Solitude : une épidémie qui touche principalement les jeunes

Le besoin de créer des liens est inné chez l'humain. Ainsi, lorsque le monde a été soumis à une série de confinements, une toute nouvelle épidémie s'est installée : la solitude.
Comme le souligne Psychology Today, la solitude est un état de détresse ou d'inconfort qui survient lorsqu'une personne perçoit un écart entre son désir de lien social et l'expérience réelle de ce lien.
Mais la solitude n'est pas toujours facile à cerner et peut nous toucher de différentes manières à différentes étapes de la vie. Il y a la solitude post-rupture, la solitude du nouveau ou de la nouvelle, et même la solitude du télétravail qui fait mal même dans une maison remplie de frères et sœurs ou de colocataires turbulent·es. C'est un sentiment terrible qui va et vient et qui prend de nombreuses formes, ce qui le rend d'autant plus difficile à cerner. Il est déjà assez difficile d'identifier les moments où l'on se sent seul·e, mais la pression sociale pour ne pas se sentir seul·e n'aide pas non plus.
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De tous les mythes qui entourent la santé mentale et l'isolement social, l'un des plus difficiles à comprendre est que la solitude n'est pas liée au fait de n'avoir personne dans sa vie ou au fait d’être physiquement seul·e un vendredi soir. Les célibataires qui vivent seul·es peuvent ne pas éprouver le besoin de voir du monde, tout comme les personnes entourées d'ami·es et d'êtres chers peuvent très bien ressentir de la solitude. Pourtant, la stigmatisation reste entière. Nous associons souvent la solitude à un sentiment de marginalisation sociale, ce qui explique pourquoi nous sous-estimons à tort l'omniprésence de la solitude chez les jeunes de la génération Y et Z, du fait que ces derniers sont hyper-connectés.
Or, comme l'a récemment révélé une étude, ce sont peut-être ces personnes qui sont le plus durement touchées par la solitude. 
Ce mois-ci, le rapport Talking Loneliness de Telstra a révélé que près de la moitié des membres de la génération Z (54 %) et Y (51 %) déclarent se sentir régulièrement seuls, un chiffre bien plus élevé que chez les autres générations.
La même étude a également montré que, malgré la demande accrue d'authenticité et d'ouverture en matière de santé mentale, la génération Z était la plus susceptible de ne pas oser avouer aux autres son sentiment de solitude (58 % contre 48 % en moyenne). Et, selon la psychologue Nancy Sokarno, qui travaille étroitement avec ces groupes d'âge, le retour dans la vie sociale ne peut qu'exacerber le problème.

La solitude peut nous apprendre à mieux apprécier les autres et leur compagnie, mais aussi que nous ne devons pas dépendre d'eux pour être heureux.

"Dans une période comme celle-ci, le sentiment de solitude peut être accentué dans la mesure où les gens peuvent être rendus plus conscients de la façon dont ils se sentent réellement seuls ", explique-t-elle à Refinery29. "Ils peuvent voir d'autres personnes sortir, profiter et passer du temps en famille, ce qui peut les inciter à comparer leur situation à celle des autres."
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La solitude a un impact négatif considérable sur la santé mentale. Elle peut nous amener à nous sentir isolés et dépassés, ce qui entraîne souvent une plus grande détresse à cause de pensées et des sentiments négatifs. 
"La solitude peut être déclencheur d'anxiété, de dépression, d’idées suicidaires et de mauvaises habitudes en matière de santé, comme les troubles de l'alimentation, la consommation de substances et la mauvaise qualité du sommeil", explique Sokarno. "On peut éprouver des sentiments de désespoir ou de paranoïa pendant cette période, surtout pour ceux qui n'ont pas eu de liens familiaux proches pendant les confinements. Ces personnes risquent alors de se tourner vers des mécanismes de survie néfastes, comme la consommation [incontrôlée] d'alcool, de drogues ou l'abus de médicaments." Et ce n'est pas tout. 
Pour comprendre pourquoi nous nous sentons tellement seul·es en ce moment, Sokarno se penche sur les aspects sociaux et émotionnels de la solitude et nous explique pourquoi elle touche autant les jeunes.

