Laura Mercier : le burn-out à l’origine de la marque

Durant son enfance en Provence, Laura Mercier était loin de s’imaginer qu’elle ferait carrière dans le monde de la beauté — sans parler de développer un empire valant des millions d’euros. Mais pour arrondir ses fins de mois, elle a décidé de troquer ses pinceaux de peinture pour des pinceaux à blush et s’est expatriée aux Etats-Unis sans jamais se retourner. Plus de vingt ans après le lancement de son premier produit, la base de teint Laura Mercier, la make-up artist se confie sur le prix qu’elle a dû payer pour en arriver là où elle en est aujourd'hui. L'interview qui va suivre a été menée par Thatiana Diaz et a été éditée dans un soucis de longueur et de clarté.
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J’ai toujours été passionnée par l’art sous toutes ses formes ; surtout le dessin et la peinture. J’ai donc décidé de m’installer à Paris pour intégrer une école d’art. Mais après trois ans, je ne savais plus quelle direction prendre, car l’insécurité financière d’une carrière dans le monde des arts me faisait peur. C’est alors que j’ai décidé d’intégrer l’institut de beauté Carita, car j’adorais tout ce qui touchait à la beauté et au soin de la peau. En plus, quand on sait dessiner et peindre, on ne s’en sort normalement pas trop mal avec le maquillage.
C’est à cette même école que j’ai rencontré le make-up artist Thibault Vabre. Il comptait parmi ses clients des membres de la royauté et des célébrités et était enseignant à l'institut. Lorsque j’ai obtenu mon diplôme à tout juste 20 ans, Vabre m’a prise sous son aile. J’ai commencé à travailler sur les édito de Elle et j’ai été son assistante pendant un an et demi. C’est moi qui devais préparer et nettoyer son matériel. Les tâches n’étaient pas des plus gratifiantes, mais c’était une occasion en or de gagner de l’expérience. Après deux ans, j’ai réalisé que je pouvais voler de mes propres ailes.
Photo: Paul Hawthorne/Getty Images.
Laura Mercier working at one of her cosmetic counters in 2004.

L’art imite la nature

Pour moi, le maquillage représentait le meilleur des deux mondes. Après tout, il s’agit bien de peinture, de couleurs, de lignes graphiques, de technique — c’est un condensé de tout ce que j’aime, mais sur une toile vivante. Mais ce travail a pris le pas sur ma vie. Je devais être disponible à toute heure du jour et de la nuit pour gagner ma vie. On sacrifie sa vie privée, mais tout va tellement vite qu’on a pas le temps de se poser de questions.
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Photo: Chris Ford/Patrick McMullan/Getty Images.
Sarah Jessica Parker was one of Laura Mercier's first clients.
Tout s’est accéléré lorsque j’ai commencé à travailler avec les photographes Steven Meisel et Patrick Demarchelier, qui travaillaient tous deux 24/24 auprès de célébrités et de top-models. Avec chaque séance, j’apprenais toujours un peu plus. On apprend à maquiller sous différentes lumières, avec différents thèmes et différentes personnalités. Les photographes font de vous un membre de leur équipe et ensuite on devient très demandé et on finit par jongler entre pub et édito — tout en payant ses factures quand c’est possible. Cette vie trépidante m’a beaucoup plus, et je ne regrette rien.
J’ai commencé à me concentrer sur le maquillage de la peau durant les shooting photo. C’était les années 80, et on avait tendance à prendre les filles en photo sur la plage à cette époque. Comme c’était en extérieur, il fallait adapter le maquillage pour ne pas qu’il ait l’air trop chargé. La mise en beauté de la peau est vite devenu mon point fort. C'est un élément clé du maquillage. Il ne faut jamais couvrir la peau au point qu’elle perde son aspect naturel.
J’ai rapidement commencé à travailler avec des célébrités qui avaient remarqué mon travail pour des magazines. Parmi mes premières clientes, on compte Sarah Jessica Parker, Julia Roberts, Mariah Carey, Céline Dion et Madonna. On travaille avec ces célébrités un bout de temps, mais ensuite, il faut passer à autre chose. Je passais sans cesse d’un client à l’autre — sauf pour Madonna. Avec elle, j’ai travaillé huit ans sans interruption, que ce soit pour ses clips ou autres projets presse. Au bout d’un certain temps, il n'y avait plus assez d’heures dans la semaine pour répondre à la demande qui affluait de toutes parts.
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Une marque est née

