Je n’ai pas eu de relation sexuelle depuis un an à cause du coronavirus

Photo par Eylul Aslan
La dernière fois que j'ai eu des relations sexuelles avec quelqu'un, c'était en janvier 2020. Douze mois plus tard, nos vies ont été complètement bouleversées par le coronavirus. Je me demande toujours si j'aurais fait les choses différemment si j'avais su que cette soirée au lit avec un étranger serait la dernière fois que j'aurais des relations sexuelles pendant plus d'un an.
Je n'ai jamais pensé que cela me dérangerait que ma dernière expérience sexuelle soit un coup d'un soir qui ne mène nulle part. Je sais qu'il n'y a pas de honte à avoir une aventure d'un soir. J'en ai eu beaucoup. Mais il y a quelque chose qui me dérange dans le fait que ça n'ait mené nulle part et que ce soit la dernière fois qu'un autre être humain a touché ma peau intimement.
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J'avais 32 ans cette nuit-là en janvier dernier. J'ai failli ne pas rentrer avec Greg*, mais il y avait quelque chose en lui qui m'a attirée. Il avait 10 ans de plus que moi. Il semblait sage, comme s'il savait des choses sur la vie que je ne savais pas encore. Nous avons eu une connexion instantanée.
C'était l'un de ces rares dates chaleureux et confortables. Le genre où vous vous touchez les genoux et les bras en quelques minutes. Quand on s'est embrassé, j'ai ressenti quelque chose à l'intérieur que je n'avais pas ressenti au cours des six mois derniers mois, puisque j'avais le cœur affreusement brisé durant l'été 2019.
Rien ne m'avait paru si bien depuis longtemps, alors j'ai foncé. Nous avons passé une très bonne nuit. Je me souviens de m'être sentie jeune, séduisante, vivante. Greg et moi avons fini dans un Uber pour aller chez lui ; nous avons bu du gin et parlé pendant des heures. Après avoir fait l'amour, je me suis sentie rassurée et en sécurité. Après qu'il m'ait reconduit chez moi le lendemain matin, on a continué à échanger des messages pendant des semaines. Je me suis sentie de plus en plus envoûtée par lui, mais après avoir annulé deux rendez-vous, il a admis qu'il n'avait pas encore oublié son ex-copine.
J'ai été déçue, bien que j'aie ressenti une sorte de mélancolie à son égard que je n'avais pas pu percer, donc c'était logique. Et puis la pandémie a frappé et ma vie sexuelle est partie aux oubliettes. Chaque choix que j'avais fait prenait soudain une nouvelle signification, un nouveau poids.
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Je n'avais pas seulement envie de sexe. Je voulais le confort et la sécurité qu'apporte une relation stable.

Je suis sûre que je ne suis pas la seule personne à avoir trouvé Instagram difficile l'année dernière. Au début du confinement 1.0, c'était un pêle-mêle de couples qui s'affichaient en posant fièrement depuis leur canapé. "Je ne voudrais pas être confinée avec quelqu'un d'autre", lisait-on dans les légendes. Pendant cette période, j'ai mis si souvent mes notifications en sourdine que c'est un miracle que je n'ai pas eu de tendinite.
Je n'ai jamais eu de problème à être célibataire, mais c'était tout simplement trop dur à regarder. Je n'avais pas seulement envie de sexe. Je voulais le confort et la sécurité qu'apporte une relation stable. Je voulais quelqu'un pour qui cuisiner, qui cuisinerait pour moi. Je voulais quelqu'un avec qui aller au magasin à tour de rôle. Je voulais quelqu'un à côté de moi quand j'avais l'impression que le monde entier s'écroulait. Chaque jour, alors que je doomscrollais obsessionnellement, j'étais seule. Le nombre de décès quotidiens augmentait et le logo de BFM TV a commencé à apparaître dans mes rêves.
Accélérez rapidement d'un an et il est déchirant de constater que non seulement on risque encore un nouveau confinement, mais qu'en fait, de plus en plus de personnes perdent la vie à cause du coronavirus. Et me voilà, toujours seule, sans partenaire sur lequel m'appuyer pour trouver un soutien.
Cela fait tellement longtemps que je n'ai pas dormi à côté d'une autre personne, et encore moins fait l'amour, que j'ai presque oublié la sensation de se blottir contre quelqu'un dans son lit et de se couper du monde. J'essaie toujours d'imaginer le soulagement que l'on ressent quand on laisse sa respiration se synchroniser avec celle d'une autre personne, le réconfort que l'on obtient simplement en écoutant les battements de son cœur et en sachant que l'on n'est pas seul·e.
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On a beaucoup parlé de la "récession sexuelle" que connaissent actuellement les personnes seules. Donc, même si j'ai l'impression d'être la seule personne au monde à ne pas avoir de relations sexuelles, je sais que ce n'est pas vrai. Une enquête de Meetic datant d'août 2020 a révélé que 71 % de ses membres n'avaient pas eu de rapports sexuels du tout au cours des six derniers mois.
Le mot "célibataire" ne me plaît pas particulièrement, mais me voilà. Je choisis à la fois de ne pas avoir de relations sexuelles parce que je veux suivre les règles et je suis simultanément forcée de m'abstenir par le virus en constante mutation qui infecte aujourd'hui plus de personnes que jamais.
Le confinement a un talent remarquable pour nous forcer à nous replier sur nous-mêmes. Nous ressassons le passé et tout le plaisir que nous avions avant le coronavirus. J'ai passé de nombreuses nuits à rester éveillée, à repenser à tout ce sexe sauvage que j'avais l'habitude d'avoir. Il y a eu une fois sur un toit à Ibiza et une autre fois dans la mer en Thaïlande. Mais j'ai surtout fantasmé sur le sexe très normal que j'ai eu avec mes ex en semaine. Je me suis souvenue des câlins d'après sexe. Je me suis remémoré les réveils du lendemain.
Je sais qu'il y a des choses plus importantes qui se passent. Je sais que je suis chanceuse à bien des égards. Mais le fait que donner ou recevoir un câlin soit l'une des choses les plus risquées que je puisse faire ne diminue jamais la cruauté de la chose.
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Au cours des douze derniers mois, beaucoup de mes amies sont tombées enceintes et ont eu des "bébés de pandémie", et je ne peux pas mentir et dire que ça ne pique pas. Ce n'est pas comme si je n'avais pas essayé de rencontrer quelqu'un l'année dernière. Les titres des magazines ont proclamé que la pandémie avait marqué une nouvelle ère de dating ; elles étaient meilleures et plus réfléchies, ont-ils dit, parce qu'on était obligé·e·s de procéder lentement par téléphone ou sur Zoom avant un rendez-vous en personne. Mais je ne suis pas sûre que cela ait jamais été le cas.

