Devenir parents ou non : 11 personnes racontent leurs parcours

Dans un soucis de dialogue et de bienveillance, on a demandé à 11 personnes de nous parler de leur parcours vers la parentalité - ou au contraire, de leur décision de ne pas devenir parent.

Ligne ondulée
Photo de Jioulex Mise en beauté : Yui Ishibashi pour She Likes Cutie
Piera Gelardi, 39 ans, directrice de création et co-fondatrice de Refinery29
Parcours : FIV, fausse couches GPA
Quand on investit beaucoup d’efforts dans une chose sans pour autant l’obtenir, il est normal de se mettre à douter. Douter du fait même que cette chose nous soit destinée. Durant les sept années que j'ai passées à essayer de concevoir, j’ai eu tout le temps de me remettre en question.
Au début, je débordais d’optimisme. J’ai arrêté de prendre la pilule, en me disant que ça viendrait en temps voulu. J'appelle ça la phase « laissons les choses se faire ». Mon mari et moi n’étions pas complètement sûrs d’être prêts à devenir parents, mais on dit bien qu’on n’est jamais vraiment prêts. Nous avons donc décidé de nous lancer. Un jour, j’ai eu du retard et j’ai paniqué. J’étais terrifiée à l’idée que ce moment soit déjà venu ! Le jour suivant, j'ai eu mes règles. Mes sentiments étaient mitigés. J'éprouvais à la fois de la déception et une sorte de soulagement.
Après une année à laisser les choses se faire, j’ai décidé de consulter un gynécologue. C’est alors que j'ai été confrontée à une multitude d’obstacles : piqures, tests et j'en passe.
Je me suis vite aperçue que devenir maman ne serait pas une promenade de santé, et au fil des années, j'ai rencontré de nombreux problèmes. D’abord, il y a eu l’hypothyroïdie, le syndrome des ovaires polykystiques, j’ai ensuite appris que j’avais un grand fibrome utérin pédonculé et pour finir, j’avais un utérus pseudo unicorne, un défaut génétique avec lequel j’avais vécu toute ma vie et que je découvrais seulement à l’âge de 36 ans.
Ce n’est rien, pas besoin d'avoir pitié, j’ai horreur qu’on me prenne en pitié : voilà ce que j'avançais à mes amis et à ma famille durant cette période difficile.
L’infertilité est abordée de façon inadaptée. Dans infertile, il y a une connotation de vide, de froideur. Mais ce n’est pas comme ça que je voyais ma vie. Je menais une vie bien remplie, trépidante, qui méritait d'être célébrée, avec ou sans enfant. Cette impression que quelque chose manquait à ma vie allait et venait, mais je m'étais convaincue que si j’en parlais, je devrais supporter la pitié et la tristesse des autres à mon égard. C'était comme si on me rappelait ce qui manquait à ma vie, alors que j’aurais voulu une appréciation de ce que j’avais déjà.
Je suis tombée enceinte grâce à une FIV pour mon 37e anniversaire. J'y ai vu un signe. Mais à 13 semaines, j’ai fait une fausse couche impressionnante dans les toilettes du bureau.
Deux docteurs m’ont alors expliqué que quelques grossesses seraient sûrement nécessaires pour étirer mon utérus. Cela signifiait encaisser des fausses couches à répétition — chacune à un stade plus avancé que l’autre — avant de pouvoir mener une grossesse à terme. Cette éventualité me semblait impossible, j’ai alors décidé de m’ouvrir à toutes les options existantes. J’ai pris contact avec une agence d’adoption. C’est là qu'on m'a parlé de la GPA et que j’ai réfléchi aux options non-traditionnelles qui me permettraient de devenir maman.
Au même moment, on nous a fait une proposition inattendue. Ma belle-sœur Teresa a offert de porter le bébé pour moi et mon mari. J’ai été frappée par sa générosité, stupéfaite qu’une personne soit prête à faire une chose aussi importante pour nous.
En novembre dernier, ma fille Viva est née dans un environnement débordant d'amour. Elle était l'aboutissement de l’acte le plus beau et le plus généreux qu'on puisse imaginer. Dès l’instant où elle est née, tous mes doutes se sont envolés et j’ai été envahie par une clarté et un calme troublant. L’enfant qui m’était destiné — et qui l’avait toujours été — était enfin là.
Durant les sept années qu’a duré mon périple vers la maternité, j’ai passé beaucoup de temps à réfléchir, à me demander ce que pouvait nous réserver l'avenir. Aujourd'hui, chacune de mes journées commence (un peu plus tôt que ce que je voudrais) avec les gazouillis de Viva. Lorsque je me penche sur son berceau et que son visage s’illumine en me voyant, là, plus rien n'a d'importance.
