Être veuve & mère célibataire a changé ma façon de voir les relations amoureuses

Lorsque mon mari est mort, j'ai fait le vœu de rester célibataire pour le reste de ma vie. Non pas parce que j'étais en deuil, mais parce que la vie de couple était quelque chose dont je n'avais aucun intérêt à reproduire. Mon mariage a été traumatisant d'une manière dont je n'étais pas pleinement consciente jusqu'à ce qu'il se termine brusquement et que mon besoin d'élever mes quatre enfants dans un foyer exempt de toxicité devienne ma première priorité.
Mon vœu de rester mère célibataire ne signifiait pas que je devais me limiter sexuellement et émotionnellement. J'ai décidé de garder des amants - des relations à court terme sans engagement mais satisfaisantes. Ce que j'ai découvert, c'est que cette décision, qui m'a éloignée du type de relations que j'étais conditionnée à accepter comme un statu quo, a conduit à des relations moins toxiques et plus bénéfiques que celles que j'ai connues… Elles étaient non-monogames. Queer. Sexuellement positives. Impliquant souvent plusieurs partenaires - parfois ensemble. Impudiques. Transparentes. Communicatives. Respectueuses et aimantes d'une manière que je ne croyais pas possible. Elles étaient à longue distance. À courte distance. Avec des limites. Sûres. Libératrices et paradoxalement stables. Et toujours en dehors de ma maison.
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Mais après quelques mois de fréquentation occasionnelle, je suis tombée amoureuse. Il a rencontré mes enfants, il est venu chez nous. Mais comme il vivait dans un autre État et qu'il n'était à Los Angeles, ma ville natale, qu'à temps partiel, je me sentais toujours en sécurité, comme si je n'étais pas trop engagée. Afin de préserver ma quête de relations occasionnelles, nous avons continué à voir d'autres personnes, à explorer la non-monogamie. Mais quand il a déménagé à Los Angeles, quelque chose a changé. J'ai réalisé que je n'étais pas capable d'avoir une relation "normale". Que les limites établies au début n'étaient pas suffisantes. Notre relation a commencé à ressembler à quelque chose que je ne voulais pas, et j'y ai mis fin assez soudainement. Il s'est avéré que pour moi, la sécurité de ma relation passait par la séparation de "l'Église et de l'État". Depuis lors, j'ai gardé mes relations intimes à l'écart de mes enfants.
On attend souvent des femmes, en particulier des mères célibataires ayant des enfants, qu'elles aspirent à la stabilité, qu'elles "ne fréquentent plus les applications de rencontre" et qu'elles "trouvent la personne qui leur convient". Mais souvent, les relations conventionnelles ne profitent pas aux femmes. J'ai vu de nombreux mariages hétéronormatifs se dissoudre en confinement pour cette raison. Les femmes sont à bout. Nous n'avons pas l'énergie nécessaire pour répondre aux exigences émotionnelles des maris, surtout lorsque nous effectuons la majeure partie du travail domestique, sans parler des emplois que nous occupons.
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En outre, de nombreuses femmes célibataires sont traumatisées par leurs relations passées. Nous savons ce que nous voulons, et certainement ce que nous ne voulons pas pour l'avenir, mais nous ne savons pas comment le demander, ni même si nous pouvons le trouver.
Je sais qu'à ce stade de ma vie, je désire de l'intimité. Un soutien. Je veux baiser. Je ne veux pas me réengager, me remarier, cohabiter ou amener mon ou mes partenaires à la maison pour rencontrer ma famille. Je sais que je peux avoir toutes ces choses, même si - en tant que femme, en tant que veuve, en tant que mère - je n'ai jamais été encouragée à les rechercher.
Il n'y a rien de nouveau à garder des amants ou à avoir des relations éphémères avec des personnes qui n'ont pas besoin de devenir plus que ce qu'elles sont. Et pourtant, les attentes binaires à l'égard des mères de jeunes enfants, l'hypothèse selon laquelle la stabilité signifie pour nous une relation à long terme, la monogamie, voire la cohabitation, ont rendu presque impossible pour nous de regarder au-delà des attentes sociales et de construire des liens qui nous sont réellement bénéfiques. Le patriarcat nous a conditionnés à nous sentir incomplet·e·s sans une relation permanente, nous contraignant à une stabilité présumée, même lorsqu'elle s'avère peu fiable, peu sûre. Et lorsqu'une femme refuse de se conformer à cette idéologie attendue, elle est souvent considérée comme brisée ou inconstante, comme une phobique de l'engagement ou comme une putain. 
