Taches de rousseur et peau noire : qu’est-ce que la dermatosis papulosa nigra ?

Aujourd'hui, j'ai compté 52 taches de rousseur sur mon visage. Quatre de plus que la dernière fois. N'étant pas étrangère aux selfies, je passe pas mal de temps à inspecter les détails de mon visage. Mais il faut dire que maintenant, j'ai une bonne raison de le faire. Tout comme les taches de rousseur causées par l'exposition au soleil et la génétique, les petites taches brunes qui parsèment mes joues et mes tempes sont apparues progressivement au début de la vingtaine, et sont devenues plus proéminentes après des vacances où j'ai été un peu trop laxiste avec la crème solaire. Et, si on regarde de plus près, ces lésions en relief sur mon visage ne sont pas du tout des "taches de rousseur". 
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Je ne savais pas qu'il existait un terme médical pour ces petites taches brunes jusqu'à ce qu'une recherche aléatoire sur Google pour "ces grains de beauté que les Noir·es ont" fasse apparaître le terme dermatosis papulosa nigra (DPN). Ces lésions cutanées sont plus fréquentes chez les personnes noires, asiatiques et amérindiennes, et sont notamment le signe distinctif de l'acteur Morgan Freeman.
En approfondissant mes recherches, j'ai découvert la créatrice de contenu Lesley Buckle, également connue sous le nom de Fresh Lengths sur les réseaux sociaux, qui a fait retirer ses lésions par électrochirurgie en 2016. Pendant longtemps, elle a été ma seule référence (en-dehors de Morgan Freeman) à aborder cette affection cutanée. "C'est à l’adolescence que je me suis rendue compte que j'en avais", raconte-t-elle à Unbothered. "Les premières manifestations peuvent se produire aux alentours de la puberté. Au début, il s'agissait de petits points, mais à l'âge de 16 ans, j’ai commencé à avoir de grosses taches sur mon visage, en particulier autour de mes joues et de ma mâchoire. J'en avais beaucoup sur le cou et quelques-unes sur le corps aussi, mais ce sont les lésions du visage qui me dérangeaient le plus. Je pense que j'ai commencé à envisager de me les faire enlever car cela me gênait déjà quand j'étais plus jeune."
"Je ne connaissais personne de mon âge qui en était atteint, les seuls exemples que j'avais étaient des personnes plus âgées. Ma mère était atteinte de DPN et tout son visage en était recouvert quand j'étais plus jeune, et puis il y avait des personnes célèbres plus âgées comme Morgan Freeman", partage Buckle. "Ma mère ne savait pas grand-chose à ce sujet non plus et mon père m'avait raconté comment ses taches s'étaient développées depuis qu'il l'avait connu. Je me suis dit qu'un jour mon visage serait lui aussi couvert de dermatitis papulosa nigra et c'est à ce moment-là que j'ai commencé à chercher un moyen de m'en débarrasser."
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Comme Buckle, je crains de plus en plus que mes taches deviennent plus proéminentes avec le temps et que je commence à en avoir partout sur le visage. Celles que j'ai en ce moment ne me dérangent pas, mais je n'en veux pas plus. Alors, dois-je me faire retirer mes "taches de rousseur brunes" ? J'ai demandé l'avis de dermatologues et d'esthéticien·nes.

C'est quoi au juste la Dermatosis Papulosa Nigra (DPN) et faut-il s'en inquiéter ?

"La dermatosis papulosa nigra (DPN) fait référence à de petites lésions qui ressemblent à des taches de rousseur mais qui ne sont pas plates", explique Bianca Estelle, spécialiste en dermatologie formée à Harley Street, directrice clinique et fondatrice de bea skincare. "Les lésions sont plus en relief et sont considérées comme une variante de la kératose séborrhéique (une excroissance cutanée non cancéreuse) ; elles peuvent être de la même couleur que la peau mais sont souvent plus foncées", explique la spécialiste. Cette esthéticienne dermatologue basée à Londres est elle-même atteinte de DPN et explique que ces affections cutanées inoffensives ont tendance à se retrouver dans les familles. "La cause est inconnue, mais la maladie est héréditaire, donc je dirais qu'elle est en grande partie génétique", explique Estelle.
Dr Raj Arora, spécialiste en dermatologie esthétique chez FOREO, explique également que cette affection cutanée se manifeste principalement chez les femmes, au niveau du visage et du cou. "La cause exacte de la DPN est inconnue, mais on pense qu'il y a une composante héréditaire", explique Dr Arora à Unbothered. "Environ 50 % des patient·es qui consultent pour un traitement ont des antécédents familiaux de cette affection cutanée. Les lésions commencent généralement à apparaître vers l'adolescence et peuvent augmenter en taille et en nombre avec l'âge."
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La dematosis papulosa nigra est-elle dangereuse ?