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Amy Emmerich, 43, co-fondatrice et cheffe du contenu chez Refinery29
Colin Oberschmidt, 40 ans, technicien studio
Parcours : infertilité masculine, FIV
Colin: Nous nous sommes mariés en octobre 2009 et en novembre 2010, j’ai fait une analyse de sperme. Les résultats du test étaient normaux, ce qui nous a mis sur la mauvaise voie. En août 2011, le même test a montré que je ne produisais pas de spermatozoïdes, les premiers résultats étaient ce qu'on appelle un faux positif.
Amy: Quand j’ai appris que ce qui nous empêchait d’avoir des enfants, c'était la mobilité des spermatozoïdes de Colin, j’étais hors de moi. J’avais 35 ans et tous les docteurs partaient du principe que ce qui posait problème, c’était mon « âge. » J’avais l’impression que nous avions perdu tellement de temps et d’argent. Je me sentais bête. Pourquoi était-il si difficile d’obtenir les informations dont j’avais besoin sur mon corps ? J’avais de la peine pour Colin, je m’étais préparée à porter ce fardeau, mais ce n’était pas son cas. Et pour un homme, avoir moins de spermatozoïdes remet beaucoup de choses en question.
Colin: Pour moi, ça n’a pas vraiment été un choc. Ce que j’ai ressenti, c’est plutôt de la frustration du fait de ne pas obtenir de réponses.
Amy: Aucun docteur n’était en mesure d’expliquer ce qui s’était passé : au premier test, tout allait bien, mais pas pour les autres. On lui a fait des piqures et toutes sortes d’analyses, mais aucune réponse ne nous était apportée. Le problème de fertilité masculine manque de moyens — la plupart des fonds sont investis dans la recherche sur l’infertilité des femmes.
L’accès à l’information est limité. Nous ne sommes pas les seuls concernés — le taux de spermatozoïdes des hommes dest en déclin depuis les années 50.
Colin: J’ai dû voir un urologue et on m’a prescrit du Clomid, un médicament prévu pour stimuler l’ovulation chez les femmes. Chez l’homme, il peut augmenter le taux de testostérone et aider à la création de spermatozoïdes. J’ai arrêté de boire pendant presque un an, et on a passé une flopée de tests. Je ne me suis pas beaucoup ouvert durant cette période. Je n’aime pas trop partager mes sentiments. J’en ai un peu discuté avec un collègue qui passait par la même chose, ça m’a permis de me faire une idée de ce qui serait couvert par notre assurance.
Amy: Cette expérience a été très éprouvante pour moi. J'ai dû dire adieu à l’idée qu’on pouvait « simplement tomber enceinte » en ayant des relations sexuelles. Il n’y aurait pas d’heureux accident pour nous. J'ai tout remis en question. Devions-nous rester ensemble ? Peut-être n’étions-nous pas destinés à avoir des enfants ? Après une année de thérapie, nous avons réussi à aller de l'avant et c'est alors que nous avons tenté une FIV.
Colin: J’ai enfin réussi à produire des spermatozoïdes et nous avons fait une FIV. Heureusement, mon assurance couvre jusqu’à 10 000 $ pour le traitement de l’infertilité, et nous avons réussi à obtenir huit zygotes viables. Deux ont été inséminés la première fois et nous avons congelé les autres. Nous nous sommes rendus chez le docteur deux semaines après le transfert et une échographie a montré que l’un des embryons se développait bien. Nous étions aux anges, mais il était encore très tôt. Deux embryons ont été implantés sur la paroi utérine d’Amy et l’un d’entre eux allait devenir Emzy, notre fille, le deuxième n’a malheureusement pas tenu. C’était vraiment très impressionnant. Amy s’est réveillée au beau milieu de la nuit et perdait beaucoup de sang. Mais il nous en restait une et elle allait parfaitement bien. Autour de la 12e semaine, on a annoncé autour de nous l’arrivée de Emzy, qui a maintenant six ans. Ce n’est pas que c’était un secret, j’en avais parlé à ma mère, c’est simplement qu’on évitait d’en parler de peur que ça ne marche pas. Lorsque Emzy a eu neuf mois, on a recommencé la procédure et on a eu Flash, qui a maintenant cinq ans. J’ai vraiment essayé de ne pas trop me faire d'idées durant la procédure — mais je savais depuis le début que ça marcherait. Il existe peut-être un stigma dans notre culture autour de l’incapacité à concevoir « naturellement, » mais nos deux enfants en valent vraiment le coût.
Amy : Être parent, c'est merveilleux pour bon nombre d'aspects. Les moments de la journée que je préfère sont les câlins au réveil et le moment de l’histoire avant de se coucher. Dans un sens plus large, les enfants reflètent tout le meilleur, mais aussi de pire en nous. Le but est de grandir chaque jour à leurs côtés, c'est le plus important.
