Mythe de la minceur : les troubles alimentaires ne font pas de discrimination

Avertissement : cet article aborde les troubles du comportement alimentaire d'une manière que certain·es lecteur·ices pourraient trouver éprouvante. 
Chantel était assise dans un restaurant lorsqu'iel a soudainement éclaté en sanglots. C'est à ce moment-là qu'iel a compris que quelque chose n'allait pas. "Je me suis rendu compte que je ne pourrais pas contrôler la quantité d'huile qu'ils allaient mettre sur mon escalope de poulet grillé. Je me suis dit que cette réaction n'était pas normale", raconte-t-iel à Refinery29 Australie.
Chantel, qui a 31 ans et vit à Sydney, a trouvé le courage de parler à son médecin traitant de son comportement inquiétant, mais au lieu de recevoir l'aide dont iel avait désespérément besoin, iel a été cruellement rembarré·e. 
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"C'est tout simplement injuste d'aller chez le médecin, de lui faire part de ses inquiétudes concernant vos habitudes alimentaires, votre attitude envers votre corps, et qu'il vous regarde et juge que vous n'êtes pas assez mince pour avoir besoin d'aide", explique-t-iel à la Butterfly Foundation
"Je n'ai donc jamais pu obtenir de traitement pour un trouble du comportement alimentaire... même si j'ai été dans des hôpitaux où dans la chambre à côté de moi se trouvaient un tas de personnes souffrant de troubles du comportement alimentaire", explique-iel au téléphone. Chantel est l'une des milliers de personnes atteintes d'un trouble du comportement alimentaire (TCA) qui ont l'impression de ne pas entrer dans le moule d'une personne atteinte d'un trouble alimentaire. En réalité, plus d'une femme sur dix présentent des troubles des conduites alimentaires en France, mais une grande part de ces personnes ne bénéficient pas d'une assistance médicale.
Chantal.
Les troubles boulimiques sont plus répandus que l'anorexie et touche environ 1,5 % de la population, contre 2 à 3 % pour l'hyperphagie boulimique.  
"De nombreuses personnes ont l'impression [de] ne pas être "assez malades" ou de ne pas avoir un problème grave méritant une assistance médicale et/ou psychologique. Cela peut souvent intensifier un trouble alimentaire et entraîner des complications de santé potentiellement mortelles", nous dit Melissa Wilton, responsable des communications et de l'engagement à la Butterfly Foundation. "Peu importe le poids d'une personne, tout trouble alimentaire est une maladie psychologique grave".
C'est un conseil que Bella aurait aimé entendre à l'époque où elle avait 17 [ans] et bataillait contre la pression du lycée et du formalisme scolaire. Son régime intensif ("J'ai essayé tous les régimes possibles et imaginables"), sa participation à un centre de remise en forme et l'implication de ses parents dans la culture des régimes n'étaient pas considérés comme des comportements problématiques. Au contraire, elle a été félicitée pour sa perte de poids. "J'étais extrêmement mal en point, mais cette validation m'a fait me sentir tellement bien", se souvient-elle.
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Il n'est pas nécessaire d'avoir l'air fragile ou brisé pour souffrir d’un trouble alimentaire.

bella
Même lorsque ses règles se sont arrêtées, cela ne l'a pas perturbée, elle pensait que c'était normal. "Je me disait que ça devait être plus extrême, comme s'il fallait complètement changer d'apparence pour souffrir d'un trouble alimentaire", raconte-t-elle à Refinery29 Australia.
Comme pour Chantel, la perception des personnes souffrant de troubles alimentaires comme étant maigre et visiblement mal en point a entravé le rétablissement de Bella. "Je pense que les gens pensent souvent que [les troubles alimentaires] sont basés sur l'apparence et l'image corporelle, mais ce n'est pas toujours le cas. Une personne n'a pas besoin d'avoir l'air malade pour l'être", dit-elle. "Il n'est pas nécessaire d'avoir l'air fragile ou brisé pour souffrir d’un trouble alimentaire".
Wilton, de la Butterfly Foundation, souligne que la rhétorique des troubles alimentaires a environ 10 ans de retard par rapport à la dépression et l'anxiété. "Nous avons fait beaucoup de chemin pour démanteler la stigmatisation autour de ces dernières thématiques, mais nous n'en sommes pas encore là en matière de TCA. Le stéréotype de ce à quoi ressemble une personne atteinte d'un trouble alimentaire est tellement ancré que pour beaucoup d'entre nous, il est impossible d'envisager qu'une personne qui n'est pas blanche, de sexe féminin, adolescente et privilégiée puisse en souffrir."
Elle souligne que cela peut conduire à des erreurs de diagnostic et à des sous-diagnostics, comme dans le cas du médecin généraliste qui n'a pas proposé à Chantel le traitement dont elle avait besoin. Les personnes LGBTQIA+ sont particulièrement exposées au risque de développer des troubles de l'alimentation - deux tiers des personnes transgenres déclarent avoir suivi un régime en raison de leur identité de genre. 
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"Le fait d’adopter des habitudes alimentaires malsaines peut être lié au contrôle ou à un traumatisme ou, dans mon cas, c'était aussi assez fortement lié au genre", explique Chantel. "Il n’était jamais question d'être suffisemment mince ou d'avoir une certaine apparence. Ce dont il était question, c’était d'essayer d'échapper à mon corps et à ce qu'il faisait, à la façon dont il grandissait et changeait et à la façon dont les gens le percevaient."
Au cours des huit dernières années, iel a cherché à comprendre son identité de genre non-binaire. "C'est une longue partie de ma vie à devoir traverser des émotions et des expériences autour de mon corps et d'être assignée femme à la naissance, et de vivre dans un corps qui est reçu comme une femme", disent-ils. 
Mais appartenir à la communauté LGBTQIA+ a également été la grâce salvatrice de Chantel. "Quand vous vous sentez si seul et quand vous avez l'impression que tout le monde vous dit que vous ne devriez pas exister et que vous ne devriez pas avoir accès aux soins de santé ou aux droits humain, savoir que quelqu'un s'est battu pour que vous soyez là et pour que vous soyez qui vous êtes est juste une connaissance vitale pour moi personnellement."
Pour Bella, la guérison est venue de son travail de sensibilisation à la body positivity, qui lui a permis de rallier une communauté de plus de 169 000 followers. C'est là, avec ses photos de corps en gros plan et ses répliques percutantes, qu'elle devient la personne qu'elle voulait être dans sa jeunesse. 
"Il y a une vie en dehors des régimes, une vie en dehors du sport à outrance ; on peut bouger son corps comme on veut. Vous n'êtes pas obligé de le bouger pour vous punir. Vous savez que vous pouvez manger ce que vous aimez, vous pouvez trouver la liberté de manger. C'est normal de prendre du poids. C'est normal que votre corps change", dit-elle.
"J'ai toujours mes jours de déprime, mes moments de manque de confiance dans mon corps, mais maintenant je ne passe pas ces jours au lit. Désormais, je ne passe pas ces jours à laisser mes insécurités corporelles contrôler ma vie et contrôler mon bonheur... Je n'ai pas de défauts. J'ai juste un corps".
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