Avant le lancement de la marque Laura Mercier en 1996, cela faisait déjà trois ou quatre ans que l’idée me trottait dans la tête. Aujourd’hui, il est tout à fait possible de se créer son site internet, de lancer sa ligne et voir comment ça se passe. Mais à l’époque, ça ne fonctionnait pas comme ça, il fallait avoir un partenaire commercial. Je n’avais pas les moyens d’investir dans un projet de cette ampleur, et c’était juste après le lancement des marques de Bobbi Brown et François Nars, alors la pression se faisait sentir.
J’ai choisi une partenaire, mais j’ai posé mes conditions : je voulais continuer à travailler — dans une certaine mesure — et participer à la création des produits avec le chimiste. J’ai été très claire à ce sujet, j'ai dit “Si vous n’êtes pas d’accord, je ne travaillerai pas avec vous. Je n’ai aucune intention de laisser derrière moi une carrière qui bat son plein pour quelque chose qui ne correspond pas à ce que j’ai envie de faire.” Elle a été d’accord, ce qui était une chance, car il est rare de trouver un investisseur qui accepte de travailler avec vous avant même de commencer. En général, on commence à vous approcher lorsque vous faites déjà le buzz. Je suis heureuse que ma partenaire m’ait laissé ma chance.

Des difficultés toujours plus importantes

J’ai combiné mes activités de make-up artist à mon travail sur la marque pendant trois ou quatre ans, ce qui m’a rendu complètement folle. Entre le labo et les visites de boutiques, je devais encore trouver le temps de travailler sur les plateaux. Une fois, j’ai dû travailler 27 heures sur un clip de Mariah Carey, et j’ai craqué. Il fallait faire un choix : il fallait que j'abandonne quelque chose ou j'allais y rester. J’ai alors décidé d’abandonner mon activité en freelance et de me concentrer entièrement sur la marque.
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Le succès ne sait pas trop fait attendre — peut être même que c’est arrivé trop vite. On essayait de rassembler les fonds rapidement pour pouvoir répondre à la demande. Développer une affaire, c'était très différent dans les années 90 et 2000. Il fallait que je me rende dans des boutiques aux quatre coins du monde pour rencontrer mes clients, me présenter, et former les maquilleuses sur place. Ce n’est pas tant que je voulais être sous les projecteurs, mais je devais le faire. À l’époque, on ne pouvait pas encore compter sur les réseaux sociaux.

« Une fois, j’ai dû travailler 27 heures sur un clip de Mariah Carey, et j’ai craqué. Il fallait faire un choix : il fallait que j'abandonne quelque chose ou j'allais y rester. »

Laura Mercier
Et voilà où nous en sommes deux décennies plus tard. Je m’estime chanceuse que notre marque soit encore d’actualité, mais cela ne me surprend qu’à moitié si l’on considère qu’on a basé la marque sur une philosophie intemporelle. Je savais que notre succès était lié à notre message : « Aimez-vous comme vous êtes et faites de votre mieux avec ce que vous avez. » Ces notions sont imprégnées dans la philosophie de Laura Mercier, et le resteront jusqu’à ma mort.
Je n’ai jamais vraiment eu cette mentalité de dire, c’est ma ligne. Je ne suis pas toute seule : Laura Mercier, c’est une entreprise, une équipe : c’est un effort commun. La plus grande leçon que je retiens de ma carrière, c’est quelque chose que j’ai toujours su : rien n’est permanent et tout peut s’écrouler en un instant. Le succès peut disparaître. Ne prenez pas la grosse tête et ne pensez jamais que vous êtes au-dessus des autres. Ce qui est important, ce n’est pas d’être au top — ce qui compte, c’est de faire de son mieux avec ses compétences.
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