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Christene Barberich, co-fondatrice et rédactrice en chef chez Refinery29
Parcours : fausses couches, FIV
Bien qu'aujourd'hui très axé sur la science, le monde de la fertilité est, d'après mon expérience, incroyablement archaïque, aussi bien dans la manière qu'il a de mesurer la fertilité, que celle dont le protocole est abordé. Il faut se situer sur le spectre de la fertilité — au-delà d’être simplement « fertile »ou « infertile ». J’ai appris qu’il existait énormément de nuances. Lorsque j’ai commencé à essayer, les trois premiers docteurs que j’ai vus — tous très respectés et spécialisés dans la fertilité — m’ont fait subir les mêmes tests et m’ont évalué selon les mêmes critères. Surtout mon âge maternel avancé (j’avais 41 ans lorsque j’ai commencé). Mais aucun d’entre eux n’a été en mesure de m’expliquer pourquoi j’arrivais bel et bien à tomber enceinte à de multiples reprises, sans réussir pour autant à garder la grossesse. Ce n'est que lorsque j'ai consulté le Dr Jeffrey Braverman, un immunologue spécialisé dans la reproduction, et son partenaire, le Dr Andrea Vidali, que j'ai compris à quel point le cas de chaque femme était spécifique. Il suffit de trouver le médecin qui aura la patience et la ténacité de vous aider à y parvenir.
Ce que j'ai appris, c'est que les problèmes de fertilité ne font pas de discrimination. Certaines choses sont simples à résoudre et d'autres sont un peu plus compliquées. Il suffit de trouver ce qui marche pour nous, ce qui nous aide à nous sentir fortes, pas tristes ni brisés. C'est malheureusement ainsi que notre société voit les femmes qui ont des difficultés à tomber enceinte.
Lorsqu’on a un bébé, c’est la vie toute entière qui change en un instant. Et il faut se donner le temps de s’habituer. J’ai beaucoup pleuré (et le manque de sommeil n’a pas aidé). J’avais l’impression que je pouvais seulement me confier à mes amis. Ceux qui ne me jugeraient pas ou n'ajouteraient pas à mon malaise. On a tendance à penser que quand on s’est donné autant de peine pour avoir un bébé, on ne devrait pas se plaindre ni avoir de doutes. Comment oserions-nous ? Mais je suis à jamais redevable à ces amis qui m’ont laissé vider mon sac durant la période d'adaptation. Et à mon mari, bien entendu.
Rien ni personne ne peut vous préparer aux changements qu’implique un bébé. Avant sa naissance, j'avais tellement de préoccupations, trop pour pouvoir les compter, mais quand elle est arrivée, même si elle avait sept semaines d'avance, je savais que ma vie — ma nouvelle vie — venait de commencer. Bien qu’effrayée et déstabilisée par le flux d’hormones, je la regarde et j’ai du mal à réaliser qu’après 10 ans d’acharnement, elle est enfin là. Mais c’est bel et bien le cas.
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Cori Smith, 28 ans, activiste, artiste
Parcours: congélation des ovocytes, endométriose, hystérectomie
Malheureusement pour moi, contrairement à de nombreuses personnes transgenres, ma transition médicale est passée au second plan. La raison à cela, c'est que je souffrais d’endométriose, une maladie que l’on m’avait diagnostiquée à l’âge de 16 ans. Cela me causait une douleur débilitante et m’a forcé à mettre ma transition entre parenthèses.
J’ai entamé ma transition médicale à l’âge de 23 ans, et huit mois après avoir commencé à prendre de la testostérone, j’avais toujours des traces de règles, ce qui est assez rare. Depuis le début de mes règles, à l’âge de 13 ans, elles avaient toujours été très douloureuses. Et même après avoir commencé la testostérone, ces problèmes n'ont pas cessés. Cela en était au point de m’évanouir au travail. Mon père devait venir me chercher et m’amener aux urgences. Je savais que c’était l’endométriose, et pas même la testostérone n’y a fait. C’est alors que j’ai commencé à envisager une hystérectomie. Mais j’ai toujours su que je voulais avoir des enfants biologiques.
Avoir des enfants biologiques quand on est dans ma position, ça représente un coût considérable. L’adoption était également une possibilité, mais je voulais avoir mes propres enfants. C’était très important pour moi, car ma famille est très petite et vit en grande partie en Ecosse. Alors que je me préparais pour mon hystérectomie, j’ai consulté un spécialiste de la fertilité pour congeler mes ovocytes.
