On s’appelle ? J’ai testé une semaine sans textos

J'adore communiquer par textos. Vraiment, j'adore ça. Surtout lorsqu’il s’agit de ma vie sentimentale. Je suis une introvertie et je dois bien avouer que l'envoi de textos a résolu —presque — tous mes problèmes d’anxiété sociale. Je peux communiquer avec qui je veux sans avoir à regarder qui que ce soit dans les yeux ni même à m’habiller. Je peux interrompre  n’importe quelle conversation sans avoir à me soucier de comment conclure. Et si jamais je me trompe et que je dis quoi que ce soit de trop révélateur ou embarrassant, je peux simplement blâmer l'autre personne et la bloquer. Déraisonnable ? Peut-être. Efficace ? Très.
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Mais tout n'est pas parfait avec les textos non plus. Cela fait un an que je cherche à rencontrer quelqu'un sans succès — je suis inscrite sur toutes les applis de rencontre disponibles sur le marché. Mais après un an à répondre à des questions sexistes sur mon métier de comédienne ou qu’on me demande de raconter une blague pour prouver que je suis drôle, je dois bien admettre que l'envoi de textos n'est peut-être pas la meilleure solution pour trouver l'amour. Peut-être même que cette avancée technologique, loin d'améliorer le processus de rencontre, ne fait que nuire à un rituel ancestral basé sur le contact visuel, les phéromones et l'alchimie entre deux personne. Ou peut-être que je suis simplement nulle avec les émojis. Enfin, après avoir passé en revue le cimetière des conversations échouées — aka ma boîte de réception Tinder et mon historique d'iMessage, j'ai décidé d'arrêter complètement d'envoyer des textos pendant une semaine.
Voilà les règles que je m’étais fixées : je pouvais répondre aux messages sur les applis, mais ensuite je donnais rapidement mon numéro au jeune homme et lui demandais de m'appeler s'il voulait discuter. J. était un étudiant de master mignon,  et c'est tout ce que je savais de lui quand j'ai décroché le téléphone. J'avais de grands espoirs que nous aurions une connexion instantanée et que la conversation serait fluide. Malheureusement, J. était apparement diplômé de condescendance. J'ai demandé ce qu'il étudiait, et au lieu de répondre, il a insisté pour que je devine. Quand j'ai deviné STEM, il m'a interrogé pour savoir si je savais ce que signifiait l’acronyme. Chaque fois que j'essayais de subtilement lui expliquer que je devais y aller, il me demandait pourquoi et essayait ensuite de réfuter mon argument. Finalement, j'ai dû lui sortir le classique « oh non, je vais passer sous un tunnel. »
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Photographed by Nora Navarro
Blessée par cette aventure, j'ai décidé qu'il serait peut être plus judicieux de passer directement à l'étape rendez-vous (techniquement, ce n'est pas de la triche). Après un court échange sur Tinder, H. m'a demandé si je voulais le rencontrer en fin de soirée autour d'un sandwich artisanal dans un gastropub. Dès que je me suis assise, il a cru bon de mentionner qu'on avait matché sur Bumble ET Tinder, alors je devais vraiment bien l'aimer. Vous imaginez donc à quel point ça a été gênant quand j'ai dû admettre que je n'avais aucun souvenir du contenu de son profil.
« Je suis le gars avec le cheval, » m'a-t-il alors répondu, vexé. (J'ai vérifié sa photo de profil plus tard et oui, il caressait un adorable cheval miniature.) H. était assez déçu quand il s'est rendu compte que je n'essayais pas désespérément de le retrouver sur plusieurs plateformes de rencontres. Étonnamment, le date a été plutôt gênant après ça. Et nous voilà donc avec un résultat de 0/2.
Le reste de la semaine s'est déroulé plus ou moins de la même manière : j'ai dû recevoir une centaine de messages sur diverses applications. Pour la plupart, il s'agissait d'un simple « salut » ou de propositions indécentes, mais j'ai donné mon numéro à quelques personnes et j'ai participé à un total de trois rendez-vous, l’un d’entre eux dans un fast-food un peu douteux. Très peu de personnes ont accepté de se parler au téléphone. Deux gars sur deux sites de rencontres différents m'ont envoyé des textos plusieurs jours de suite pour me demander si j'étais sûre de toujours vouloir qu'ils appellent, clairement dans l'espoir que je change d'avis.
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D'un autre côté, le fait de ne pas envoyer de messages m'a libéré pas mal de temps. J'ai soudainement trouvé le temps de finir The Male Brain de Louann Brizendine (un livre sur la neurologie) et de faire de longues virées shopping au centre commercial du coin. Mais je me suis sentie très seule. Mes amis et ma famille n'avaient aucune envie de discuter au téléphone ; ils préféraient tous attendre la fin de la semaine (merci les gars, sympa). Et comme tout le monde m'a clairement signifié qu'ils préféreraient ne pas parler du tout s'ils ne pouvaient pas m'envoyer un texto, j'ai donc pensé que c’était m’imposer que de les appeler. Je me suis demandée comment une chose qui, récemment, me semblait essentielle à la communication, était devenu un tabou social. À la fin de la semaine, le confort et la facilité d'envoyer des textos me manquaient, et je commençais de plus en plus à en avoir marre des efforts requis pour parler aux gens ou pour les rencontrer en personne.
Ainsi, quand P. m'a envoyé un message sur Bumble pour me demander de le rencontrer le dimanche soir, au moment même où je m'étais imposé l'interdiction d'envoyer des SMS, j'ai presque refusé. J'en avais marre des dates à ce moment-là. J’ai essayé de trouver des excuses comme « Il est tard,» « et je ne suis pas vraiment habillée ou maquillée. »
« C'est parfait, » a-t-il répondu. « Je ne suis pas maquillé non plus.»
Cette réponse m'a fait rire et j'ai accepté de le retrouver. Dès que je l'ai vu en personne, je l'ai senti. Cette chose qu'on ne peut jamais ressentir, peu importe le nombre de messages qu'on échange avec une personne. Il ressemblait à ses photos, mais je l'ai trouvé encore plus attirant en vrai. Il parlait d'une voix un peu fluette et je devais me pencher vers lui pour l'entendre. Il était sensible et éloquent, plus encore que sa bio ne le laissait penser, et ce n'est que lorsque nous avons partagé un pudding à la mangue à 2 heures du matin que j'ai réalisé pour la première fois cette semaine que mon téléphone ne me manquait pas du tout.
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Photographed by Nora Navarro
Bien que je sois très soulagée à l'idée d'en avoir fini avec cette expérience, je suis heureuse de m’être prêtée à l’exercice. J'ai appris que le fait de demander à quelqu'un de passer un coup de fil ou de se rencontrer rapidement permet d'apprendre à se connaître plus rapidement, et c’est particulièrement efficace pour déterminer s'il y a étincelle ou non. Et comme on est tous très occupés, cela peut être une très bonne option. Quant à P., on continue à s'écrire des messages. L'autre jour, je lui ai envoyé une blague maladroite et embarrassante, et juste au moment où je me suis rendu compte que j'allais devoir le bloquer, il m'a surpris en m'appelant —  oui, UN APPEL — pour dire bonjour. Dommage que je n'ai pas pu répondre. 
Non je plaisante.

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