Cette photographe met en lumière des filles ayant perdu leur mère

Mothers and Daughters, © Marina Hoppmann, 2021
Malaika
La photographe berlinoise Marina Hoppmann n'avait que 17 ans lorsqu'elle a perdu sa mère, Ria. Elles étaient toutes deux exceptionnellement proches, et cette expérience a bouleversé le monde d'Hoppmann. Elle savait que cela allait arriver, dit-elle - sa mère était atteinte d'un cancer incurable - mais elle refusait de reconnaître les signaux depuis si longtemps que lorsque le moment est enfin venu, cela ne semblait pas réel. "Je pense que, surtout à l'adolescence, la mort semble très éloignée", dit-elle, "et avec le recul, tout est encore un peu flou". Hoppmann avait 6 ans lorsque sa mère est tombée malade pour la première fois et cela a changé non seulement l'état d'esprit de sa mère, mais aussi celui de toute la famille. "Parce que la mort était proche", dit-elle, "nous avons vraiment apprécié chaque moment que nous avions ensemble".
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Dans sa dernière série de photos, Mothers and Daughters, Hoppmann s'attelle à la tâche émotionnelle que représente cette perte et rencontre d'autres jeunes femmes qui ont vécu la même chose. Elle photographie les femmes dans leur espace personnel, puis accompagne leurs portraits de vieilles photos de famille et de mots ou lettres écrits par chaque fille après le décès de leur mère. Elle fait partie de ces portraits, plaçant sa propre photo et ses archives familiales parmi les autres. Hoppmann souhaitait depuis longtemps réaliser un projet sur sa mère, mais elle se sentait trop vulnérable au départ. Ce n'est que lorsqu'elle a commencé à désirer établir des liens avec des personnes qui avaient vécu la même expérience qu'elle que lui est venue l'inspiration de commencer. Dans les premières photos qu'elle a prises d'elle-même, elle portait les vieux vêtements de sa mère ; c'était une façon de faire un portrait d'elles ensemble, l'amour et la perte étant intimement liés dans chaque image.
Mothers and Daughters, © Marina Hoppmann, 2021
Zsuzsanna
Mothers and Daughters, © Marina Hoppmann, 2021
Zsuzsanna et sa mère Zsuzsa.
Mothers and Daughters, © Marina Hoppmann, 2021
La lettre de Zsu.
La première femme que Hoppmann a photographiée pour le projet était une inconnue nommée Zsuzsanna, dont le message sur les réseaux sociaux concernant la perte de sa mère est apparu dans son fil d'actualité. Suspectant que la situation de Zsuzsanna était similaire à la sienne, elle lui a écrit un e-mail. "Elle a répondu positivement et dès que nous nous sommes rencontrées, nous nous sommes plongées dans le sujet et avons eu une conversation vraiment honnête", explique Hoppmann. "Je pensais que je ne serais pas trop émue parce que nous ne nous connaissions pas, mais l'entendre parler de sa propre expérience m'a profondément touchée". Zsuzsanna est arrivée vêtue du chemisier et du jean de sa mère et s'est assise pour poser sur une toile de fond blanche, regardant l'appareil photo par-dessus son épaule. Les deux femmes ont discuté pendant que Hoppmann travaillait et, bien que Zsuzsanna ait perdu sa mère beaucoup plus jeune que Hoppmann - avant son adolescence - elles avaient beaucoup en commun et partageaient toutes sortes de sentiments similaires.
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Mothers and Daughters, © Marina Hoppmann, 2021
Luise
Mothers and Daughters, © Marina Hoppmann, 2021
Elenor, la mère de Luise.
Ensuite, Hoppmann s'est adressée à d'autres inconnues, ainsi qu'à certaines de ses amies. Il y a Carmela, par exemple, dont le portrait la montre regardant l'appareil avec une douce tristesse, et Maya, photographiée à un âge similaire à celui de la photo de sa mère, les deux se ressemblant de façon frappante. Toute l'émotion est là, devant nous, sur leurs visages et dans la façon dont Hoppmann a pris leurs photos avec sensibilité et amour. Il n'a pas toujours été facile de faire face à un tel chagrin, dit-elle, mais elle s'est sentie moins seule lorsqu'elle était avec ces femmes et s'ouvrir a été une expérience infiniment plus thérapeutique que d'essayer de chasser ces émotions de son esprit.
Mothers and Daughters, © Marina Hoppmann, 2021
Carmela
Mothers and Daughters, © Marina Hoppmann, 2021
Carmela et sa mère Gabi.