Le fossé numérique

Même si l'on sait que les réseaux sociaux ne sont pas toujours très bons pour notre santé mentale, on pourrait penser que les générations qui maîtrisent le numérique et qui passent plus de trois heures par jour à scroller sur leur téléphone auraient une vie sociale plus épanouie. Mais, comme l'explique Sokarno, c'est précisément cette habitude qui contribue à notre sentiment de solitude. "Alors que le monde numérique est considéré comme une zone sociale, vous n'obtenez généralement pas les connexions plus profondes dont les humains ont besoin (et qu'on trouve) dans la vraie vie", dit-elle. "Ironiquement, ces plateformes conçues pour rapprocher les gens peuvent contribuer et intensifier les sentiments de solitude et la peur de l'échec personnel - autant d'éléments qui ont un impact négatif sur notre santé mentale." 
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"Oui, les réseaux sociaux peuvent donner aux gens un moyen de s'exprimer et de créer un lien avec d'autres personnes (avec lesquelles ils ne pourraient peut-être pas se connecter en temps normal), mais cela a aussi des implications dangereuses." 
"Un usage excessif des réseaux sociaux peut inciter à se comparer", affirme Sokarno, ajoutant que, bien que nous le sachions et que nous nous disions de ne pas le faire, nous nous enlisons inconsciemment dans la comparaison de nos expériences vécues dans les coulisses avec les bribes des bobines d'images marquantes des autres.
"Le piège de la comparaison sociale peut rapidement amener les gens à remettre en question leur propre vie, leurs relations et, de manière générale, à se sentir médiocre. Malheureusement, ce sentiment de dévalorisation peut être une cause sous-jacente de troubles mentaux tels que l'anxiété et la dépression. Pour les jeunes générations, c'est un rappel important que ce qui est vu en ligne ou ce que les autres peuvent dépeindre, n'est pas toujours la réalité."
Cela dit, nous aurions tort d'ignorer comment les progrès numériques ont facilité l'accès aux services de santé mentale, aux communautés en ligne et à la rencontre de personnes que nous n'aurions jamais rencontrées en personne. En particulier pour celles et ceux qui vivent seul·es ou dans des régions reculées, il existe un monde de connexions à portée de main. Il est important de garder le sens des réalités quand on parle de réseaux sociaux, par exemple.

On peut très bien se sentir seul·e même avec des ami·es et une famille

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On peut parfois penser qu'il suffit de côtoyer du monde pour remédier à ces sentiments d'isolement. Mais, malheureusement, ce n'est pas si simple. Comme nous le savons, créer des liens peut prendre de nombreuses formes, mais savoir de quel type de lien vous avez envie peut vous aider à résoudre le problème. Selon Sokarno, les meilleurs types de connexions impliquent une combinaison de quatre types d'intimité - émotionnelle, mentale, spirituelle et physique. 
"Tout d'abord, si l'on considère l'intimité émotionnelle, des choses comme le fait de s'intéresser sincèrement aux sentiments d'une autre personne, d'affirmer ses pensées et de montrer que vous vous souciez d'elle sont des moyens de se connecter avec une autre personne à un niveau plus profond", explique Sokarno. "Ensuite, pour le côté mental des choses, avoir des conversations significatives et stimulantes est un moyen de se connecter. Le fait de partager également les mêmes valeurs et les mêmes intérêts chez une autre personne peut contribuer à favoriser un sentiment de connexion." 
"Ensuite, il y a l'intimité spirituelle, qui se concentre sur le respect des croyances de l'autre, sur le partage d'un objectif commun et/ou sur le fait de nourrir la paix intérieure de l'autre. Et enfin, le toucher, qui est une évidence, mais dont les humains ont besoin - et dont ils ont été gravement privés au cours des 18 derniers mois. Comme le note Sokarno, la perte du contact physique, aussi minime soit-elle, peut facilement affecter la capacité d'une personne à se sentir connectée aux autres.

La solitude se présente différemment pour chaque personne

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Tout comme ce qui cause la solitude peut différer d'une personne à l'autre, son visage peut également varier. "La solitude peut se manifester différemment selon les types de personnes", nous dit Sokarno, ajoutant que cela peut également rendre difficile de déterminer exactement comment elle affectera chaque individu. 
"La psychologie de chaque individu est complexe, et si l'on peut supposer qu'un introverti est plus sensible à la solitude parce qu'il a tendance à être seul la plupart du temps, la solitude et le fait d'être seul ne sont pas la même chose. Il peut être dans la nature de l'introverti d’aimer passer du temps seul, mais cela ne signifie pas qu'il est plus prédisposé à la solitude", explique-t-elle, reconnaissant que c’est plutôt l'inverse. 
"On pourrait supposer que les extravertis, qui trouvent du réconfort dans la socialisation, sont peu susceptibles de souffrir de solitude, mais cette affirmation n'est pas toujours vraie. Si un extraverti peut passer beaucoup de temps à socialiser ou à être entouré de gens, il peut ne pas réussir à créer des liens plus profonds et donc se sentir seul à un autre niveau."