Le mot "célibataire" ne me plaît pas particulièrement, mais me voilà. Je choisis à la fois de ne pas avoir de relations sexuelles parce que je veux suivre les règles et je suis simultanément forcée de m'abstenir par le virus en constante mutation qui infecte aujourd'hui plus de personnes que jamais. 

Pour l'été, lorsque le confinement s'est relâché et que le taux d'infection a chuté, et que j'ai eu brièvement le sentiment de pouvoir sortir et faire des choses, j'ai eu plusieurs dates. Mais j'ai surtout trouvé que les hommes que j'ai rencontrés étaient très insistants sur le sexe. Et alors que je rêvais de sexe depuis des mois, face à la perspective de rentrer chez moi avec quelqu'un avec qui je n'avais pu discuter que quelques heures, je n'ai pas voulu. Tout cela me semblait tellement forcé et contre nature.
J'ai embrassé quelques gars. L'un m'a tripoté comme si on avait été dans une discothèque des années 90, l'autre m'a attrapé la main et, sorti de nulle part, l'a posée sur son érection. Les deux fois, je me suis enfuie. C'est alors que j'ai commencé à réaliser que je ne pouvais simplement pas coucher avec quelqu'un pour le plaisir de mettre fin à mon célibat forcé.
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L'introspection du confinement m'avait fait réaliser une chose : je ne voulais pas du tout d'un coup d'un soir. Je voulais que la prochaine fois que je coucherais avec quelqu'un, ce soit parce que je le veux vraiment. Je voulais que ce soit avec quelqu'un avec qui j'avais vraiment envie de le faire. Et le coronavirus ne me donnait pas la chance de connaître une personne correctement. Je ne veux pas que l'histoire de Greg se répète. Je veux connaître la personne avec laquelle je suis impliquée. Je veux prendre des décisions en connaissance de cause sur mon corps et mon avenir.
Et donc cette fois-ci, après un couvre-feu à 20 heures puis à 18 heures et aux portes du confinement 3.0, je n'ai aucun intérêt à me promener dans un parc en ce froid glacial avec un étranger tout en essayant de ne pas mouiller. J'ai supprimé mes applications de rencontre. Même mon vibromasseur prend une pause. Ma libido a presque complètement disparu.
C'est la plus longue période sans sexe de ma vie d'adulte et après un an, c'est comme si ma libido s'était lentement éteinte. C'est peut-être une question de survie. Je n'ai plus l'énergie de m'inquiéter de ce qui me manque. C'est plus facile d'essayer de tout remettre à plus tard jusqu'à ce que les choses s'améliorent. Je pourrais me soucier des dates, de faire l'amour, de mon avenir, mais quelque chose au fond de moi a changé. Il est préférable de se concentrer sur les choses que je peux essayer de contrôler : ne pas ramener le virus chez moi, s'assurer que ma famille et mes ami·es sont en bonne santé, bien manger, faire de l'exercice, regarder des tonnes de films d'horreur. Et si mon année de célibat forcé se transforme en 18 mois, qu'il en soit ainsi.
*Le nom a été changé

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