Jameela Jamil parle de solitude et d'amitié à l'âge adulte

Photo: courtesy of Bumble.
Si Jameela Jamil veut devenir votre amie, elle va tout simplement vous le demander. Lorsqu’elle s’est installée à Los Angeles il y a quatre ans, sans connaître personne si ce n'est son petit ami, elle a dû repartir à zéro dans le département de l’amitié — et elle a dû prendre des risques pour se créer un cercle d’ami·e·s sur qui elle pourrait compter dans cette nouvelle ville.
Les études montrent que près de 26 % des Français se sentent seuls — on croirait pourtant le contraire quand on regarde nos fils d’actualité, qui ne semblent montrer que des groupes de copines qui brunchent tous les week-ends — et le but de Jamil est de déstigmatiser la conversation autour de la solitude et du défi de se faire des ami·e·s à l’âge adulte. Voilà pourquoi elle a fait équipe avec Bumble BFF pour sa campagne #AskingForAFriend, afin d’encourager les femmes à développer un réseau d’ami·e·s et leur permettre de se sentir soutenues. Nous avons discuté avec l’actrice et activiste d’anxiété sociale, de son compte Instagram radicalement inclusif qui prône la positivité, I Weigh (je pèse), et bien sûr de sa « work wife » Ted Danson.
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Refinery29 : Quels conseils donneriez-vous à une personne pour se faire des ami·e·s en arrivant dans une nouvelle ville ?
Jameela Jamil : Je crois que notre génération a trop peur d’être rejeté·e et je crois qu’il est important d’apprendre que le rejet n’est pas une fatalité ni même une mauvaise chose. Si quelqu’un vous dit non, ce n’est pas grave, que ce soit en amour ou en amitié. Mais pour cela, il faut commencer par prendre des risques et se jeter dans l’arène, car on a souvent tendance à sous-estimer le nombre de personnes qui ressentent la même chose que nous. Vous n’avez pas idée du nombre de fois où j’ai invité quelqu’un à aller prendre un verre ou à qui j’ai simplement proposé de devenir ami·e·s et qu’on m'a répondu qu’elle ou il n'avait pas osé me le demander et était heureu·x·se que je l’aie fait. Et cela ne se serait jamais produit si je n’avais pris le risque de me mettre dans l’embarras et qu’on me dise non lorsque je me suis installée à Los Angeles. Je ne connaissais personne ici hormis mon copain. Parvenir à me faire des ami·e·s ici m’a demandé de gros efforts et il a parfois fallu que je me fasse violence. Je suis contente de l’avoir fait, car je compte parmi ces personnes certains de mes meilleurs ami·e·s. Il est très important d’apprendre comment exprimer notre envie de devenir ami·e·s. À cause de ce qu’on voit dans les films, j'ai l'impression qu’on est censés être ami·e·s avec les personnes avec qui on était au lycée ou à la fac, que ces personnes resteront nos ami·e·s pour toujours — que c’est quand on est jeunes qu’on se fait ses ami·e·s. C’est tellement faux. J’ai rencontré mes ami·e·s les plus proches plus tard dans ma vie — pour la plupart, c’était même juste avant mes 30 ans. Le sens de la communauté, c’est très important pour moi. Comme je ne suis pas vraiment proche de ma famille, mes ami·e·s sont devenus ma famille.
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Avez-vous réussi à vous faire des ami·e·s en ligne ?
Je me suis faite des ami·e·s parmi la communauté I Weigh sur Instagram, où il y a un réel sens de la solidarité. Même si on vient des quatre coins du monde, le simple fait de communiquer par message de prendre soin des autres m’a beaucoup apporté et m’a aidée à réaliser que je ne suis pas seule. La solitude est tellement préjudiciable, non seulement pour notre santé mentale, mais également pour notre santé physique. Nous avons besoin d'ami·e·s pour stimuler nos hormones du bonheur et réduire notre niveau de stress, ainsi que d'avoir quelqu'un à qui se confier et avec qui partager un sens de la communauté. Sans ces choses, nous finissons par devenir très, très stressés, puis nous tombons malades à cause de cela.
Il est extrêmement important d’admettre ces choses — et je crois que c’est en partie dû au fait que les réseaux sociaux nous donne parfois un faux sens de la communauté. Je ne dis pas qu’il est impossible de trouver un sens de la communauté sur les réseaux sociaux, car cela est tout à fait possible, mais les réseaux sociaux peuvent parfois nous donner l’impression d’être au courant de ce qui se passe dans la vie de nos ami·e·s quand ce n’est en réalité pas le cas. Nous voyons leurs bons moments et on se dit qu’on sait ce qui se passe dans leur vie, mais ce n’est pas le cas, car personne n’est complètement honnête sur les réseaux sociaux.
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Pourquoi avez-vous choisi de collaborer avec Bumble sur cette campagne ?
