Et si les applis d'analyse de sommeil nous empêchaient de dormir ?

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Selon un récent sondage, 15 à 20% de la population française souffrirait d’insomnie.
En plus de nous rendre grincheuses, le manque de sommeil pourrait aussi augmenter nos chances de développer un diabète ou des problèmes cardiaques, et donc réduire l'espérance de vie.
Pas étonnant que de plus en plus d’insomniaques se tournent vers des applications censées aider à retrouver le sommeil. Or, selon Guy Leschziner, neurologiste et chef de service au centre d’études sur les troubles du sommeil de Londres, celles-ci pourraient bien être plus nocives qu’utiles à votre santé.
« On reçoit de plus en plus de gens qui utilisent ces apps dans nos services, et qui ont vu leurs problèmes s’aggraver. Normal : quand on souffre de troubles du sommeil, plus on se focalise dessus - en comptant ses heures de sommeil par exemple - moins on arrive à dormir. Pareil, plus on nous rabâche à quel point le manque de sommeil est préjudiciable, plus on est anxieux et moins on peut trouver le sommeil. »
Leschziner, régulièrement invité au festival de Sciences de Cheltenham, nous dit aussi trouver ces applications peu fiables. « La plupart des technologies reposent sur la détection de mouvements. Certaines sont un peu plus avancées et peuvent compter le nombres d’heures de repos, mais aucune n’est vraiment capable de vous renseigner sur vos cycles de sommeil, ni sur la qualité de celui-ci. C’est d’ailleurs d'autant plus difficile à évaluer dans le cas de personnes souffrant de troubles du sommeil. »
Comment donc savoir si vous dormez suffisamment ? Pour le docteur Leschziner, pas besoin d’une appli. Il suffit d’avoir recours à votre bon sens. « Si vous vous réveillez fatiguée le matin alors que vous pensiez avoir suffisamment dormi, c’est qu’il y a un problème. Si par contre vous vous réveillez fraîche et dispo tous les matins, c’est que vous dormez suffisamment. C’est aussi simple que ça. Pas besoin d’une appli pour vous rendre obsessionnelle. Consultez un médecin si vous soupçonnez des troubles du sommeil, comme une apnée par exemple ou des difficultés à s’assoupir. »
L’année dernière, notre rédactrice Sarah Raphael a accepté de suivre un programme de thérapie cognitive et comportementale pendant cinq semaines, mené par une clinique anglaise spécialisée dans le traitement de l’insomnie.
Dans son récit d’expérience, Sarah raconte avoir pris conscience qu’une bonne nuit de sommeil ne pouvait pas être réduite à 8 heures de sommeil. « L’idée qu’il faille absolument dormir 8 heures est un mythe, parce que chacun est différent. (...) Ce qu'on sait par contre, c'est que la lumière bleue empêche le cerveau de sécréter de la mélatonine. Or, c’est de cette hormone dont vous avez besoin pour trouver le sommeil. Si vous êtes vraiment sérieuse avec votre sommeil, lâchez votre smartphone au moins 20 minutes avant le coucher. Même chose : utilisez un bon vieux réveil pour vous sortir du lit le matin, laissez tomber le smartphone. »
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