Fundamental : La lutte pour les droits des LGBTQ+ en Géorgie

Dans un épisode de la nouvelle série de documentaires YouTube Fundamental, des militants pour droits des LGBTQ+ en Géorgie évoquent les défis de leur mouvement naissant.
“Nous refusons d'être perçu·e·s comme des victimes”, déclare dans le film Eka Aghdgomelashvili, directrice exécutive du Women's Initiatives Supporting Group (WISG), une organisation féministe qui travaille sur les questions des droits des femmes en Géorgie et qui a été fondée en 2000. “Nous voulons être vu·e·s pour ce que nous sommes : des battant·e·s, des personnes qui se battent et se protègent plutôt que d'attendre qu'on les sauve”. La série, dont la première a lieu le 4 mars, a été produite en collaboration avec le Fonds mondial pour les femmes, une organisation internationale qui défend l'égalité des sexes et les droits fondamentaux des femmes et des filles. La réalisatrice et cinéaste Sharmeen Obaid-Chinoy y met en lumière les femmes courageuses du monde entier qui luttent contre le patriarcat, le conservatisme et la répression.
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Nous nous sommes entretenus avec Eka Tsereteli, la directrice du WISG. Voici notre interview.
Les attitudes envers les personnes LGBTQ+ en Géorgie ont-elles changé au cours des deux dernières décennies ?
“La Géorgie peut être caractérisée comme un pays à la culture profondément patriarcale. Mais on peut dire que le pays a connu quelques progrès sur le plan juridique. On doit en partie ces progrès rapides à des amendements législatifs, et en particulier à l'adoption de la loi anti-discrimination, où les principes de non-discrimination incluent explicitement l'orientation sexuelle, l'identité de genre et l'expression de soi.
“Mais, dans une autre étude, on retrouve la Géorgie dans les classements de pays post-soviétiques et ex-communistes, où les attitudes envers la communauté LGBTI non seulement se détériorent, mais peuvent aussi se manifester sous forme de violences organisées. La disparité entre les attitudes de la société envers le groupe LGBTI, l'environnement juridique et les pratiques des forces de l'ordre crée une atmosphère explosive”.
Dans le film, nous entendons parler des événements de mai 2013, lorsqu'une foule a violemment attaqué une manifestation des droits LGBTQ+ en Géorgie, laissant au moins 12 victimes hospitalisées. Quels ont été les effets de ce tragique événement sur le mouvement ?
Le 17 mai 2013 est souvent considéré comme une étape charnière dans l'activisme LGBTQ+ en Géorgie. Malheureusement pour nous, ce n'est pas la visibilité de la communauté qui a augmenté ce jour-là, mais la visibilité d'une société violente dans laquelle nous vivons et la démonstration du pouvoir de l'église en tant qu'institution la plus fondamentaliste de Géorgie. Chaque année, le 17 mai, une marche anti-gays est organisée sous le titre de "Journée de la pureté de la famille”.
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Comment les lois anti-discrimination mises en place par le gouvernement ont-elles influencé les attitudes et la sensibilisation à l'égard des personnes LGBTQ+ ?
“La visibilité accrue de la communauté et la présentation des questions LGBTQ+ comme du sensationnel n'est en aucun cas une indication que le pays progresse vers la construction d'une société juste, égale et sûre, exempte d'agressions et de violences homophobes. Ce genre d'actions permet au gouvernement et à la police de se féliciter devant la communauté internationale de leurs efforts pour protéger la liberté d'expression des personnes queer le 17 mai ou lors de la Gay Pride, alors que tout au long de l'année, ces organismes restent incapables d'améliorer les moyens de subsistance de la communauté queer, à éliminer les attitudes sociétales homophobes profondément enracinées, et à assurer des résolutions rapides et adéquates aux crimes haineux homophobes et transphobes, ainsi que des enquêtes efficaces sur ces crimes”.
Remarque-t-on différentes attitudes envers les événements de la Pride au sein même de la communauté LGBTQ+ ?
“Il existe des opinions radicalement différentes au sein même de la communauté LGBTQ+ à l'égard des manifestations de la Fierté de Tbilissi et de leurs organisateurs. La WISG est devenue la voix de la partie de la communauté qui ne considère pas la Pride comme pertinente à la réalité géorgienne. La WISG a exprimé cette position dans une déclaration, ainsi qu'au niveau local et international”.
Y a-t-il une chose que les personnes du monde entier peuvent faire pour soutenir la communauté LGBTQ+ de Géorgie ?
“Il est très important de prendre en considération le contexte local lors de tout effort de la société internationale. Les meilleures pratiques des sociétés qui sont déjà très avancées dans le domaine des droits humains et de la démocratie ne sont pas toujours pertinentes dans le contexte géorgien. De plus, elles sont susceptibles d'être utilisées pour grandement simplifier une réalité des plus complexes”.
Regardez le premier épisode de la série YouTube Fundamental le 4 mars.

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