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Et si j'étais jeune lorsque je me suis mariée et que j'ai eu des enfants, de la même manière que je suis devenue veuve relativement jeune, ma recherche de quelque chose qui fonctionne mieux pour moi ne me concerne pas uniquement. Et il n'y a pas que les personnes dans des situations similaires qui meurent d'envie de sortir de là et d'explorer. J'ai passé les deux dernières années à parler longuement à des femmes de tous âges - célibataires et mariées, partenaires et veuves - qui sont désireuses d'expérimenter sexuellement. De nombreuses femmes queer sortent de relations hétéro monogames sans avoir jamais connu de sexe queer. De nombreuses femmes hétérosexuelles se retrouvent au sommet de leur épanouissement sexuel avec une expérience limitée. Beaucoup d'autres essaient seulement maintenant de démêler les normes patriarcales de leur conception de ce qu'elles sont, et de ce qu'elles ont été conditionnées à être.
À mesure que les femmes redéfinissent leur identité, elles donnent la priorité à leur plaisir et apprennent à ne pas s'excuser de leur désir de relations non traditionnelles, qui ont autant de valeur - sinon plus - que les relations monogames à long terme. On insiste tellement sur l'investissement en temps lorsqu'il s'agit de relations amoureuses. Nous validons les partenaires de longue date et nous nous moquons des aventures d'un soir. Nous partons du principe qu'une seule grande histoire d'amour est plus puissante qu'une douzaine de petites, et que pour trouver le bonheur, il faut former un couple et rester ensemble, pour le meilleur et pour le pire, même lorsque les choses vont plus mal que ce que nous aurions pu imaginer. Ce récit du "bonheur" fait plus de mal que n'importe quel autre auquel je peux penser. Il murmure à l'oreille des épouses malheureuses : tiens bon. Il insiste sur le fait que partir signifie l'échec et que le sacrifice est un sacrement.
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Mais, former un attachement émotionnel avec des partenaires à court terme est en fait un sentiment incroyablement vaste. En fait, les relations relativement courtes que j'ai eues depuis la mort de mon mari m'ont sans doute fait grandir davantage que mes 13 années de mariage, car je peux maintenant être honnête avec moi-même. Je peux vivre sans honte dans les limites de ma propre construction tout en détruisant les limites sociétales dans lesquelles je me suis toujours sentie mal à l'aise.
Il peut être difficile de fixer des limites lorsqu'on tombe amoureu·se·x de quelqu'un. Il y a un désir presque instinctif de laisser les personnes que nous aimons entrer dans nos cœurs et nos maisons. L'amour est comme ça. Comme si, pour réaliser les pleins effets de sa puissance, il devait se répandre partout en vous. Pour recouvrir l'intégralité de son corps. Pour devenir la glue qui unit les vies. 
Mais c'est seulement parce que nous avons si peu d'imagination quand il s'agit de créer notre propre version de ce qui fonctionne pour nous. C'est là toute la beauté des relations à court terme, des amants et des aventures d'un soir. Nous pouvons donner ce que nous pouvons à l'autre sans nous sentir obligé·e·s de donner plus que cela. Avoir cette liberté peut être une expérience extrêmement réhabilitante, surtout après une relation à long terme ratée. Créer des espaces relationnels sûrs à nos propres conditions après avoir passé des années dans des espaces dangereux, voilà ce qu'est l'évolution.
La réconciliation avec mon désir d'explorer intimement, voire amoureusement, avec des partenaires à court terme qui sont, de manière transparente, sur la même longueur d'onde, a été révélatrice. Au-delà de cela, me séparer en tant que mère et amante me semble non seulement nécessaire, mais aussi naturel. Je peux rester présente des deux côtés du diagramme de Venn, mais ce que j'ai appris de cette première expérience avec un amant devenu partenaire, c'est que quelque chose change en moi lorsqu'ils se chevauchent - je me sens submergée par les besoins de toutes les parties à la fois, incapable de rester présente, déchirée entre mon moi de mère et mon moi d'amante. Et comme je suis le seul parent de mes enfants, rester près d'eux n'est pas négociable. Quand je suis à la maison, je suis à eux. Et parce que je suis leur seul parent vivant, il est encore plus important pour moi de rester disponible pour eux. De garder ma porte ouverte.
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En gardant les relations amoureuses à la périphérie, certain·e·s pourraient dire que je passe à côté de l'amour. Mais en réalité, c'est le contraire : pour la première fois de ma vie, tout ce que je fais, je le fais par amour - pour l'amour de ma famille, oui, mais surtout pour l'amour de moi-même. À presque 40 ans, je suis enfin capable de reconnaître ce que je veux vraiment et à quel point cela diffère de ce que l'on attendait de moi. Je vis une vie où les seuls vœux que je suis prête à faire sont pour moi et mes enfants, que je suis plus que capable d'élever seule, avec le soutien des ami·e·s et de la famille qui ont toujours été mes véritables partenaires dans la vie.
Poursuivre des relations intimes en dehors de ma vie, même si cela ne convient pas à tout le monde, est une option que j'ai hâte de voir normalisée, afin que de plus en plus de personnes puissent rechercher des partenaires - à court et à long terme - qui respectent autant nos limites qu'elles ou ils sont excité·e·s par elles. Pour que nous nous préoccupions moins de plaire aux normes sociétales et plus de plaire à nous-mêmes.
C'est ça, après tout, le véritable amour.  

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