Cela me parlait vraiment. Je n’avais pas forcément beaucoup d’ami·e·s quand j’étais plus jeune — en réalité, je n’ai pas vraiment eu d’ami·e·s avant d’avoir 19 ans — j’avais donc l’impression de me pas être capable de me socialiser et d’avoir de gros problèmes d’anxiété sociale au début de mes vingt ans. Apprendre à me faire des ami·e·s est la chose la plus constructive que j’ai faite et j’ai fait l'expérience de l’impact qu’a sur votre vie d’avoir des ami·e·s pour vous entourer. De plus, j’aime le fait que Bumble encourage les femmes à faire le premier pas et prendre leur bonheur en main. Que ce soit pour trouver l’amour, l’amitié ou même du travail. Et je suis le genre de personne qui va demander clairement si la personne a envie qu'on soit ami·e·s.
De nombreuses amitiés se développent sur le lieu de travail. Qu’en est-il pour vous ? Avez-vous ce qu’on appelle une « work wife »
Je dirais que Ted Danson est ma work wife. C’est une personne qui m’a tellement appris, à la fois en tant qu’actrice et en tant qu’ami. Il m'a beaucoup appris sur la façon de se préoccuper des autres et comment le faire, et je suis tellement heureuse de l’avoir rencontré. Je suis heureuse qu’il m'ait ouvert sa porte, qu'il m'ait pris sous son aile et m'ait montré les ficelles de cette industrie.
Que pensez-vous des groupes d’ami·e·s ? Est-ce que c’est réel pour vous ? Comment se trouver un groupe d’ami·e·s à l’âge adulte ?
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Avoir un groupe d’ami·e·s perd de l'importance à mesure qu’on vieillit. Avec nos emplois du temps chargés, c'est tout simplement impossible. On peut avoir l’impression qu’il faudrait avoir une bande de copines, comme dans Sex and the City. On se demande un peu si ces femmes travaillaient. Comment faisaient-elles pour se retrouver pour le brunch tous les jours ? Impossible d’organiser une rencontre avec mes ami·e·s à cette fréquence — si on arrive à se retrouver une fois par mois, c’est déjà beaucoup. J’ai tendance à croire en les amitiés individuelles. On espère que ses ami·e·s s’entendront, mais au final cela importe peu si c’est le cas ou non. Notre personnalité a différentes facettes et il est important d’avoir des différents ami·e·s qui correspondent à ces différentes facettes. J’adore passer du temps en tête-à-tête. J’ai tendance à ressentir une sorte d’anxiété sociale lorsque je me retrouve dans un groupe de plus de cinq personnes.
A votre avis, que manquait-il dans le débat autour des réseaux sociaux, et qu’est ce qui vous a motivée à lancer I Weigh ?
J’ai rejoint les réseaux sociaux il y a quelques années seulement et j’étais loin de m’imaginer l'acharnement sur le poids des femmes. Je ne savais pas que certaines personnes publiaient la photo de femmes en écrivant leur poids au travers. Le seul chiffre qu’on écrirait sur la photo d’un homme, ça serait son salaire, ou sa fortune — tout le monde se fiche de savoir combien pèse un homme. Puis j’ai remarqué que ce phénomène se faisait toujours plus fréquent. Alors j’ai décidé de publier combien je pesais sur Twitter et Instagram. Quand je dis ça, je parle de mon indépendance financière, mon activisme, les problèmes de santé que j’ai surmontés, mon anxiété, mon copain, ma meilleure amie, tout ce qui fait de moi qui je suis.
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Alors j’ai publié cette photo, sans m’attendre à obtenir de réponses, mais des milliers de femmes ont répondu avant la fin de la journée. C’est alors que j’ai réalisé que même après quelques semaines, les réponses ne ralentissaient pas. J’ai donc créé un compte Instagram afin de fournir une plateforme pour accueillir toutes ces photos de femmes et de ce qu’elles pèsent et de toutes leurs expériences. Cela fait maintenant plus d’un an et demi et notre réseau est fort de 750 000 personnes et continue de grandir. Et d’ici à la fin de l’année, nous devrions devenir une plateforme multimédia qui se veut radicalement inclusive afin d’assurer que ces personnes qui ne se sont jamais sentis incluses aient quelqu’un vers qui se tourner. L’objectif de I Weigh, c’est de s’assurer que personne n’ait le sentiment d’être mis à l’écart.
Vous êtes un personnage public comptant de nombreux followers, et vous défendez depuis longtemps le mouvement body positive et l'authenticité, en particulier sur les réseaux sociaux, avez-vous l’impression qu’il est de votre devoir de dénoncer les choses qui vont à l'encontre de vos convictions?
J'ai passé une adolescence très difficile — en partie en raison de ma situation familiale, mais aussi à cause du monde dans lequel j’évoluais. À cause de la société et des médias, et du fait que les modèles que j'admirais dans les magazines et à la télévision n'étaient pas très bons. Donc, si on me donne le privilège de m’exprimer à travers cette plateforme, je suis déterminée à l'utiliser de manière responsable pour réparer tous les dégâts qui m'ont été causés et qui m'ont coûté des années de bonheur. Je ne le fais pas par sens des responsabilités, mais plutôt par sens de ce qui est juste. Je ne veux tout simplement pas que quelqu'un soit aussi malheureux que je l'étais quand j'étais adolescente, et c'est ce qui me motive. Je me suis engagée à passer le reste de ma vie à m'attaquer à ce problème, car j'ai le pouvoir de faire changer les choses.
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