Arrêtons de dire aux femmes célibataires « qui sait ? »

“Yo sé perder / Pero / Ay ay ay, cómo me duele.”
-Selena, Como La Flor, 1992
Dire que je n’ai rien retiré de mes 11 ans de célibat serait complètement faux. J’ai appris énormément durant cette décennie dédiée à la recherche de l’âme sœur.
Je suis maintenant plus intelligente et la leçon inestimable que je retire de mon célibat, c’est la patience. Qu’est-ce qui motive mes actions ? Qu’est-ce qui motive les actions des femmes célibataires ? Ce sont ces motivations qui m’ont amenée à me pencher sur la notion de célibat et à me demander si je ne l’avais pas approché de la mauvaise manière jusqu’ici.
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Ce qui m’a le plus motivée durant mon célibat, c’est mon désir d’y mettre fin. Eh oui, aussi bizarre que cela puisse paraitre, si je fais des efforts pour trouver un partenaire, ce n'est pas dans le but de rester célibataire. Mais pourquoi mon désir de mettre fin à mon célibat était-il si fort ? Pourquoi mettre tant de ferveur à cette tâche et voir le célibat comme la pire des choses imaginables ?
Je pense que ces questions continueront de me travailler, mais une chose est sûre : j'ai bien l'intention de faire évoluer la vision du célibat du pire des états à...simplement un état. Qu’on arrête de le voir comme quelque chose de mauvais, de triste, ou même d’inquiétant, mais simplement comme quelque chose de normal. Peut-être même comme quelque chose de positif ?!
Ce qui m'a le plus motivée à me lancer dans ce projet, c'est le fait que beaucoup de nos actions sont motivées par cette notion du possible.
Pas envie de sortir ce soir ? « Qui sait ? Tu rencontreras peut-être quelqu’un…»
Cet évènement de réseautage à l’air vraiment nul ? « Qui sait ? Tu rencontreras peut-être quelqu’un… »
Pas convaincue pas cette nouvelle application de rencontres ? « Qui sait ? Tu rencontreras peut-être quelqu’un…»
C’est vendredi soir et vous êtes fatiguée après une longue semaine de travail, mais il y a une sortie prévue, alors vous devriez y aller ? Et si c’était l’univers qui vous envoyait votre seule et unique chance de rencontrer l'âme soeur ? Peut-être devriez-vous simplement les ignorer et rester à la maison, et vous détendre devant votre série préférée parce que vous méritez du temps pour vous, comme n’importe qui d'autre. Si vous laissez passer ces occasions de rencontrer quelqu’un, vous resterez célibataire toute votre vie et ça sera votre faute ? « Qui sait ».
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Combien de décisions ont été prises en dépit de la fatigue, de l’exaspération, tout ça parce qu’on ne sait jamais ?

Combien de décisions ont été prises en dépit de la fatigue, de l’exaspération, tout ça parce qu’on ne sait jamais ? Je suis célibataire depuis 11 ans et je suis vraiment fatiguée que ce soient les répercussions possibles qui motivent ce que je fais ou non. L’autre aspect qui m'exaspère, c'est la manière dont la société et mes proches considèrent chacune de mes décisions comme une possibilité de rencontre.
Je pars en voyage seule ? « Ah, tu rencontreras peut-être quelqu’un, qui sait ? »
Un nouveau boulot ? Ah, tu rencontreras peut-être quelqu’un, qui sait ? »
Un passage rapide au supermarché du coin ? « Ah, tu rencontreras peut-être quelqu’un, qui sait ? »
Voilà le résultat : je vis sur la corde raide, analysant chaque instant et chaque activité en fonction de son potentiel rencontre. Cela m’a épuisée d’un côté et m’a profondément déçue de l’autre. Alors excusez mon langage, mais : parfois on sait, putain !
Je sais quand quelque chose ne tourne pas rond. Je sais quand quelque chose n’en vaut pas la peine. Et avant tout, je sais quand je dois me faire passer avant mon statut de célibataire, une situation de plus en plus fréquente avec le temps.

En tant que femme célibataire, je ne peux pas laisser la peur devenir ma motivation première. La peur de l’inconnu, la peur d’une occasion manquée.

En tant que femme célibataire, je ne peux pas laisser la peur devenir ma motivation première. La peur de l’inconnu, la peur d’une occasion manquée, comme dans le film Pile & Face. Une grande partie de la pression exercée par la société sur moi repose sur le fait que « tout peut arriver », alors que je regrette tellement de ne pas entendre plus souvent « ce n’est pas grave si “rien ne se passe” ce soir ».
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Au bout d'un moment, j’ai été épuisée. J’étais rongée par la culpabilité et vidée de toute énergie. C’est alors que j’ai décidé que je ne pouvais, ni ne voulais plus vivre comme cela. Je refusais de vivre en pensant que chaque action que j’entreprenais (ou non) finirait par me tomber dessus en m’infligeant un célibat encore plus long. Comme si c’était quelque chose que je méritais, comme si mon célibat était une espèce de punition. Je ne savais pas ce qui allait se passer, mais je savais ce que je ressentais et que cela ne me plaisait pas. L’injustice et le ridicule autour de tout ça m’a fait bouillir et j’ai décidé d’arrêter avec les « qui sait » pour toujours. Ok, destin, tu veux jouer ? Et bien jouons !
Je ne vivrais plus ma vie dans la peur d'une occasion ratée, en me disant que sans l’ombre d’un doute, c’est à cette occasion que j’aurais rencontré mon âme soeur — si je n’avais pas été aussi fainéante, cynique et en colère. Je veux qu’on me soutienne dans l’idée que ne pas aller quelque part, ne fera pas tomber sur moi une espèce de malédiction. Je veux qu’on me soutienne dans l’idée que je suis bien comme je suis et que je mérite que de belles choses m’arrivent, peu importe que je sois ou non en recherche active de l’âme sœur. Je crois que ce soutien c'est en moi que je dois le trouver, car tout ce qui semble venir de l’extérieur semble être des « qui sait ? »
Je ne suis pas une grande adepte de la pression. Vous savez ce que j’aime faire ? J’aime enfiler une tenue qui me va bien, me faire belle, aller quelque part sans scanner le périmètre pour voir s’il y a des célibataires. J’aimerais ne pas avoir à penser aux occasions de « rencontrer quelqu’un » à chaque fois que je franchis le pas de la porte. Peut-être que ce soir je vais simplement aller faire un tour à mon bar préféré, je dis ça....
Je crois que les femmes célibataires sont libres. Libres de faire ou de ne pas faire ce qu’elles désirent, quelle que soit la motivation qui les anime. Mais la motivation provenant de la peur que notre partenaire potentiel pourrait être caché derrière la porte qu’on décide de garder fermée et la culpabilité que l’on ressent quand on pense que c’est de notre faute si l’on est célibataire, ne devrait plus déterminer nos décisions. Ce n’est pas de notre faute si nous sommes célibataires parce qu’être célibataire, et bien ce n'est pas une mauvaise chose. Personne n’est à blâmer et la culpabilité vient du fait de ne pas avoir admis plus tôt ces vérités. Je sais que je peux être heureuse en étant célibataire. Je sais que je ne détruis pas mon avenir en décidant de ne pas aller à tel ou tel évènement. Je sais que toutes les bonnes choses qui sont dans les cartes pour moi, qu’il s’agisse d’un partenaire, d’une opportunité professionnelle, une amitié, etc. viendront à moi, parce que le monde repose sur un peu plus que ma décision de zapper le happy hour. Les bonnes choses finissent toujours par arriver. Ça, c'est une certitude.
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