Pourquoi mes fausses tâches de rousseur m’ont aidé à m’accepter

Pour certains, un rouge à lèvres est un rouge à lèvres. Pour d'autres, c'est une source de confiance en soi, de créativité et d'expression. Voici le récit de Merlot, artiste et mannequin non-binaire de 24 ans, fasciné·e par le maquillage. Le texte a été édité par soucis de clarté.

J'ai souffert d'acné pendant des années. Ça tombait plutôt mal, pour quelqu'un qui vivait dans une petite ville et était suffisamment stigmatisé pour son identité queer. On m'a prescrit du Roaccutane (l'un des traitements les plus efficaces contre l'acné, mais non sans effets secondaires), ce qui voulait dire aussi que je ne pouvais pas m'exposer au soleil. J'avais l'habitude de me protéger avec un petit parapluie noir qui me valait des ricanements.

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Il a fallu des années avant que je considère le maquillage. Je n'avais déjà pas beaucoup d'amis au lycée, donc je tenais à éviter de faire des vagues. C'est seulement en arrivant à la fac que j'ai eu et l'envie et le courage d'essayer. J'avais soudainement l'impression que je pouvais jouer avec mon image comme je le voulais.

PHOTOGRAPHED BY AMANDA PICOTTE.
L'école des femmes
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Une fois à la fac, j'ai demandé à ma colloc de chambre de m'apprendre à me maquiller. On a commencé avec les fards à paupières et les poudres de teint. Au début je me disais « oh juste un peu de blush sur les joues et puis c'est tout », mais au bout d'un moment, j'ai eu de plus en plus envie d'expérimenter avec mon style. J'ai ensuite découvert le maquillage drag queen et tout son potentiel. Bon, il m'aura quand même fallu du temps pour comprendre les principes du maquillage.

Je me souviens que j'étais frustré·e de ne pas y arriver tout de suite. Je me souviens de cette fois où une amie m'a un highlighter de la marque Nars. Au lieu de l'appliquer sur quelques zones stratégiques, j'en avais mis de partout. Sous la lumière, j'avais l'air complètement dingue. Mon visage tout entier réfléchissait la lumière.

A force de regarder des tutoriels, j'ai fini par m'améliorer. Je trouvais ça vraiment thérapeutique et cathartique. C'était mon ASMR à moi. Je ne savais pas que le maquillage pouvait transformer autant un visage. Ça va faire maintenant 4 ans que je me maquille quotidiennement, et je suis toujours autant fascinée par l'idée de pouvoir changer mon image aussi souvent que je le souhaite.

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PHOTOGRAPHED BY AMANDA PICOTTE.
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J'ai aussi travaillé dans un magasin de cosmétiques où j'ai beaucoup appris. Avoir une jolie peau était devenue une forme de contrôle. Je pouvais compter sur ma peau pour passer une bonne journée. Si ma peau était bien, j'étais bien. En tous cas c'est ce que je me disais.

Pourquoi j'aime les tâches de rousseur

Une fois, à la fac, je me suis surpris à me regarder sans maquillage, et me demander ce que je pourrais faire pour réhausser mes traits. Je n'avais pas beaucoup de moyens pour acheter du maquillage, encore moins pour de la chirurgie esthétique.

A cette époque, j'étais très inspirée par Erykah Badu et Zoë Kravitz, qui ont toutes les deux des tâches de rousseur. C'était ce look là que je recherchais. J'ai donc essayé de me dessiner des tâches de rousseur, et c'est resté. Ça va faire des années maintenant que je « porte » les tâches de rousseur. Beaucoup de gens ignorent qu'elles sont fausses, mais je ne mens jamais. Je ne sais pas si c'est lié au fait que je suis métisse et queer, mais beaucoup de gens me demandent s'ils peuvent toucher mon visage. Je réponds toujours « non, je n'aime pas qu'on touche mon visage. »

PHOTOGRAPHED BY AMANDA PICOTTE.
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Au début, je dessinais mes tâches de rousseur avec un eyeliner, mais le résultat était tellement opaque que ça n'était pas naturel. A force de chercher, j'ai fini par trouver le crayon parfait pour moi. Un crayon pour les sourcils qui me convient très bien. Ça me prend environ 10 minutes tous les matins pour dessiner mes tâches de rousseur. J'ai tellement l'habitude maintenant. Au début, c'était juste une manière d'apporter de la dimension à mon visage, et accentuer mes traits. Aujourd'hui, je me rends compte que c'était plus que ça. C'était une manière de décider de mon image, et valoriser mon physique selon mes propres critères. Mes tâches de rousseur sont la cerise sur le gâteau.

Ce n'est qu'en explorant qu'on en apprend plus sur soi-même. A force de regarder mon reflet devant le miroir et d'essayer des choses, j'ai fini par comprendre ce que j'aimais chez moi et ce que je voulais refléter. Et je pense que le maquillage a joué un rôle important dans ça. Pouvoir se regarder dans le miroir et dire qu'on aime ce qu'on voit, ça n'a pas de prix.

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