Bousculons les codes : comment inviter un homme à sortir ?

Photographed by Savana Ogburn.
On est en 2019, mais lorsqu’il s’agit de faire le premier pas, une grande pression continue de peser sur les femmes qui préfèrent faire le premier pas. Qu’on soit une lycéenne qui pense à inviter son crush pour un ciné, ou une femme se demandant si elle devrait envoyer le premier message sur Tinder, la pression de suivre les rôles sociaux spécifiques traditionnels se fait sentir — cette répartition des rôles existe depuis des centaines d’années après tout. Mais il est important de se rappeler que ce n’est pas parce qu’une chose tient de la tradition qu’il ne faut pas s’en débarrasser.
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Parlons des rôles entre les sexes.

« Que ce soit la famille ou les médias, la façon dont la séduction et les règles qui l’entourent sont présentées place toujours les filles dans un rôle passif. On nous dit que si l’on veut qu’on s’intéresse réellement à nous, il faut savoir se faire désirer, » explique Bianca Laureano, sexologue et fondatrice du Women of Color Sexual Health Network (WOCSHN). « Cette interprétation des relations est dépassée. »
Cette façon de penser — les hommes devraient prendre le rôle actif et les femmes devraient être passives lorsqu’il s’agit de sexe et de séduction — s'inscrit dans le cadre d’un débat plus large sur le consentement, affirme Laureano. « Cette approche contribue à la culture du viol, dans laquelle les femmes croient qu’il appartient aux hommes de prendre les décisions, » explique-t-elle. « Ce n’est pas le cas. Nous connaissons notre corps et nos désirs mieux que personne. »
Et si on pense que les stéréotypes de rôles sociaux spécifiques ne devraient pas affecter les options de carrière ou le salaire d’une femme, pourquoi devrait-il en être autrement de la séduction, affirme Laureano. « L’idée que les jeunes filles peuvent accomplir tout ce qu’elles désirent, passe par le choix des partenaires avec qui elles décident de passer du temps. »
Bien qu’il existe quelques hommes hétérosexuels qui pensent qu’une femme ne devrait pas faire le premier pas en séduction, les chiffres suggèrent que la grande majorité n'est pas contre l’idée qu’une femme les invite à sortir — simplement, cela n’arrive pas si souvent. Un rapport publié par OkCupid (article en anglais) en 2015 a trouvé que les femmes hétérosexuelles étaient 3,5 fois moins susceptibles d’envoyer le premier message — mais que si elles faisaient le premier pas, elles avaient 2,5 fois plus de chances de recevoir une réponse.
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Planifiez.

Ça y est, vous vous êtes décidée à inviter votre crush à sortir — et maintenant ? Tout d’abord, il est important de se rappeler que de faire le premier pas est tout ce qu’il y a de plus commun. Si l'on met de côté les hommes hétérosexuels qui sont supposés inviter les femmes à sortir, les personnes LGBTQ+ font mutuellement le premier pas depuis toujours. « Il est rare qu’on entende parler de femmes invitant des hommes à sortir, et quand c’est le cas, la femme est vue et jugée d’une certaine manière — courageuse, qui prend des risques, etc. » explique Laureano. « Cependant, si l’on sort ces idées du contexte hétérosexuel, une femme invitant une femme à sortir n’est pas une première, elles le font depuis toujours ! »
Pourtant, il existe une multitude de conseils sur comment inviter l’autre à sortir en ligne et ailleurs, quelles que soient leurs identités de genre et orientations sexuelles. Un diner dans un restaurant haut de gamme peut sembler romantique, mais est-ce que c’est dans votre budget ? « J’encourage les jeunes à avoir une idée claire de leurs attentes : ont-ils une idée de l’expérience qu’ils veulent partager avec cette personne ? Ont-ils une idée du budget qu’ils souhaitent dépenser ou encore à qui ils demanderaient de l’aide si besoin ? » Recommande Laureano.

Posez-lui la question.

Ensuite, réfléchissez à la façon dont vous allez inviter votre crush à sortir. « Avec la technologie disponible, on n'a que l'embarras du choix — envoyer un texto, un snap, etc. Cependant, je pense qu’il est important de le faire en personne et face-à-face, » conseille Laureano. « Réfléchissez au moment, où vous seriez le plus à l’aise pour faire cette demande — devant vos ami·e·s, à l’arrêt de bus, durant la pause déjeuner, après les cours, etc. Trouvez le moment qui fonctionne le mieux pour vous et n’ayez pas peur de vous entraîner devant le miroir. Ça peut être aussi simple que de dire, “Ça te dirait d’aller voir le nouveau Marvel avec moi dimanche ?” »
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Souvenez-vous que planifier une activité spécifique, un jour en particulier reste la meilleure manière de s’assurer que vous ne vous débiniez pas — «Ca te dit d’aller voir Avenger – Endgame avec moi ce week-end ? On dit 15 h dimanche ?» est beaucoup plus efficace que « Faudrait qu’on prenne un verre un de ces quatre. »

Que se passe-t-il ensuite ?

Si votre crush dit oui, alors félicitation ! Assurez-vous de planifier votre rendez-vous et de vous y tenir — ça veut dire : décider d'une activité, du jour, de l’heure et du lieu. Mais gardez à l'esprit que si votre crush dit non, il faut respecter sa décision. « Demander à quelqu’un de sortir repose en grande partie sur le consentement, » explique Laureano. » Selon elle, devoir essuyer un refus est une expérience difficilen surtout pour les jeunes, car ils ont souvent l’impression que c’est leur personnalité que l’on rejette, mais en réalité une personne qui dit « non » à une expérience qui ne les intéresse pas fait tout simplement partie de la vie. Nous devons tou·te·s essuyer un refus de temps à autre. Certain·e·s plus souvent que d’autres. Il n’en reste pas moins que le « non » fait partie intégrante du consentement, tout autant que le « oui ». Il est normal de se sentir triste et déçu·e si l’on essuie un refus — mais n’essayez pas de faire changer l’avis votre partenaire. Et souvenez-vous : la prochaine fois que vous craquez sur quelqu’un, vous saurez quoi faire — inviter quelqu’un à sortir, c'est comme pour tout le reste : plus on le fait et mieux on y arrive !
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