Célibataire sans enfant : qui s'occupera de moi à la retraite

On peut dire que je suis une personne qui a de l’intuition, beaucoup. Je suis par exemple certaine que je ne resterai pas seule toute ma vie. C’est ce que me dit mon coeur. Mais c’est un sentiment, pas une prophétie qui m’aurait été révélée par une créature mystique dans un rêve. Et comme si le fardeau de la quête du partenaire idéal n’était pas assez lourd à porter pour les femmes célibataires, on nous demande aussi de prédire l’avenir. J’ai déjà beaucoup parlé du fait que je ne souhaitais pas avoir d’enfant et je crois que j’ai établi que j’étais tout ce qu’il y a de plus célibataire. L’une des questions qu’aime me poser la société, c’est : « Qui va prendre soin de toi lorsque tu seras vieille ? » Alors, laissez-moi passer un coup de Swiffer sur ma boule de cristal et je vous dis ça juste après, ok ?
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Que les choses soient claires, savoir qui prendra soin de nous durant nos vieux jours ne devait en aucun cas être déterminer notre décision de nous mettre en couple et/ou d'avoir des enfants. Lorsque je rencontre quelqu’un, je ne lui fais pas passer de test d'aptitude pour déterminer si cette personne pourra prendre soin de moi lorsque je serai vieille et malade. Je n’ai jamais considéré le fait d’avoir des enfants comme un retour sur investissement à l’âge de la retraite. D’ailleurs, de tout ce qui me vient à l'esprit lorsque je pense à ce que je recherche chez un partenaire, rien n’a de lien avec la retraite.
On me pose beaucoup de questions sur mon avenir, comme si j’étais en mesure de répondre : « Tu penses que tu seras célibataire toute ta vie ? » J’en sais rien putain, passez-moi la boule magique que je vous dise ça. « Quand est-ce que tu vas rencontrer quelqu’un ? » Si je devais deviner, je dirais un jour où je ne ressemblerai à rien, en sueur sur le quai du métro au téléphone avec ma mère, qui me répéterai de « ne pas quitter » pendant qu’elle essayerait de passer en mode mains libres.
Mais la question qui me fait vraiment sortir de mes gonds, c’est : « Qui va prendre soin de toi quand tu seras vieille ? » C’est tellement méprisant comme question. C’est comme si je m’attendais à ce que cette personne prenne soin de moi d’une certaine manière. Comme si le fait de ne pas avoir enfanté mes futurs infirmiers faisait de moi un poids pour la société. Comme si le fait de se marier et d’avoir des enfants était une solution à touuuus les problèmes de la retraite, et qu’une fois cela acquis, il n’y avait plus rien à craindre. Ça ne changerait rien si j’avais un ou même vingt enfants — vieillir, c’est difficile pour tout le monde sur les plans physique, émotionnel et logistique.
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S'il est acceptable pour certains de me demander qui prendra soin de moi lorsque je serai vieille, il est tout aussi acceptable pour moi de leur rappeler ce qui risque d’arriver à bon nombre d’entre nous.

