Fundamental : Pourquoi ces enfants de 14 ans sont mariés de force

Les femmes et les filles constituent la moitié de la population mondiale, et pourtant, nous continuons de devoir nous battre pour l'égalité des sexes. Bien qu'il s'agisse d'un droit humain fondamental, les femmes sont exposées à la violence sexiste et ne bénéficient pas du même accès à une éducation de qualité, à la santé et aux ressources économiques dans tous les pays du monde.
Selon l'UNICEF, le Pakistan est le sixième pays comptant le plus grand nombre de mariages d'enfants au monde. Cette pratique reste très répandue, une fille sur cinq (21 %) étant mariée avant son 18e anniversaire et 3 % avant l'âge de 15 ans. Dans trois des quatre provinces du Pakistan, l'âge légal du mariage est fixé à 15 ans pour les femmes et à 18 ans pour les hommes.
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Fundamental est un nouveau docu-série YouTube Originals en collaboration avec le Fonds mondial pour les femmes, les champions internationaux de la protection des droits humains des femmes et des filles. La réalisatrice et cinéaste Sharmeen Obaid-Chinoy met en lumière les femmes incroyables qui, partout dans le monde, luttent contre les menaces que constituent le patriarcat, le conservatisme et la répression. Dans cet épisode de Fundamental, nous rencontrons l'activiste et militante des droits humains Rukhshanda Naz, qui a consacré sa vie à la protection des femmes et des filles menacées de mariage précoce au Pakistan.

Le Pakistan compte le plus grand nombre de mariages d'enfants au monde.

Unicef
Dans l'épisode intitulé Rights over Ritual : Ending Child, Early, and Forced Marriage, Rukhshanda Naz s'attaque aux obstacles socio-économiques et politiques qui exposent les femmes au risque d'un mariage précoce. L'épisode explore les raisons pour lesquelles le mariage précoce est encore répandu au Pakistan.
“Il existe une idéologie très répandue selon laquelle la place d'une femme est soit à la maison, soit dans sa tombe. Dans ce pays, les croyances extrémistes sont constamment exploitées pour dicter la façon de vivre des femmes et des enfants, de leur éducation au mariage, et elles influencent de surcroît la législation”, explique M. Naz. “Selon le Conseil de l'idéologie islamique, le corps d'une fillette de 9 ans est suffisamment développé pour se marier”.
Le Conseil de l’idéologie islamique est un organe constitutionnel qui donne des conseils juridiques islamiques au gouvernement du Pakistan. Il a déclaré que les lois interdisant le mariage des enfants sont anti-islamiques.

Il existe une idéologie très répandue selon laquelle la place d'une femme est soit à la maison, soit dans sa tombe.

Rukhshanda Naz, ActivistE
Naz explique qu’elle s'est investie dans ce documentaire parce qu’il aborde un thème qui lui est cher. Elle confie à Refinery29 que sa mère a été mariée à l’âge de 13 ans et que c’est ce qui l’a motivée à devenir militante. “J’avais moi-même le sentiment que si je ne devenais pas indépendante, je risquais également d'être victime d'un mariage précoce. J’ai très vite su que j'avais besoin d’éducation et d’un métier pour être indépendante. La troisième chose qui m’a poussée à le faire, c'est l'envie d'avoir mon propre chez-moi.
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“Lorsqu’une femme naît, elle vit chez son père. Lorsqu'elle se marie, sa maison appartient alors à son mari. Et enfin, quand elle vieillit, sa maison est celle de son fils. Une femme n’a jamais de maison à elle”.
Naz a créé une association de protection des femmes appelée Mera Ghar (Ma maison) où les femmes peuvent trouver refuge, ce qui est mis en évidence dans le documentaire. C’est là qu’elle rencontre Zarmina, 13 ans, qui a été mariée alors qu’elle n’était qu’une enfant. Dans le documentaire, Zarmina confronte pour la première fois sa mère au fait d'avoir été forcée d'épouser un homme de 28 ans.
“J’étais la plus jeune de la famille, je ne pouvais pas passer deux minutes sans ma mère. Ce jour-là, je suis rentrée de l’école, et il y avait beaucoup de monde chez moi. J’étais très heureuse de pouvoir jouer et passer du temps avec mes cousins”, confie Zarmina. “Mais ma mère m'a dit que j’allais devoir arrêter d’aller à l’école et que j’allais me marier le lendemain. Elle m'a dit que j’aurais de nouveaux vêtements, toutes sortes de belles choses, une grande chambre et que tout m’appartiendrait. À cet âge-là, entendre parler de toutes ces belles choses était très tentant. J’ai le sentiment d’avoir été très cupide à ce moment-là. Mais je n’étais qu’une enfant”.

Parfois, il me battait avec un bâton. Mon dos et mes jambes étaient couverts de bleus.

Zarmina, 13 ANS
Dans cette scène profondément émouvante, sa mère explique qu’elle n'avait pas d'autre choix parce que la famille rencontrait des difficultés financières. Zarmina décrit ensuite son expérience traumatisante de la vie conjugale. “Parfois, il me battait avec un bâton. Mon dos et mes jambes étaient couverts de bleus. Ils ne me donnaient pas de nourriture durant des périodes pouvant aller jusqu’à 7 à 8 jours. Je souffrirais encore si mes parents n’avaient pas réalisé le sérieux de ma situation”.
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Sa mère dit que selon la tradition, les filles doivent être mariées le plus tôt possible : “Les gens n'ont généralement pas confiance en leurs filles. Moi aussi, j’ai été mariée très jeune, tout comme ça a été le cas pour mes soeurs”.
Naz pense que de telles croyances peuvent être changées par la sensibilisation et l'engagement des femmes par le dialogue, les films ou le théâtre interactif. Elle ajoute que l’éducation joue également un rôle indéniable. “Le risque de mariage d'enfants pourrait être réduit si les jeunes filles avaient accès à l'enseignement supérieur”, dit-elle à Refinery29. “Les familles et le gouvernement devraient investir dans l'éducation des filles et leur faciliter l'accès aux professions qui les intéressent.”
“Je pense que la situation s’améliore et qu'on voit les filles pakistanaises en compétition à chaque tribune. Cependant, les restrictions culturelles restent un obstacle majeur à la réalisation de l’égalité des femmes”.
Si vous ou une personne de votre entourage risquez un mariage forcé, appelez le 3919, plateforme d’accueil téléphonique permanent pour toutes les victimes de violences dont les mariages forcés, ou le 119 – Allo enfance en danger offrant un service identique adapté aux mineurs.

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