Mes parents m’ont aidé à financer l’aspect chirurgical, qui s’élevait entre 5 000 et 6 000 $. Ils savaient que c’était leur seule chance de devenir grands-parents, c’est pour ça qu’ils nous ont aidés. Il faut également compter autour de 4 000 $ pour les médicaments qui servent à la récupération. Mais j’ai fait la demande d'une aide pour la prise en charge. Avec mes revenus, j’ai obtenu une prise en charge d’environ 75 % des frais médicaux. Au total, ça m’aura coûté autour de 1 500 $ et 2 000 $ en frais de médicaments. J’ai dû arrêter de prendre la testostérone et j’ai commencé à prendre des hormones pour le prélèvement des ovules — comme par exemple « Gonal-F, » une hormone stimulatrice des follicules, et Novarel, qui déclenche la relâche de l’œuf. Arrêter la testostérone après tant de temps a été une véritable épreuve. On commençait à me voir comme un homme, ce qui est exactement ce que je voulais. Cela a donc été très difficile pour moi, mais j’ai réussi à prendre de la distance. Trois semaines sans testostérone, c’était le prix à payer pour avoir un enfant biologique.
Comme j’ai pris de la testostérone pendant très longtemps et que mes ovaires avaient souffert des opérations pour l’endométriose, je n’étais pas certain que le prélèvement d’ovules fonctionne. J’ai pourtant réussi à récupérer 14 ovocytes. Ils sont encore congelés. Ce qu’on voudrait faire, c’est prélever le sperme de mon partenaire et faire appel à une mère porteuse pour avoir un enfant entièrement biologique. C'est vraiment une chance, si l’on considère qu’on est un couple d’hommes gay.
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Sade Strehlke, 32 ans, directrice des rubriques santé et bien-être chez Refinery29
Parcours : grossesse à haut risque
J’avais 25 ans lorsque le diagnostique du lupus est tombé. Il s’agit d’une maladie auto-immune qui cause fatigue, douleurs aux articulations, problèmes de peau et une possible défaillance des organes — cela peut également compliquer la conception et la grossesse. Par chance, je suis un peu hypocondriaque alors je suis allée chez le docteur dès que j’ai commencé à sentir que quelque chose n'allait pas, grâce à cela mon lupus est sous contrôle. Je n’ai qu’un médicament à prendre, le plaquenil, un anti-malarien dont les effets secondaires sont minimes. Je n’ai pas besoin de prendre des stéroïdes ni d’immunosuppresseurs comme c’est le cas pour d'autres personnes atteintes de la maladie. Mais j’ai bien sûr pensé à la difficulté de tomber enceinte, aux fausses couches, aux malformations congénitales, ainsi qu’aux effets de ce médicament que je devrai prendre à vie lorsque j’ai décidé d’avoir un bébé.
Après 6 ans de mariage, on s’est regardé un jour et on s’est simplement dit : « Mais qu’est-ce qu’on attend ? » La route n’a pas été sans embuches : nous vivions loin l’un de l’autre. Il suivait un programme intensif dans le cadre de son doctorat et se trouvait à quatre heures de route. Mais à ce moment précis, à l’aube de mes 30 ans, c'était le moment idéal pour commencer à essayer — surtout si on voulait faire de notre rêve d’avoir cinq ou six enfants une réalité. (Oui, on a toujours rêvé en grand.)
Ma carrière était à son sommet et rien ne servait d’attendre plus longtemps. J’avais vu ma mère essayer de me faire des petits frères et des petites sœurs alors qu’elle avait 30 ans et je savais que je n’aurais pas la force d’en passer par là. J’ai donc téléchargé une application de fertilité afin de savoir quand j’ovulais, j’ai investi dans un lubrifiant censé aider les spermatozoïdes à nager plus vite, et j’ai soulevé mes jambes 10 à 15 minutes après chaque rapport sexuel. Je suis tombée enceinte dès le premier mois. J’étais aux anges, mais aussi un peu surprise que ça se passe si vite. Là, je me suis dit : merde, il va falloir trouver une crèche. Mon mari avait encore deux d'études devant lui, merde. Ma carrière, merde. Un aller simple vers le monde adulte, merde. La nausée, la fatigue, les vertiges, le taux de progestérone basse, la peur d’être déçue en apprenant le sexe du bébé, le diabète gestationnel, la prise de poids : merde, merde et remerde.
Pourtant, après un premier trimestre difficile, la grossesse s’est avérée relativement facile à vivre. On m’a fixé deux fois plus de rendez-vous que pour une femme ne souffrant pas de maladies auto-immunes, mais les tests — dont quatre échocardiogrammes, en raison des risques pour les bébés de développer un lupus néonatal ou un bloc cardiaque congénital — n’ont rien révélé. Ce qui a été le plus difficile, ça a été d'être loin de mon mari, de ne pas être « chouchoutée » par mon partenaire comme on le voit dans les films.