Qui prendra soin de moi quand je serai vieille ? Les mêmes personnes qui prendront soin de ceux qui me posent cette question stupide : les équipes médicales et les infirmières et infirmiers des maisons de retraite qui sont payés pour le faire, ou encore les bénévoles qui livrent des repas à ceux qui ne peuvent pas se nourrir seuls. Ce sont ces personnes là qui prennent soin des personnes âgées. Je n’ai pas à subir vos questions condescendantes sur mes vieux jours, quand ce qui m’attend, et ce qui attend un grand nombre de personnes, ressemblera beaucoup à l’expérience que font de nombreuses personnes âgées aujourd’hui. Et je suis désolée de vous l’apprendre, mais si vous prenez un instant pour visiter une maison de retraite près de chez vous, ou que vous faites don de votre temps à une asso qui s’occupe des personnes âgées, vous remarquerez que de nombreuses personnes âgées — mariées ou non, enfants ou non — vivent de la même manière : seules. Un·e partenaire, ça ne vit pas éternellement. Les enfants déménagent et ont une famille et un travail qui les occupent. C’est la vie.
Ce n’est peut-être pas quelque chose qu’on a envie d’entendre, et on a définitivement pas envie d’y penser, mais on ne prend plus soin des personnes âgées comme dans le passé : on est passé d'individus vivant avec leur famille à des individus vivant seuls ou dans des établissements spécialisés. (Je ne fais pas de généralités, je suis bien consciente que de nombreuses familles vivent avec et prennent soin de leurs aînés.) Les soins professionnels aux personnes âgées ne sont peut-être pas ce qu'il y a de mieux, mais ils sont devenus ce qui semble le plus sûr d’un point de vue médical. Si on m'apprenait que ma mère souffrait de démence demain, je n'aurais ni les connaissances ni la formation pour prendre soin d'elle de manière sûre et efficace. En revanche, je saurais quoi faire pour lui trouver des soins de qualité, dans le budget de notre famille. Peut-être que la vraie différence pour moi, célibataire, c’est que je vais simplement devoir mettre les choses en place moi-même, et ça me va.
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Ce n’est pas une manière de dire que je n’ai pas d’autres options. Si ça ne tenait qu’à moi, je ferai tout comme ces sept copines célibataires en Chine, qui ont investi dans un hôtel particulier pour vieillir — ensemble — même si elles venaient à se marier et à avoir des enfants. Mais si même l'une d'entre elles devait tomber malade ou si sa mobilité l’empêchait de prendre soin d’elle, une aide quotidienne (et nocturne) devrait être apportée dans cet espace.
Ou peut-être finirai-je mes jours dans un lieu comme Hogewey un petit village à l’extérieur d’Amsterdam conçu pour apporter aux résidents seniors souffrant de démence et d'Alzheimers, un environnement sûr et confortable, sous la surveillance constante d’un personnel qualifié. Peut-être que je vais finir par établir cette minuscule maison communautaire, où moi et mes amis pourrons jardiner, préparer des gâteaux et on adopterait toute une ribambelle de chats. Mais on aura surement besoin de soins infirmiers à un moment ou à un autre.

Je ne laisserai jamais la peur de l’avenir me pousser dans une relation présente, ou la peur d’être seule dans le futur me pousser à avoir des enfants. Je pense que le présent est bien trop précieux pour se laisser distraire par l’avenir.

Ce n’est pas que j’ai envie d’être sinistre, mais je veux voir les choses en face. S'il est acceptable pour certains de me demander qui prendra soin de moi lorsque je serai vieille, il est tout aussi acceptable pour moi de leur rappeler ce qui risque d’arriver à bon nombre d’entre nous.
Je ne peux pas prédire ce qui va arriver lorsque je serai vieille, pas plus que tous ceux qui pensent savoir qui prendra soin d’eux d'ailleurs. Tout ce que je peux dire avec certitude, c’est que la façon dont je finirai mes jours n’a aucun lien avec mon envie de me mettre en couple aujourd’hui. Je veux un partenaire, car j’ai envie d’un compagnon, quelqu’un avec qui partager mon quotidien, avec qui faire des choses, quelqu’un qui se débarrassait de l'araignée dans la salle de bain à l’occasion. Mais c'est certainement pas parce que j’ai peur de vieillir seule. S’il y a une chose dont je suis sûre, c’est que tout ira bien. Et « bien » peut prendre tout un tas de formes différentes.
Je refuse de céder à la peur. Je ne laisserai jamais la peur de l’avenir me pousser dans une relation présente, ou la peur d’être seule dans le futur me pousser à avoir des enfants. Je pense que le présent est bien trop précieux pour se laisser distraire par l’avenir. Et je pense que l'avenir nous réserve bien trop de possibilités pour en choisir une seule dans le présent. Et pour ce qui est de la retraite, je suis convaincue que quel que soit notre profil, quels que soient nos choix de vie, il y aura toujours des personnes pour s’occuper de nous, des personnes qui tiennent à nous, beaucoup.

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