Le mouvement anti-rétinol est en marche – mais sur quoi se fonde-t-il ?

Le Dr Barbara Sturm s'est forgée une solide réputation dans le secteur de la beauté grâce à une crème personnalisée innovante fabriquée à partir du sang de chaque patient·e. Depuis 2002, la clientèle de renom de cette chirurgienne orthopédique allemande, devenue maîtresse de l'esthétique, se soumet à une prise de sang dans un tube spécial, qui est ensuite placé dans une centrifugeuse pour isoler les globules rouges du concentré de plaquettes, dont le Dr Sturm extrait ensuite le plasma et l'infuse dans une formule connue sous le nom de "MC1".
Si elle s'aventure là où peu d'autres osent aller en exploitant les pouvoirs cosmétiques des fluides corporels, il y a un ingrédient surprenant que ce médecin ne recommande pas : le rétinol. Pour de nombreuse·x professionnel·les des soins de la peau, y compris les dermatologues et les esthéticien·nes, l'utilisation topique de la vitamine A et de ses dérivés est une évidence dans la quête d'une peau plus nette, plus lumineuse et plus jeune. Mais pas pour le Dr Sturm - et son raisonnement est simple.
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"Ma formation est entièrement consacrée à l'anti-inflammation, et le rétinol et les rétinoïdes provoquent une inflammation", explique-t-elle. "Je ne crois pas qu'il soit bon d'attaquer la peau et de forcer la guérison à chaque utilisation, et je pense que le rétinol ne devrait pas se trouver dans les produits de soins de la peau disponibles en vente libre. Mon approche consiste à respecter la peau qui est notre plus grand organe avec de nombreuses fonctions indispensables, et à rester à l'écart des ingrédients agressifs".
En effet, le rétinol et les rétinoïdes agissent en encourageant le renouvellement rapide des cellules de la peau. Le but est de révéler une nouvelle peau, en exfoliant la couche supérieure et en pénétrant plus profondément pour stimuler la production de collagène, augmenter l'élasticité et purger l'accumulation de sébum à l'intérieur des pores. Si les avantages sont prouvés par la recherche, on ne peut pas dire que le processus n'est pas agressif. La période initiale d'utilisation est notoirement marquée par une peau sèche, rouge et qui pèle. Le rétinol est sûr lorsqu'il est utilisé correctement ; cela est bien documenté, et le Dr Sturm concède que votre dermatologue est le mieux placé pour le prescrire. Mais si l'on en abuse avec une concentration trop élevée ou un usage trop fréquent, la peau peut subir des dommages pouvant durer jusqu'à plusieurs semaines. Le risque d'irritation, associé à un risque encore plus élevé d'une mauvaise utilisation, conduit de plus en plus de marques à rejoindre le Dr Sturm et à renoncer à ce produit de longue date. 
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Si Irene Forte n'adopte pas une approche aussi stricte que celle du Dr Sturm, elle a tout de même quelques réserves quant à la présence de vitamine A dans sa marque de soins de la peau éponyme. "La vitamine A est un important actif anti-âge et clarifiant pour la peau, mais au-delà d'un certain dosage, elle s'apparente à un produit de qualité pharmaceutique et à un exfoliant agressif", explique la fondatrice, dont la philosophie associe une recherche et un développement rigoureux à l'esprit méditerranéen naturel de son Italie natale. "Notre éthique consiste à maintenir l'équilibre de la peau ; l'efficacité de nos produits est cliniquement prouvée, mais ils sont doux pour la peau, et cliniquement approuvés pour les peaux sensibles. Par conséquent, les rétinoïdes "traditionnels" ne sont pas nécessairement adaptés". Forte incorpore de faibles niveaux de palmitate de rétinyle dans ses produits pour ses effets antioxydant et de conservateur naturel, et elle s'intéresse au potentiel des formes de vitamine A plus respectueuses des peaux sensibles, ainsi qu'aux peptides ayant des propriétés similaires.
Outre l'ingrédient vedette, le cannabinoïde, qui a fait l'objet de tests cliniques, les peptides (dont le Matrixyl 3000, un produit de référence) figurent en bonne place dans Deliverance, le tout premier sérum de Dieux (actuellement en rupture de stock) non pas comme une alternative, mais comme complément au rétinol, un film apaisant et renforçant la barrière cutanée, peu importe l'usage que vous choisissez d'en faire. "Les rétinoïdes sont probablement mon ingrédient de soin de la peau préféré, car ils sont largement étudiés, ils sont sûrs et ils fonctionnent", explique Charlotte Palermino, cofondatrice et directrice générale de la marque. "Cependant, tout le monde ne peut pas les utiliser, et de nombreuses personnes ressentent une sensibilité et une irritation - pas tout le monde, et pas parce que c'est toxique ou autre, mais parce que c'est un resurfaçage."