Autour de la 35e semaine, on m’a appris que mon accouchement serait provoqué à la 39e semaine — ce qui, comme je m'apprêtais à le découvrir, est loin d’être une partie de plaisir. C'était afin de s’assurer que tout se passe pour le mieux, comme il est possible de rencontrer d’autres problèmes à mesure que le bébé grandit. Résultats des comptes : 24 heures de travail deux heures à pousser, une césarienne, et une pré-éclampsie post-partum. Mais au bout du tunnel, il y avait mon précieux Harrison. Un beau bébé, très affectueux et très exubérant, qui a maintenant deux ans. Maintenant qu’on commence envisager d'en avoir un deuxième, j’espère que tout se passera aussi facilement que la première fois. Mais on a Harry, et il est tout ce dont on a besoin.
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Susan*, 33 ans, cardiopédiatre
Parcours : FIV, fausse-couche, adoption
Ça faisait 5 ans qu’on essayait d’avoir un enfant quand on a décidé d’aller voir un spécialiste de la fertilité. On nous a fait tout essayer, et j’ai connu 8 transferts d’embryon au total ; qui se sont soldés par 5 tests de grossesse négatifs et 3 fausses couches. Quand notre médecin nous a suggéré de faire un nouvel essai, on a dit non. On avait marre de toute cette science. Au bout d'un moment, on avait l’impression de faire partie d’une expérience scientifique. Rien de tout ça ne nous paraissait naturel, et on a décidé de prendre ca comme un signe. À croire qu’on n’était sûrement pas faits pour la fécondation in-vitro.
Après ça, adopter nous est apparu comme une décision facile à prendre. Et même si on ne savait rien sur l’adoption, l’idée m’est apparu comme un soulagement. Je ressentais beaucoup de culpabilité vis-à-vis de l’échec de la FIV. Au final, on a dû remplir des tonnes de paperasses pour tout un tas d’agences d’adoption, pour finalement décider se tourner vers une seule institution, celle qui nous aura le mieux accompagné dans ce chaos. Je me souviens d’un week-end avec mon mari où on a passé au moins 8 heures à tout lire et remplir page par page. On avait même pas quitté nos pyjamas.
On a eu la chance d’être très vite introduits à une femme enceinte. Certains attendent des années. C’est à la mère biologique de vous choisir, et vous ne savez jamais vraiment ce qu’elles recherchent. Vous faites tout pour prendre conscience de l’image que vous renvoyez ou essayer de prévoir ce qui pourraient leur déplaire. Mais honnêtement, ça ne pourrait pas être plus subjectif. Certaines souhaitent des mères au foyer, d’autres des femmes qui travaillent. Il y a des femmes qui vont préférer que leur enfant grandisse à la campagne, d’autres en ville….Au final, il vaut mieux rester soi-même.
On a été choisi par une femme enceinte en Juillet 2018. Il restait encore 12 semaines avant qu’elle arrive à terme, donc l’attente aura été longue. Il est né prématuré en décembre 2018 sans qu’on le sache. Sa mère avait changé d’avis. Elle avait arrêté de répondre à nos messages et de se rendre à ses rendez-vous avec l’agence d’adoption. On a eu tellement de mal à réaliser la nouvelle quand l’agence nous a appelé pour nous dire que le bébé était né il y a deux semaines. La mère biologique a fini par signer les papiers d’adoption. On était censé organiser la soirée du réveillon avec nos amis, mais c’était sans savoir qu’on avait mieux à fêter ! On a sauté dans l’avion pour la Floride au matin du premier janvier. Il était encore en couveuse, mais on a pu le ramener à la maison quelques semaines après.
Aujourd’hui, notre fils va avoir quatre mois. Il se porte très bien et prend du poids normalement. On ne pourrait pas être plus gaga de ses grosses joues et de son sourire. Honnêtement, je ne pourrais pas imaginer la vie sans lui. Et tous les jours, je m’étonne de voir à quel point on peut aimer un être si fort. Pour nous, c’est clair qu’on était faits pour devenir ses parents. C’était juste une question de temps.
*pour des questions de confidentialité, Susan a préféré ne pas divulguer son nom de famille.
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Laura Delarato, 32 ans, créatif senior chez Refinery29 et fondatrice de la newsletter 1-800-HEYLAURA.
