Avoir une IST ne m’empêche pas d’avoir une vie sexuelle épanouie

Photographie par Karen Sofia Colón.
Imaginez que vous êtes à une fête dans un parc, assise à côté d'un mec mignon. Une chose en entraînant une autre, vous rentrez ensemble et couchez avec lui. Jusque-là, rien d'exceptionnel, mais ce que Tricia Wise ignorait, c'est qu'une rencontre de ce type allait changer sa vie. Tricia est une militante pour la libération sexuelle basée à New York qui a contracté l'herpès génital après un coup d'un soir à Halloween. Au départ, Tricia pensait qu'elle serait condamnée à l'abstinence, mais aujourd'hui, elle dévoile son statut sur les applications de rencontre et les réactions sont principalement positives. Son compte Instagram, Safe Slut, compte actuellement plus de 54 000 followers.
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Malheureusement, les personnes créant du contenu positif sur les IST sont encore rares en France et le manque d'informations n'aide pas à accepter le diagnostique. Le pire, c'est que la société a tendance à croire que le fait d'avoir une IST vous rend sale, que non seulement vous ne devriez pas avoir de rapports sexuels sans lendemain, mais que cette maladie est la conséquence directe de votre "débauche", une sorte de punition.
Ce genre d'idées alimentent la peur et perpétuent la stigmatisation des personnes atteintes d'IST, ce qui ne rend service à personne. Après tout, certaines IST restent incurables et sont plus fréquentes qu'on ne le pense. Selon l'Organisation mondiale de la santé, environ 67 % de la population mondiale âgée de moins de 50 ans est atteinte d'herpès de type 1. Au début, on peut avoir l'impression que c'est une fatalité, mais il ne faut pas avoir honte d'avoir une IST, et cela ne veut pas dire que votre vie sexuelle est fichue.
Comme beaucoup de personnes qui ont contracté une IST, Cara*, 29 ans, s'est sentie dévastée lorsqu'elle a découvert qu'elle était atteinte d'herpès génital. "J'avais le sentiment d'être un peu comme un objet défectueux, moins digne et moins désirable", dit-elle. Malgré ses inquiétudes et la peur d'être rejetée, Cara a réalisé que son diagnostique n'était pas une fatalité. Elle s'est vite rendu compte que les gens étaient bien plus ouverts sur la question qu'elle ne le pensait. "Sur les applis de rencontres, j'aborde le sujet avec beaucoup de franchise. La plupart des hommes n'ont aucun problème avec ça et certains m'avouent même souvent avoir une ex qui en est aussi atteinte et que ça ne leur pose pas problème", poursuit-elle. "D'autres ont beaucoup de questions sur les risques, mais tous acceptent de me rencontrer pour un premier rendez-vous !" Annoncer que vous avez une IST sur une appli de rencontre peut être intimidant, mais c'est un bon moyen d'apprendre à assumer son diagnostic.
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Si tout le monde n'a pas une réaction positive, de nombreuses personnes sont ouvertes à l'idée d'en parler. Lara*, 22 ans, dont l'ex-petit ami n'a pas bien réagi, se souvient que ses partenaires occasionnels sont souvent plus compréhensifs. "Un de ses amis a très bien pris la chose, il a posé des questions et a pris le temps de faire des recherches par lui-même, et il a décidé qu'il était prêt à prendre le risque", dit-elle.
Pour ma part, lorsque j'ai été testée positive au papillomavirus, un groupe de virus qui n'est pas considéré comme une IST, mais qui se transmet par voie sexuelle, j'avais plus peur de la réaction des autres que de l'impact que cela pouvait avoir sur ma santé. Sur les applis de rencontre, des personnes qui se disaient "clean" m'ont fait des commentaires négatifs. Pourtant, il n'existe aucun test permettant de détecter le papillomavirus chez les hommes. Lorsque j'ai rencontré mon partenaire actuel, mon sentiment de honte était tel qu'au lieu de lui expliquer ma situation, je lui ai dit que je ne pouvais pas avoir de relations sexuelles. 
Cara non plus n'a pas toujours été franche avec ses partenaires. Une fois, elle n'a révélé qu'elle avait de l'herpès qu'après le sexe. "Je m'attendais à ce que la personne soit en colère et qu'elle m'en veuille. Il a été vraiment compréhensif et tolérant, et il a aussi assumé sa part de responsabilité dans la situation", dit-elle. "Au final, aucun de nous n'avait pensé à discuter de notre statut IST et des pratiques sexuelles à moindre risque dans le feu de l'action." 