Outre le risque que les taches grossissent avec l'âge (soupir...), je me suis demandée si, comme le mélanome ou les grains de beauté qui changent de forme, il fallait garder un oeil dessus. "Comme les lésions sont bénignes, il n'y a généralement aucune raison médicale de les traiter ou de les retirer", assure Dr Arora. "Mais certaines personnes n'aiment pas leur aspect et peuvent envisager un traitement", ajoute-t-il.

Quels sont les traitements disponibles pour traiter la DPN et comportent-ils des risques ?

Il existe un certain nombre de traitements capables de faire disparaître la DPN, notamment le traitement par laser, la cryotherapy (utilisation d'azote liquide pour geler les lésions), l'électrocautérisation (utilisation d'un courant électrique pour cautériser la lésion), et le curetage (grattage) pour retirer les lésions. 
Bianca Estelle prévient que ces traitements comportent des risques de cicatrices, d'hyperpigmentation et de brûlures et qu'il est probable de devoir répéter les traitements à mesure que de nouvelles lésions apparaissent : "Il convient de noter que ces deux traitements peuvent provoquer une hyperpigmentation (taches plus foncées) ou une hypopigmentation (taches plus claires), dont la disparition peut prendre jusqu'à six mois", explique-t-elle. "Comme la DPN, l'hyperpigmentation est également plus fréquente chez les personnes qui ont la peau foncée. Il est donc préférable de consulter un dermatologue expérimenté avant d'opter pour un quelconque traitement."
Lesley Buckle a opté pour l'électrocautérisation en clinique et documente les résultats depuis 2016. 
"Cela peut prendre un certain temps en fonction de la quantité de lésions que vous avez, mais généralement une crème anesthésiante est appliquée avant pour atténuer la douleur", partage-t-elle. "La clinique laisse volontairement la peau former des croûtes pour favoriser une meilleure cicatrisation, on a donc un peu l'impression d'avoir encore des lésions mais après environ une semaine ou deux, la plupart des croûtes ont guéri. J'avais beaucoup de lésions à cette époque-là, je ne les ai donc pas toutes enlevées, mais un bon nombre a été traité et je suis revenue pour en faire retirer d'autres plusieurs fois depuis."
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"Les résultats ont été incroyables et en valaient la peine pour moi", dit Buckle. "J'ai eu un temps d'arrêt de peut-être une semaine avec une peau marquée de croûtes, mais une fois guérie, ma peau était tellement plus nette. Je n'avais jamais vu ma peau comme ça quand j'étais plus jeune parce que j'avais aussi des problèmes d'acné."

Alors, devrais-je me faire retirer mes lésions de DPN ?

Je ne suis pas encore décidée. Si j'ai déjà fait faire des soins du visage en institut, j'évite de laisser ma peau entre les mains d'esthéticien·nes (principalement pas peur). Les risques d'hyperpigmentation et de cicatrices me font franchement hésiter. 
J'ai envoyé un gros plan de mes lésions de dermatitis papulosa nigra à Bianca Estelle pour obtenir son avis d'experte. "La cryo est une option mais, à moins que les lésions ne vous dérangent vraiment, cela n'est pas vraiment nécessaire car elles sont plutôt petites", me dit-elle franchement, ajoutant : "La cryo comporte également un risque d'hyper ou d'hypopigmentation et il faudra six mois pour y remédier." Bianca Estelle me recommande plutôt d'utiliser un acide glycolique de qualité supérieure et de porter un indice de protection solaire de 50 quotidiennement. Elle recommande également d’éviter de m'exposer au soleil.
Pour l'instant, j'aime ma peau avec la dermatosis papulosa nigra, surtout quand mon partenaire les relie au doigt sur mon visage et qu'il me dit qu'il les trouve adorables. Mon père en a, tout comme ma grand-mère, et ces marques sont étrangement devenues un lien avec mes origines, comme de minuscules petits trésor. Lorsque je me regarde dans le miroir, je vois que j'ai les yeux de ma mère, le nez de mon père et, éparpillées sur mon visage, fières et bien visibles, les taches de rousseur de ma défunte grand-mère.

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