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Lorsque Palermino a commencé à travailler avec la chimiste cosmétique Joyce de Lemos, aujourd'hui cofondatrice et chef de produit chez Dieux, elle dit qu'elles ont remarqué que de nombreuses personnes utilisaient les produits de façon incorrecte avec des résultats peu désirables. "Les personnes qui sont novices en matière de soins de la peau, qui ne connaissent pas les indications ou qui n'écoutent pas leur dermatologue, se brûlent le visage", explique-t-elle. "On voit une tonne d'agents de resurfaçage sur le marché, et nous avons voulu créer un sérum qui se combine bien avec d'autres produits sans avoir cet effet." Pour leur premier produit, Palermino, elles ont laissé de côté le rétinol parce que de Lemos ne peut pas le tolérer sur sa peau, mais cela ne signifie pas qu'il ne figurera pas dans la gamme à l'avenir.
Ce que vous ne trouverez probablement pas dans les produits Dieux Skin, c'est le bakuchiol. Une étude clinique de 2018 a démontré que le composé dérivé de la plante Babchi, que l'on trouve communément dans la médecine traditionnelle indienne et chinoise, bien que n'ayant aucune similitude structurelle avec le rétinol, présente des avantages topiques similaires à ceux de la vitamine A avec un moindre risque d'irritation. Le secteur industriel de la beauté s'est emparé de cette découverte, s'empressant de surnommer le bakuchiol "le rétinol naturel" et vantant sa capacité à réduire les ridules et à atténuer l'hyperpigmentation tout en étant plus doux et sans danger pour les femmes enceintes. (L'utilisation de la vitamine A n'est pas recommandée pendant la grossesse ou l'allaitement). Ces résultats préliminaires sont encourageants, mais ce ne sont que des résultats préliminaires. "Je pense que le bakuchiol est une excellente option pour les personnes souffrant de rosacée, d'eczéma et de dermatite périorale qui ne peuvent pas tolérer le rétinol", explique la dermatologue Elyse Love, "mais il est encore trop tôt pour affirmer qu'il s'agit d'une alternative équivalente".
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Le fait est que le bakuchiol n'a pas besoin d'être une alternative équivalente au rétinol pour être un ingrédient précieux en soi : la plante était utilisée dans des préparations ayurvédiques bien avant 2007, date à laquelle elle a été commercialisée pour la première fois dans des applications topiques. (Il y a également des préoccupations environnementales croissantes ; Psoralea corylifolia, la plante dont elle est dérivée, serait en voie de disparition).
"Je suis ravie de voir qu'un ingrédient ayurvédique traditionnel est adopté par les marques de cosmétiques, et je pense que les marques qui l'utilisent devraient créditer ses racines ayuvérdiques pour créer une plus grande sensibilisation autour des rituels et des traitements de beauté sud-asiatiques", déclare Michelle Ranavat, une Indienne-Américaine de première génération qui fusionne la technologie moderne avec les plantes ayurvédiques dans sa ligne de soins de la peau, Ranavat. "Lorsque nous avons vu un si grand nombre de sérums au bakuchiol sur le marché, nous avons voulu partager notre vision traditionnelle de cet ingrédient : utiliser la graine de bakuchi dans son intégralité. Au lieu d'une forme d'extrait, nous utilisons la préparation ayurvédique qui crée une riche pâte à partir de la graine et nous utilisons tous ses nutriments dans notre Crème Bakuchi Renouvelante Eternal Reign".
Il existe également une confusion légitime entre ce qui constitue un rétinol en vente libre et un rétinoïde plus puissant prescrit par un dermatologue, comme l'adapalène (désormais disponible en vente libre), la trétinoïne et le tazarotène. "Les rétinols et les rétinoïdes peuvent devenir un casse-tête pour le consommateur, car il existe tellement de formulations", explique le Dr Love. "En termes d'anti-âge, on pense généralement que les rétinoïdes sur ordonnance et les rétinols en vente libre sont aussi efficaces les uns que les autres, même si je ne le crois pas nécessairement. Les rétinols sont, en général, beaucoup plus doux que les rétinoïdes sur ordonnance, ils sont donc typiquement la solution pour ceux qui n'ont pas de problèmes de peau majeurs, mais qui veulent augmenter la production de collagène pour retarder la formation de rides et de ridules".
Palermino affirme que l'industrie est truffée de fausses informations sur les risques et les dangers du rétinol. Le mythe populaire selon lequel il amincit la peau a été réfuté ; ironiquement, les recherches montrent qu'il augmente en réalité l'épaisseur de l'épiderme. "Le rétinol peut être irritant, mais cela ne signifie pas qu'il est mauvais pour vous", dit-elle. "Tout est une question de nuance". Quant à savoir si elle a des inquiétudes concernant la fiabilité du rétinol, le Dr Love répond : "Non, pas du tout. Le rétinol ne doit pas être utilisé pendant la grossesse ou l'allaitement, mais il est autrement considéré comme un actif très sûr à long terme".
Pour les personnes qui ne tolèrent pas le rétinol, il existe d'autres solutions. Des innovations peuvent être trouvées dans les ingrédients botaniques et de laboratoire qui permettent de profiter des avantages sans les inconvénients (Forte cite les formes de rétinol stabilisées, à libération prolongée et encapsulées comme étant particulièrement intéressantes). Mais si vous êtes satisfait·e des résultats du rétinol, il n'y a pas de raison de renoncer à l'utiliser. Vous pouvez aussi garder votre adapalène, votre bakuchiol et votre crème à base de sang.

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