Parcours : sans enfant par choix
A l’âge de 15 ans, j’ai fait un rêve où je tombais enceinte. En me réveillant, j’étais bouleversée. Je me souviens avoir ressenti tellement de frustrations dans ce rêve, comme s’il fallait que j’abandonne tout pour cet enfant, tout ce qui faisait de moi ce que j’étais. J’avais aussi très peur pour l’enfant. Bref, c’était plus un cauchemar qu’un rêve, mais qui au final m’aide jusqu’à aujourd’hui à assumer ma décision de ne pas devenir mère.
Ça ne veut pas dire que je n’aime pas les enfants, mais je n’ai pas envie de faire passer mes besoins après les leurs. Ni d’élever un enfant pour le faire passer après moi. Je pense que ca demande une maturité et un sens des responsabilité exceptionnels. Je ne dirais jamais à quelqu’un qui désire un enfant qu’il a tort.
On dit constamment aux femmes de fonder une famille, comme si c’était leur seul but dans la vie. “Vous avez un super pouvoir, ne le gaspillez pas !”. Je ne dirais pas que je gâche quoique ce soit, mais plutôt que je me donne les moyens d’atteindre mes objectifs. J’ai le droit de vouloir disposer de mon corps.
J’ai grandi dans une famille très soudée, où on fait passer les valeurs familiales avant tout. Mais j’ai décidé d’aller contre la norme. Je suis contente quand un nouveau bébé naît dans la famille, j’embrasse le bébé, je trinque avec eux, mais je ne ressens pas le besoin d’en avoir un moi-même.
Mon but dans la vie c’est d’aider toute une génération de femmes à arrêter de se détester, grâce à ma newsletter sur le sexe et la body positivité. J’ai déjà du mal à dormir 7 heures par nuit avec tout le travail qui m’attends tous les jours, donc je m’imaginerais mal avoir à m’occuper d’un bébé. Je sais que sans enfant j’aurais plus la possibilité de me concentrer sur ce qui me passionne et faire bouger les choses dans ce monde.
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Georgie Wileman, 30 ans, photographe professionnel
Parcours : endométriose, adénomyose et hystérectomie
Avant mon hystérectomie, je vivais dans la douleur. J’en suis arrivée à un point où je ne pouvais plus parler et je devais me déplacer en chaise roulante. On m’a diagnostiqué une endométriose, une maladie qui entraîne la migration des cellules vers l’extérieur de la cavité utérine. J’ai dû subir plusieurs opérations pour essayer de contrer la maladie. À ma quatrième opération, on m’a diagnostiqué une adénomyose. C’est là que l’hystérectomie s’est imposée.
Avant ça, je passais mes journées allongée sur le canapé avec une bouillotte ou des glaçons. Pour moi, subir une hystérectomie n’était pas un choix à prendre, c’était une nécessité. Je ne vivais pas, j’étais dépendante de ma famille et de mon partenaire, qui devaient s’occuper de moi. Dès qu’on m’a annoncé que j’avais une adénomyose, j’ai su qu’on allait devoir m’enlever mon utérus. Et je savais que c’était la meilleure chose à faire. Mon médecin a quand même tenu à essayer de sauver mon utérus. À ce moment-là, j’ai eu l’impression qu’on essayait de sauver la vie de mes « potentiels » enfants avant la mienne, tandis que pour moi, il n’y avait aucun doute. Il fallait que je subisse cette opération.
Ma vie est bien meilleure maintenant qu’avant l’opération. Le simple fait de pouvoir marcher autant que je le souhaite et de faire ce que j’aime me montre que j’ai pris la bonne décision. Pourtant, je dirais que je n’ai compris les conséquences de mon hystérectomie qu’après l’opération. Je suis très excitée à l’idée d’adopter, mais pour l’instant je dois avouer que j’ai encore besoin de faire le deuil. Quand je vois des enfants jouer dehors, ça m’atteint. Surtout que j’habite près de plusieurs écoles, donc je suis souvent confrontée à ce genre de pensées. Mais je suis sûre que ça me passera.
Je me souviens encore de ce que m’a dit mon copain après que le diagnostic de mon adénomyose soit tombé. « Le monde a besoin de plus de parents, pas de plus d’enfants ». Et je pense qu’il n’a pas tort.
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Jamie Stelter, 37, animatrice radio pour NYI et pour l’émission Mornings on 1, Spectrum NEW NY1
Parcours : FIV, fausse couches
J’ai toujours dit que je voulais cinq enfants. Malheureusement, le destin en aura décidé autrement. J’ai fait cinq fausses couches et un enfant. J’en attends un deuxième, qui devrait naître dans 4 mois. Mon mari et moi avons toujours voulu une grande famille. On s’imaginait déjà avoir de grands repas à table et enchaîner les activités en famille.