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Même si de nombreuses personnes sont terrifiées à l'idée de contracter une IST, tout le monde ne discute pas de sa santé sexuelle avant de passer à l'acte. C'est l'une des raisons pour lesquelles j'ai ressenti un profond sentiment d'injustice lors de mon diagnostic : aucune des personnes avec qui j'ai couché ne m'a demandé mes antécédents ou ne s'était fait testé régulièrement, et pourtant, c'est moi qui ai été marginalisée quand j'ai décidé de révéler que j'avais le papillomavirus, alors que je n'étais même pas obligée de la faire.
"Il n'est pas nécessaire d'informer tou·tes les partenaires d'un diagnostic de papillomavirus, car c'est une affection très courante et les symptômes peuvent mettre du temps à se manifester", explique Jodie Crossman, infirmière spécialisée en santé sexuelle. Il existe une centaine de "souches" différentes du papillomavirus et environ huit personnes sur dix le contracteront à un moment ou à un autre de leur vie. Pour la plupart, ce virus est inoffensif et disparaît sans traitement sous deux ans environ." Il est important de noter que des recherches supplémentaires sont nécessaires dans ce domaine. Le fait qu'à l'heure actuelle, seules les femmes puissent être testées pour le papillomavirus perpétue l'idée qu'il s'agit d'une infection gynécologique, et c'est faux. Cependant, parler de sa santé sexuelle est une habitude saine. Comme le souligne Tricia, on devrait tou·tes être maîtres de notre santé sexuelle. 
Lorsque j'ai fini par me confier à mon partenaire, il m'a rassurée et m'a dit que ce n'était rien. Cela m'a encouragée à cesser de voir le papillomavirus comme un terrible secret que je devais avouer. J'ai découvert que la formule "Il faut qu'on parle" n'est pas la meilleure façon d'aborder le sujet. Je pense qu'il est important d'être plus chill et direct et dire quelque chose comme : "J'ai une IST/le papillomavirus. N'hésite pas à me poser des questions."
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Demander l'avis d'un professionnel est également conseillé. "Se rendre dans un centre de santé sexuelle avec votre partenaire peut vous aider à obtenir les informations dont vous avez besoin", explique Crossman. Ce n'est pas facile, mais c'est très utile. Lia*, âgée de 26 ans est atteinte d'un papillomavirus à l'origine de verrues génitales, elle a eu du mal à le révéler, mais elle estime aujourd'hui qu'il s'agit d'un "excellent moyen de juger de la personnalité d'une personne". Crossman partage ce point de vue. "Si divulguer quelque chose d'aussi personnel peut nous donner un sentiment de vulnérabilité, une réaction positive indique que ce partenaire vous considère comme une personne à part entière, avec toutes les complexités que cela implique." En partageant votre statut, vous tomberez peut-être sur des personnes qui vous jugent, mais cela en dit plus long sur elles que sur vous, et c'est souvent lié à un manque d'éducation. 
Alors que la société continue de développer le récit selon lequel les personnes atteintes d'IST et de papillomavirus sont sales et irresponsables, on oublie que le sexe sans risque, ça n'existe pas. Les préservatifs réduisent certes les taux de transmission, mais ils ne sont pas efficaces à 100 % et certaines maladies, comme l'herpès, sont souvent asymptomatiques. Je ne sais pas si j'ai contracté le papillomavirus par voie sexuelle ou non, mais c'est sans importance.
"Ce que j'ai appris par le biais de mon travail dans le domaine de la santé sexuelle, c'est que les IST ne sont pas l'affaire d'un type de personnes", explique Crossman à R29. "On peut très bien avoir des rapports sexuels une seule fois et contracter une IST, ou 100 fois sans aucune conséquence. S'il existe des moyens de vous protéger contre certaines IST, c'est souvent une question de malchance." Il faut accepter le risque de contracter une IST comme partie intégrante d’une vie sexuelle active. Avoir des rapports sexuels protégés implique de discuter de son passé sexuel, du consentement et de protection.
*Le nom a été modifié pour préserver l'anonymat.

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