Ce que vous pouvez faire pour vaincre la solitude

Selon Sokarno, la solitude, en particulier celle qui est imposée par le gouvernement et non par soi-même, peut en fait se révéler plutôt transformatrice. "Elle peut nous apprendre à chérir les autres et leur compagnie, mais aussi nous apprendre que nous ne devons pas dépendre d'eux pour être heureux. La solitude peut aussi nous apprendre que nous ne sommes pas vraiment seul·es et qu'il existe de nombreuses façons de se connecter aux autres."
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Si vous cherchez à contrer ces sentiments avant qu'ils ne prennent trop d’ampleur, ou si vous commencez à remarquer que des habitudes malsaines se forment en conséquence, la première étape pour enrayer la solitude est, vous l'aurez deviné, de reconnaître qu'il y a un problème. "Prenez le temps de comprendre ce que vous ressentez et rappelez-vous que vous n'êtes pas seul·e à vous sentir ainsi - il suffit de regarder les statistiques ! Si vous avez envie de passer à autre chose, lisez les conseils de Sokarno.

Contactez un·e ami·e

"Mettez l'accent sur une communication sincère partout où vous le pouvez - dites vraiment aux autres ce que vous ressentez et ce qu'ils représentent pour vous. Mettez un point d'honneur à prendre régulièrement des nouvelles de ceux que vous aimez - même s'ils n'aiment pas trop parler au téléphone, appelez-les quand même ou envoyez-leur un SMS, car ce simple geste peut montrer que vous tenez à eux." 
Si vous n'avez pas l'impression d'avoir des personnes vers qui vous tourner régulièrement pour atténuer votre sentiment d'isolement, cherchez des moyens de nouer des liens autrement. "Le simple fait de sourire ou d'entamer une conversation avec un voisin ou un commerçant peut être étonnamment réconfortant", explique Sokarno. "N'ayez pas peur d'être le premier à tendre la main et à dire bonjour - une petite conversation banale peut vous amener à vous sentir à nouveau socialement connecté aux autres (même si ce n'est que de façon minime). Vous pouvez également écrire une lettre à un être cher ou à un ami perdu de vue depuis longtemps - le fait de mettre vos pensées et vos sentiments sur papier et de savoir que quelqu'un d'autre la lira vous aidera à vous sentir plus connecté."
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Laissez faire les pros

Si vous avez l'impression que la solitude commence à vous affecter à un niveau plus profond, adressez-vous à un professionnel. Qu'il s'agisse d'un médecin généraliste ou d'un psychologue, tous peuvent vous aider si vous vous sentez émotionnellement dépassé et que vous avez du mal à faire face. Bien que la solitude en elle-même ne soit pas forcément un problème de santé mentale chronique, Sokarno note qu'elle peut entraîner d'autres problèmes comme l'anxiété ou la dépression. Recherchez des organisations qui proposent des services de conseil gratuits par téléphone avec des experts formés, le tout dans le confort de votre propre maison.
En définitive, pour beaucoup d'entre nous, la solitude est inévitable à un moment ou à un autre de notre vie. Il est donc important d'accepter que cela arrive à tout le monde, même si les réseaux sociaux racontent une autre histoire. Bien sûr, c'est triste et ce n'est pas forcément agréable, mais beaucoup d'entre nous peuvent apprendre à apprécier le temps passé seul·es, surtout quand nous savons que cela ne durera pas.
Partout dans le monde, la pandémie continue de bouleverser nos vies, et beaucoup d'entre nous ont dû faire face à d'immenses difficultés. Mais s'il est inestimable de reconnaître l'impact de la pandémie sur notre santé mentale, la bonne nouvelle est que nous sommes presque sortis d'affaire et qu'il y a toujours des gens prêts à nous aider. Et souvent, tout ce que vous avez à faire, c'est tendre la main. 

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