Après une année d’isolement, comment vont les introverti·e·s ?

Toute l'année dernière a été effrayante et incertaine, mais les premières semaines de la pandémie de COVID-19 l'ont été particulièrement. Pratiquement du jour au lendemain, et avec peu de préavis, le pays a fermé les commerces et a mis en place des directives de distanciation sociale et de confinement afin d'aider à prévenir la propagation du virus. Il est évident que c'était pour le bien de tou·s·tes, mais soudainement, beaucoup d'entre nous n'étaient plus en mesure de voir leurs ami·e·s, leurs familles ou leurs collègues. Les exceptions à cette règle - par exemple, si quelqu'un faisait partie des travailleurs de première ligne - n'ont fait qu'accentuer l'isolement et la peur de cette période. Pour d'innombrables personnes, l'expérience a été solitaire et isolante. Mais il y avait un groupe qui semblait s'adapter un peu mieux que les autres : les introverti·e·s. Certain·e·s en étaient même un peu satisfait·e·s - au début, en tout cas.
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"Tous les experts de santé disent #StayHome. Ok… où étiez-vous les gars quand je décevais mes amis et ma famille en faisant ça pendant des années ?", a posté le compte Twitter populaire Introvert Life au début de la pandémie. "'Distanciation sociale' s'il vous plaît, je me suis entraîné à une pandémie toute ma vie, les introvertis émergent, nous sommes enfin légitimes", a tweeté Daniel Howell, une personnalité de YouTube.
Le terme "introverti" a été inventé par le psychiatre Carl Jung, qui a défini l'introversion comme une "préoccupation pour son monde intérieur au détriment des interactions sociales". Mais ce terme a gagné une nouvelle popularité après la publication du livre de Susan Cain, La force des Discrets : le pouvoir des introvertis dans un monde trop bavard, en 2012, qui soutenait que notre société sous-estime dramatiquement les introverti·e·s, et a conduit beaucoup de personnes en ligne à proclamer fièrement leur statut d'introverti. La compréhension moderne des personnes introverties est qu'elles peuvent aimer passer du temps avec d'autres gens, mais qu'elles trouvent cela émotionnellement épuisant ; les personnes extraverties, en revanche, trouvent la socialisation énergisante, explique Alfiee Breland-Noble, docteur en psychologie et fondatrice du AAKOMA Project, une organisation à but non lucratif spécialisée dans la santé mentale. "Les introvertis sont plus enclins à puiser leur énergie et à tirer leur excitation d'un dialogue interne et de ce qui se passe en eux. Ce n'est pas nécessairement de la timidité", dit-elle.
Étant donné que les personnes introverties apprécient déjà les moments de solitude, dans les premiers jours de la pandémie - avant que nous sachions combien de temps cette situation allait durer, ou combien de vies le virus allait prendre - beaucoup d'entre elles ont vu les restrictions dû au COVID-19 comme un répit bienvenu.
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"J'étais évidemment assez effrayée et alarmée par les informations sur le virus, mais pour ce qui est du simple ralentissement de la vie et du fait de passer plus de temps à la maison au début, j'ai pensé que c'était plutôt agréable d'avoir du temps libre", explique Jenn Granneman, fondatrice des plateformes Introvert, Dear et Highly Sensitive Refuge. "Pendant un certain temps, c'était assez excitant et c'était amusant de regarder des séries et de se détendre, d'avoir un peu plus de temps seule et de sentir que la vie ralentissait un peu". Ces jours de confinement, où l'on faisait du pain, où l'on portait des survêtements tie-dye et où l'on regardait Tiger King, étaient presque revitalisants.
Pour certain·e·s introverti·e·s, l'année écoulée a été un changement de rythme bienvenu. Lindsey Evans, animatrice du podcast I Just Don't Have Time For, explique à Refinery29 qu'elle a apprécié de ne pas être constamment entourée de gens. "Je m'épanouis en travaillant depuis chez moi et j'aime que la plupart des gens gardent une distanciation sociale quand je vais dans les magasins", dit-elle. "J'ai rarement l'impression de manquer quelque chose. Au cours du troisième mois de confinement, je commençais vraiment à être un peu nerveuse, mais plus le temps passe, plus j'apprécie en fait de ne pas avoir à simuler des interactions sociales qui me mettent mal à l'aise".
De nombreu·ses·x introverti·e·s avec lesquel·le·s j'ai parlé ont fait écho au sentiment que, puisque tout le monde était encouragé à rester à la maison, la pandémie les a libéré·e·s de la pression typique qu'ils ressentaient pour sortir - y compris le FOMO ou un sentiment d'obligation. "Une grande partie de ma vie avant la pandémie me semblait obligatoire par nature dans mes interactions sociales, et maintenant que tout le monde est sur la même longueur d'onde du burnout, je me sens libérée de ne pas avoir à voir et à être vue", déclare Meghan Rose, une tireuse de tarot basée en Californie.
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Mais après une année entière de distanciation, certain·e·s introverti·e·s ont déclaré que leur perspective avait changé. "Je pense que j'étais introvertie au début de la pandémie mais aujourd'hui je me sens extravertie", affirme Taylor, professionnelle RH basée à Los Angeles. "J'ai envie de parler plus que jamais".