Le deuil est toujours un sujet si difficile à aborder de manière ouverte et honnête, et il semble que nous soyons toujours aussi gêné·e·s de savoir comment soutenir au mieux une personne en deuil. Bien qu'elle ne puisse parler que d'elle-même, Hoppmann affirme qu'elle apprécie toujours que quelqu'un lui pose directement des questions sur sa mère. "Je pense que beaucoup de gens ont peur d'aborder le sujet du deuil parce qu'ils ne veulent pas remuer quelque chose et oui, ça peut être vraiment dur, mais tant que c'est dans une situation sûre et intime, je pense que le deuil ne peut que s'améliorer quand on en parle".
Mothers and Daughters, © Marina Hoppmann, 2021
Maja
Mothers and Daughters, © Marina Hoppmann, 2021
Ewa, la mère de Maja.
Pour Hoppmann, le deuil a été un bouleversement dans sa vie - un spectre toujours présent qui change de forme au fil des années. Au début, dit-elle, elle avait l'impression de vivre une vie parallèle quelque part en dehors d'elle-même, et elle n'arrivait pas à se faire à l'idée de ce que serait un avenir sans sa mère. "J'ai eu du mal à accepter que quelque chose comme ça m'était arrivée", dit-elle, "et c'est encore le cas. Avec le temps, je me suis habituée à une certaine forme de tristesse - une tristesse qui m'accompagne toujours et qui ne guérira jamais. Elle me manque dans ma vie quotidienne et il y aura toujours des moments ou des périodes où je souhaiterais l'avoir à mes côtés".
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Mothers and Daughters, © Marina Hoppmann, 2021
Malaika et sa mère Maria João.
L'un des aspects essentiels de ce type particulier de perte - lorsqu'une fille perd sa mère - est de ne jamais avoir la chance d'établir une amitié féminine adulte avec sa mère. "C'est ce qui me manque le plus", confie Hoppmann. "Notre relation physique s'est terminée quand j'avais 17 ans, alors nos conversations se sont juste arrêtées à un certain niveau. Il y a tellement de choses que je veux demander à ma mère. Elle ne connaît que la moi de 17 ans, elle ne rencontrera jamais mon copain, elle ne connaît pas ma profession… tout cela est vraiment douloureux. J'aimerais pouvoir lui demander ce qu'elle a ressenti quand elle avait mon âge et je peux imaginer qu'en devenant moi-même mère, j'entrerai dans une toute nouvelle phase de deuil, moi aussi. Je suppose que nous nous ressemblons beaucoup, alors cet échange me manque vraiment à de nombreux niveaux".
Mothers and Daughters, © Marina Hoppmann, 2021
Marina et sa mère Ria.
Mothers and Daughters est, en fin de compte, une exploration honnête et sans prétention de la perte. Et bien qu'il s'agisse d'un projet portant sur tant de vies et de souvenirs, l'image de la mère de Hoppmann reste au centre, radieuse et rayonnante, nous rappelant pourquoi toutes ces femmes sont réunies ici. Sur la photo du passé d'Hoppmann et de sa mère, elles sont assises l'une contre l'autre dans un hamac, regardant directement l'objectif. La mère de Hoppmann se penche sur sa fille et un petit sourire se dessine sur ses lèvres. Elles partagent les mêmes yeux foncés. "J'ai encore rêvé de maman. Tout était si clair et elle était si belle", écrit Hoppmann dans la lettre qui accompagne cette photo. "Je nous imagine assises dans ce hamac aujourd'hui, buvant du vin, dansant ensemble et nous interrogeant sur la vie". Dans son autoportrait à l'âge adulte, on découvre Hoppmann allongée sur un lit blanc, portant le haut et les bijoux de sa mère, le câble d'un déclencheur remontant vers sa main. Elle est seule cette fois, mais son regard a la même intensité que lorsqu'elle était enfant. Et elle a toujours les yeux de sa maman.
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Mothers and Daughters, © Marina Hoppmann, 2021
La lettre de Marina.
En se remémorant sa mère, Hoppmann la décrit comme aimante, attentive et forte, et comme une personne toujours positive, même lorsqu'elle était malade. "C'était aussi une femme très directe et extrêmement loyale, et quand quelque chose ne lui convenait pas, elle le disait tout haut", se souvient-elle chaleureusement. Maintenant qu'elle a grandi, dit-elle, c'est une chose à laquelle elle aspire également, en tant que femme et dans son travail.
Mothers and Daughters, © Marina Hoppmann, 2021
Marina

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