On s’est mis à essayer en 2014. C’est là qu’on m’a diagnostiqué un syndrome polykystique aux ovaires, qui apparemment empêchait l’ovulation. On est donc allé voir un spécialiste de la fertilité qui m’a fait essayer l’insémination intra-utérine. Ça n’a pas marché la première fois, mais la deuxième oui. Sauf que j’ai fait une fausse couche à 9 semaines de grossesse. J’ai dû subir une dilatation et un curetage pour retirer le foetus de mon utérus, ou un « DC » comme on va appeler ca. Je suis tombée enceinte de jumeaux peu longtemps après, mais j’ai perdu les deux. En l’espace de 3 mois, j’ai perdu 3 enfants.
On a fait une petite pause, puis on a voulu essayer la fécondation in-vitro. On a réussi à me prélever suffisamment d’ovules pour créer six petits embryons bien portants. On m’a ensuite implanté le plus sain des six dans l’utérus, qui est devenu ma fille que vous voyez, Sunny. Elle vient d’avoir deux ans et de commencer à parler.
Elle avait 9 mois quand on a voulu essayer d’avoir un autre enfant. Je suis tombée enceinte après le premier transfert d’embryon. Je me sentais mal vis à vis de Sunny, même si elle n’en savait rien. On pensait qu'on avait réussi à déjouer ma maladie, mais j'ai fait une fausse couche après 9 semaines. On m'a fait prendre du gymiso pour provoquer l'avortement, que j'ai dû insérer comme un tampon. Ça a été la pire nuit de ma vie. J'avais des douleurs atroces et je n'arrêtais pas de saigner, on se serait cru dans un film d'horreur. C'est très dur de perdre un enfant que vous désirez.
Après ça, j'ai fait ce qu'on appelle une grossesse chimique, c'est-à-dire que j'ai fait une fausse couche peu de temps après l'implantation de l'embryon sur la paroi utérine. Quand j'y repense, j’avais l’impression qu’essayer de faire un autre enfant c’était laisser tomber Sunny. J’étais tellement énervée contre mon corps. Contre tout en fait.
L’aspect financier aussi a été une grosse source de stress. J’ai conscience d’être privilégiée, et que beaucoup n’ont pas la chance de pouvoir essayer la FIV. Mais j'étais quand même très préoccupée par la somme que ça représentait. Mon mari n’arrêtait pas de me dire « ne pense pas à ça, concentre-toi sur autre chose. » Ça restait difficile pour moi d’oublier le fait que chaque essai allait nous coûter très cher. Chaque cycle a un coût différent, mais coûte en moyenne 15 000 $ si on inclut toutes les procédures et traitements qu’on vous donne (soit 13 000 €, ndlr).
On a fini par faire une dernière fécondation, parce que les derniers embryons qu’on avait créé n’étaient pas très bien portants. On préférait être prudents et m’implanter un embryon de qualité équivalente à ceux qu’on avait créé pour Sunny. Ca a marché, et je suis maintenant enceinte de 6 mois. J’aimerais tellement avoir plus d’enfants, mais je n’aurais jamais imaginé que ca nécessiterait autant de temps et de contraintes pour mon corps. Pour l’instant, j’ai hâte de pouvoir accueillir un nouvel enfant à la table.
Photo : ioulex Mise en beauté : Yui Ishibashi pour She Likes Cutie
Michelle Herrera Mulligan, 44 ans, éditrice senior pour Atria Books, conférencière, auteure et journaliste.
Parcours : sans enfant, par choix.
Mon partenaire et moi avons pris la décision de ne pas faire d’enfant. Ça n’a pas été une décision facile à prendre pour nous, sachant que dans la culture latino, la famille est quelque chose de très important. On part du principe que vous ferez forcément des enfants. Et tout ce qui compte vraiment dans la vie, c’est la famille. Mais j’avais ce conflit intérieur. Au fond de moi, je savais que pour réaliser mes rêves et avoir la vie que je voulais, je devrais tirer un trait sur la maternité.
A l’adolescence, j’avais énormément de stress. Mon petit frère était lourdement handicapé, et sa vie était constamment en danger. On passait beaucoup de temps aux urgences, et je voyais ma mère prendre énormément sur elle. On était tous impliqué en fait. J’ai dû commencer à travailler à l’âge de 12 ans. Quand les gens me demandaient ce que je voulais faire plus tard, je leur répondais « je veux une vie calme. » Je voulais une vie calme, être entourée de belles choses et avoir et le temps et la disposition d’esprit pour apprécier l’art. Pouvoir cultiver des relations fortes avec des inconnus, vivre des aventures et même avoir le luxe de ne rien faire. Ça peut vous sembler bizarre, mais c’est vrai que je n’ai rien eu de tout ça dans mon enfance. Tous les gens que je connais qui ont des enfants se battent pour joindre les deux bouts.
