non ?

Nous apprenons de nouvelles choses…

Garder un esprit actif est une autre approche populaire de la fontaine de jouvence. Beatrice me dit qu'apprendre de nouvelles choses challenge notre capacité à penser et à traiter l'information, et des études ont établi un lien entre les activités stimulantes sur le plan cognitif et une amélioration de la santé du cerveau. "En général, garder l'esprit actif, surtout pendant une période d'isolement, est de toute façon une bonne idée sur le plan psychologique", dit-elle.
Beaucoup d'entre nous ont utilisé ce temps en confinement pour nourrir notre curiosité, expérimenter et apprendre de nouvelles choses. Selon "L'année 2020 en recherches" de Google Trends, nous nous sommes plus que jamais demandé·es "pourquoi" et nous nous sommes accroché·es au DIY, de la création de masques faciaux à l'amélioration de notre intérieur. Nous nous sommes également perfectionné·es en cuisine, nous avons appris de nouvelles langues et nous avons appris à jouer de la guitare.
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"Être curieux, continuer à apprendre et s'épanouir sont très étroitement liés à une augmentation de l'énergie de vie et de la satisfaction de la vie", ajoute Şirin. "Avoir une meilleure énergie de vie, utiliser notre cerveau plus efficacement, établir de nouvelles connexions et stimuler la plasticité du cerveau sont autant de moyens de vivre plus longtemps".

…et trouver de nouvelles façons de se connecter avec les autres

L'année 2020 a également mis en lumière la crise de la solitude. Elle concerne 14 % de la population en France et près de 1 Français sur 10 s'apprête à passer Noël seul selon l'Ifop. Marta me dit que la solitude est liée à un risque deux à trois fois plus élevé de décès prématuré, des études montrant qu'elle peut augmenter le cortisol (l'hormone du stress) et l'inflammation - et cela sans même parler de ses effets sur la santé mentale.
Nous sommes des créatures sociales. Nous avons évolué pour fonctionner comme une tribu et c'est pourquoi, me dit Marta, il y a un lien étroit entre les hormones sociales (ocytocine, sérotonine, endorphines) et nos physiologies. "L'ocytocine réduit également l'inflammation et favorise la croissance osseuse ; la sérotonine régule la fonction hépatique, et notre axe HPA - qui est la réponse combat-fuite - fonctionne mieux lorsque nous sommes entouré·es d'autres personnes et que nous nous sentons en sécurité", me dit-elle. Par conséquent, nous avons moins de cortisol et d'adrénaline dans notre corps. Nous ne travaillons pas seulement mieux en équipe, mais notre corps fonctionne aussi littéralement mieux.
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Bien sûr, se connecter avec les gens IRL n'est pas exactement ce dont 2020 était fait. Mais en même temps, j'ai appelé ma famille et mes ami·es plus souvent cette année que jamais auparavant. Et il y a de bonnes nouvelles qui ressortent de tous ces appels Zoom et notes vocales. "Des recherches fascinantes ont montré qu'un appel vocal provoque une libération d'ocytocine beaucoup plus importante qu'un SMS", me dit Marta, "même lorsque le message est exactement le même. Ils n'ont pas fait de comparaison avec les appels vidéo, mais je suppose que la vidéo est encore meilleure. Ce n'est pas la même chose qu'en personne, bien sûr, mais c'est quand même nettement mieux que les textos".

Nous avons soutenu les personnes qui nous entourent

Cette année nous a également permis de nouer davantage de liens avec nos communautés, de soutenir nos entreprises locales et même de rencontrer nos voisins pour la première fois. "Chaque lien que vous avez est important pour votre vie", dit Marta, "et le fait d'être connecté à votre communauté est aussi l'un des très grands indicateurs de votre longévité. Des études montrent que, alors que l'alimentation et l'exercice physique peuvent réduire votre risque de mortalité de 20 à 30 %, le fait d'être très socialement connecté peut réduire votre risque de mortalité de 45 %".
N'oubliez pas que nous avons également fait preuve de gentillesse, de compassion et d'empathie envers des personnes que nous ne rencontrerons jamais. Les dons aux organisations caritatives ont explosé par exemple, et nous nous sommes calmement assis avec nos parents âgés pour leur expliquer pourquoi il est important de rester à la maison "même si vous ne vous souciez pas de l'attraper". Lentement mais sûrement, nous sommes tou·s·tes devenu·es plus empathiques.
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Et devinez quoi - être bienveillant·e, c'est un sacré coup de fouet pour la santé. "Non seulement la gentillesse, l'acceptation, la bienveillance et la patience suscitent des émotions plus positives et nous permettent de mieux gérer les situations", explique Şirin, "mais elles peuvent également aider le système immunitaire, la pression artérielle et améliorer les habitudes de sommeil, autant d'éléments liés à une vie plus longue et plus saine".

Maintenons donc le cap en 2021

Si vous souhaitez continuer à profiter de la vie l'année prochaine, voici quelques conseils d'experts qui sont bons pour votre esprit, votre corps et votre longévité.
- Pratiquez l'optimisme (ou du moins faites semblant jusqu'à y croire). L'optimisme peut ajouter de quatre à dix ans à votre vie.
- Donnez la priorité à vos intentions de vie. Et agissez en conséquence.
- Cultivez la joie, le plaisir et le divertissement dans votre vie.
- N'oubliez pas de vous accorder une pause.
- Trouvez une cause qui vous tient à cœur et faites du bénévolat si vous le pouvez.
- Continuez à vous connecter avec vos ami·es et les membres de votre famille, même si ce n'est qu'en ligne.
- Apprenez de nouvelles choses. Tout est désormais disponible en ligne ; utilisez ces ressources.
- Si vous vous sentez dépassé·e, n'hésitez pas à demander l'aide à votre entourage. Et si vous avez toujours l'impression d'être submergé·e, n'hésitez pas à demander l'aide d'un·e professionnel·le.

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