"Je pense que j'étais introvertie au début de la pandémie mais aujourd'hui je me sens extravertie."

taylor, professionnelle RH
Au début du confinement, Taylor explique qu'elle n'était pas du tout inquiète à l'idée de rester à la maison et de ne pas interagir avec les autres comme elle le faisait auparavant. "Ce n'était tout simplement pas une priorité pour moi", dit-elle. "Avant le COVID, mes week-ends étaient plutôt consacrés au repos et à la détente, et je ne traînais pas avec beaucoup de monde". Mais la solitude a commencé à l'affecter au fur et à mesure que les semaines se transformaient en mois, à tel point qu'elle a formé une bulle sociale avec des amis et se retrouve maintenant à faire des projets avec un ou plusieurs membres de cette bulle la plupart des week-ends. "C'est un énorme changement pour moi", dit-elle.
Taylor n'est pas seule. L'école de psychologie de l'université de Wollongong, basée en Australie, a récemment étudié l'état de santé de 114 personnes pendant la pandémie et a constaté que, dans l'ensemble, une plus grande introversion était associée à une plus grande solitude, dépression et anxiété. Les auteurs de l'étude expliquent que les personnes introverties se replient souvent sur elles-mêmes pour faire face au stress et à l'anxiété au lieu de demander de l'aide aux autres. C'est peut-être la raison pour laquelle de nombreu·ses·x introverti·e·s sont devenu·e·s la proie de ce que le Dr Breland-Noble appelle le "temps seul inadapté", qu'elle décrit comme l'utilisation du confinement comme une excuse pour ne pas recevoir l'interaction humaine de qualité dont nous avons besoin.
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"Je pense que chacun devrait trouver un certain équilibre entre le fait d'être pleinement engagé auprès des personnes extérieures et celui d'être pleinement conscient et présent pour soi-même", dit-elle. L'année dernière a cependant déséquilibré la balance : nous avons beaucoup plus de temps pour nous concentrer principalement sur nos propres pensées, et un sérieux manque de connexion avec les autres. Dans le même temps, nos niveaux de stress n'ont jamais été aussi élevés. Ce n'est pas une bonne combinaison pour tout le monde - introverti·e·s ou extraverti·e·s.
Il ne faut pas oublier non plus que les interactions sociales virtuelles peuvent être tout aussi énergivores que les interactions IRL pour certain·e·s introverti·e·s. "La charge de travail a augmenté, il y a des réunions Zoom en permanence, et même des événements sociaux Zoom", explique Laurie Helgoe, docteur en psychologie clinique, professeure associée de sciences du comportement à la Ross University School of Medicine, et autrice de Introvert Power : Why Your Inner Life Is Your Hidden Strength. "Il y a beaucoup de stimulation qui découle de la pandémie. C'est un type de stimulation différent, et cela a donc été un véritable challenge". C'est pourquoi certain·e·s introverti·e·s se sentent toujours épuisé·e·s socialement.
Granneman souligne que le fait qu'une personne introvertie se soit épanouie ou non pendant la pandémie dépend également de la situation unique de chaque personne. "Au sens large, une grande idée fausse est que la pandémie a affecté tous les introvertis de la même manière", dit-elle. "Cela dépend tellement de votre situation de vie et de travail". Pour certain·e·s introverti·e·s, c'était un rêve devenu réalité. "Je connais des introvertis qui se disent : 'Oh c'est génial, je ne veux pas retourner à la vie normale, ne me faites pas retourner à la vie normale'. Et puis pour d'autres, ils sont coincés à la maison avec leur famille, leurs enfants font l'école à distance, peut-être que leur travail a été affecté d'une certaine manière, donc c'est l'enfer absolu pour eux".
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Prenez Evans, par exemple. "Je vis avec mon fiancé, qui est également introverti", dit-elle. "C'est bien parce que j'ai une sorte d'interaction sociale tous les jours, mais c'est aussi plus difficile d'avoir du vrai temps seule. Il m'est arrivé d'avoir des crises de nerfs parce que je n'avais pas assez de temps pour me ressourcer".
Alors que cela fait un an que la pandémie a frappé et, pour beaucoup, un an d'isolement quasi-constant, Granneman se sent moins enthousiaste à l'idée de rester à la maison en permanence qu'elle ne l'était au début du confinement. "Je me sens prête à passer un peu plus de temps avec les gens, ce qui peut paraître étrange pour une introvertie", dit-elle. "Je suppose que je me sens enfermée dans ma maison, et à ce stade, je suis prête à revenir à la normale". Elle ajoute : "Bien que je sois sûre qu'une fois revenue à la normale, dans une semaine je supplierai qu'on me laisse à nouveau seule".
Il y a encore tellement de choses que nous ignorons sur la façon dont une année de solitude et de vécu de cette période traumatisante nous a changés. Mais nous savons qu'il y a une chose que nous devons faire : aller de l'avant. "Je pense que mes activités sociales le week-end vont probablement ralentir un peu une fois que je serai de retour au bureau et que je devrai être plus extravertie au travail", avoue Taylor. "Mais je pense que je ne considérerai pas comme acquis le fait d'être capable de côtoyer d'autres êtres humains. Ce sera juste une autre transition".

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