Ma mère n’arrêtait pas de me dire que j’allais changer d’avis. Et effectivement, il y a eu des moments de doute. Mais je finissais toujours par en revenir à ma position de départ.
Quand les gens vous disent que « vous finirez bien par changer d’avis », ça vous diminue en fait. En tant que femme, en tant que personne. Peu importe l’identité ou la vie que vous avez choisie - que vous soyez prof, artiste ou manager - il y aura toujours quelqu’un que ca étonne. Quelqu’un pour vous mettre le doute. Des recherches montrent même que les femmes sont constamment interrogées à ce sujet, que ce soit au travail ou même à l’école. Elles viennent à peine de commencer à marcher qu’on demande aux petites filles si elle veulent des enfants. Vous êtes là à essayer de vous rattacher à vos idées et vos désirs, et les gens vont constamment remettre ca en question jusqu’à vous mettre le doute. C’est douloureux et c’est rabaissant. C’est comme si on vous disait que tout ce pourquoi vous vous êtes battu, tout ce que vous avez fait jusque là et tout ce en quoi vous croyez n’est rien, ne signifie rien tant que vous n’avez pas eu d’enfants.
Photo : ioulex Mise en beauté : Yui Ishibashi pour She Likes Cutie
Alyza Brevard-Rodriguez, 30 ans, membre actif de la marine U.S, propriétaire du sauna SW3AT
Tamiah Brevard-Rodriguez, 35 ans, directrice du centre de recherche pré-doctorale à l’Université Rutgers, co-propriétaire du sauna SW3AT
Fertility Journey: FIV
Alyza : Ça va faire 7 ans qu’on est ensemble. On s’est rencontré à la salle de sport, à l’époque où j’étais son coach. C’est Miah qui porte mon ovule. On me l’a prélevé en Août dernier, puis l’ovule a été fécondé avant d’être placé dans l’utérus de Tamiah en Décembre. On a opté pour la fécondation in-vitro pour qu’on puisse être toutes les deux impliquées, et que notre enfant se sente aussi bien connecté à l’une qu’à l’autre.
Tamiah : On est allée en Floride juste après la fécondation. On n’arrêtait pas de se demander si tout avait bien marché, à tel point qu’on a décidé de s’offrir un petit séjour dans un parc d’attraction pour nous changer les idées.
Alyza : De toutes facons cette histoire du début à la fin c’était les montagnes russes (rires).
Tamiah : Oui, il y a eu beaucoup de hauts et de bas. On a subi beaucoup d’injections par exemple. Alyza recevait plus de trois injections tous les soirs sur plusieurs semaines, et j’ai moi-même dû prendre un cocktail d’oestrogène et de progestérone tous les matins pendant 9 semaines. J’avais des marques zébrées sur le dos à cause d’une allergie à l’huile de sésame contenue dans les injections.
Alyza : Au bout d’un moment on était toutes les deux pleines d’hormones et hyper émotives. Ca a de quoi vous vous rappeller l’adolescence, franchement ! C’était dingue, mais on y est arrivée.
Tamiah : Elle s’en est mieux sortie que moi. J’ai tendance à me faire trop de soucis. En même temps, c’est impossible de vivre tout ca sans anxiété. Il faut penser à tout, comme par exemple ce que votre assurance peut prendre en charge ou non, choisir le bon médecin...On voulait trouver quelqu’un qui comprenne notre démarche. Et qui ait travaillé avec des femmes de couleur. C’est important de prendre tout ca en compte. Certes, chaque personne est biaisée à sa manière. Mais mieux vaut éviter de l’apprendre à vos dépens quand vous essayez de fonder une famille.
Tamiah : Même trouver un donneur a été compliqué. On voulait quelqu’un qui soit génétiquement proche de moi, pour que notre enfant puisse me ressembler autant que possible.
Alyza : Notre test de grossesse s’est révélé positif en Décembre, le jour de Noël. On vient aussi d’apprendre que ce serait une fille. Je suis tellement excitée à l’idée de faire venir au monde un être humain. Je sais qu’elle sera fabuleuse. Il y a tellement de cons sur cette Terre que je pense qu’il est important de préparer la relève. Il faut que la prochaine génération soit plus ouverte d’esprit et innovante. Son bien-être est ce qu’il y a de plus important pour nous. Et avec deux mamans, ce sera forcément une battante. Elle sera sensible au fait que tout le monde a besoin d’amour. On lui inculquera l’amour de la différence. Plutôt que le jugement, on lui apprendra à respecter et célébrer les gens qui sont différents.
Gardez en tête que ces récits nous viennent de personnes résidant aux Etats-Unis, où les lois sur l'adoption et la procréation assistée/médicalisée peuvent différer.

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