Comment les réseaux sociaux m’ont aidée à prendre conscience de ma vraie beauté

Ce témoignage a été confié à Aimee Simeon et a été édité dans un souci de concision et de clarté.
Mon rapport à la beauté a presque toujours été compliqué, et si ça a changé aujourd'hui, c'est en partie grâce aux réseaux sociaux. J'ai grandi en Haïti et je suis arrivée aux États-Unis à l'âge de dix-neuf ans. Durant mon enfance et mon adolescence, je n'ai pas vraiment pu compter sur mon entourage pour me donner confiance en moi ou m'encourager à me sentir belle.
Photographed by Jessica Cohen
Enfant, j'étais la plus grosse de toutes mes amies, et ce n'était pas quelque chose qui était célébré. Ma famille m'a inscrite à la gym à l'âge de huit ans, et ma vision de l'image corporelle a été grandement déformée dès mon plus jeune âge. J'ai appris très tôt que les gens qui me ressemblaient n'étaient pas appréciées. Ce sentiment a encore progressé lorsque j'ai commencé à avoir de l'acné à l'adolescence. Au début, je ne faisais pas trop attention à mes éruptions, mais quand j'ai réalisé qu'elles ne disparaissaient pas, c'est devenu une véritable obsession. Mes sentiments à l'égard de ma peau n'ont fait qu'empirer parce que mes proches n'avaient de cesse de me faire des commentaires à ce sujet. J'entendais souvent des choses du type : "Oula, tu as tellement de boutons, comment ça se fait ?" Jamais : "Qu'est-ce que tu es belle aujourd'hui" ou même un petit "J'adore ta tenue".
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Ce dégoût que je ressentais à mon égard a pris de l'ampleur dans ma tête quand j'ai commencé à avoir des cicatrices d'acné. En Haïti, je n'avais pas vraiment accès au maquillage, je disposais simplement des poudres et des rouges à lèvres de ma tante, que j'utilisais pour cacher ce que je pouvais de mes boutons et de mes taches brunes. Je ne savais pas comment m'occuper correctement de ma peau acnéique, si bien que j'ai développé encore plus d'acné. Lorsque j'ai emménagé aux États-Unis et que je suis entrée à l'université, j'étais désespérée. J'ai passé tellement de temps à trouver des façons de soigner et de couvrir ma peau. C'est alors que j'ai réellement découvert le pouvoir du maquillage. J'ai commencé à appliquer mon fond de teint le plus couvrant et je me suis immédiatement sentie plus sûre de mon apparence.
Mais si ce réconfort temporaire m'a permis d'échapper à ma réalité grâce au maquillage, j'ai rencontré des difficultés dans d'autres domaines. J'ai sombré dans une profonde dépression pendant mes études en pharmacie, car ce qui primait dans ma famille, c'était la sécurité de l'emploi. Ma famille m'a poussé à poursuivre une carrière dans le domaine médical, mais moi, ce que je voulais, c'était être architecte. J'essayais de rendre les autres heureux, mais c'était à mes dépens. J'avais l'impression de perdre le contrôle de moi-même, le contrôle sur ma vie. Le maquillage était pour moi une béquille, mais maintenant, c'est devenu ma façon de m'exprimer.
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Pendant cette période, j'ai commencé à chercher des outils pour me donner les moyens d'agir dans d'autres domaines de ma vie. C'est alors que j'ai découvert les vidéos YouTube. J'ai commencé à prendre soin de ma peau et à m'occuper sérieusement de mon acné et de mes problèmes d'hyperpigmentation. Je ne sortais jamais de chez moi sans maquillage, même pour aller à la plage. J'allais jusqu'à m'interdire d'être intime avec quelqu'un à cause de mes problèmes d'hyperpigmentation. Quand je sortais, vérifier si mes taches étaient visibles était devenu pour moi une obsession, et j'avais toujours du correcteur sur moi. J'avais l'impression que lorsque les gens me voyaient, ils ne voyaient que mes imperfections. Aujourd'hui, je me sens plus forte dans ma peau, même si elle n'est pas parfaite. 
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Si je pouvais parler à la jeune moi, je lui dirais de prendre une bonne inspiration et de se détendre. Avoir de l'acné ou des cicatrices ne fait pas de vous une mauvaise personne ou une personne moins méritante, et je m'autorise enfin à le croire. J'étais convaincue que ma peau était hideuse sans fond de teint, et j'espère que toute personne qui ressent ceci trouvera des ressources et des témoignages d'encouragement qui lui prouveront que c'est faux.
Le pouvoir positif des réseaux sociaux
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À vrai dire, c'est sur Internet que j'ai trouvé cet environnement positif. Les réseaux sociaux sont parfois effrayants et toxiques, mais j'ai eu la chance de trouver une communauté de personnes qui m'ont aidée à m'épanouir. Ça a commencé sur Tumblr, et j'ai maintenant formé ma communauté sur Instagram, des personnes qui ne me connaissent pas personnellement, mais qui ne me jugent pas pour mes imperfections. Je me suis sentie plus confiante dans ma vie en ligne et plus libre de partager mon histoire.
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Les réseaux sociaux m'ont ouvert de nombreuses voies d'expression, ce qui m'a permis de participer au défilé de mode Savage x Fenty l'année dernière. C'était énorme, et il n'aura pas fallu longtemps avant que mes peurs commencent à se manifester. Je craignais tellement que les gens me voient sans maquillage et me disent de rentrer chez moi - mais ça ne s'est jamais produit. Cette expérience m'a appris que je pouvais faire n'importe quoi et que mon plus grand obstacle, c'était moi. Ça ne veut pas dire que je suis immunisée contre les trolls ou les commentaires négatifs des gens, mais je pense à toutes les personnes qui vivent des situations similaires à la mienne et qui n'ont pas la chance de se voir représentées dans les médias, et ça me pousse à dépasser cette haine.
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Je comprends aujourd'hui que la quête de l'amour de soi est, pour beaucoup d'entre nous, l'affaire de toute une vie. Je continue à connaître des hauts et des bas. Certains jours, je suis vraiment fière des progrès de ma peau, et d'autres jours, c'est une catastrophe. Je me suis cassé une dent en 2016 et j'ai eu du mal à accepter mon nouveau sourire. Une fois, j'ai retrouvé une amie et la première chose qui est sortie de ma bouche lorsque nous nous sommes rencontrées a été : "Je suis désolée, j'ai une dent cassée, mais je vais la faire réparer". Je m'excusais pour le simple fait d'exister, et autant vous dire que ça n'avait que peu d'importance pour mon amie. J'ai alors appris qu'on commence à vivre les choses différemment lorsqu'on accepte et qu'on assume certaines facettes de son identité. Essayer de changer ou de cacher qui vous êtes, c'est épuisant.
Ma beauté, mes règles
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Les femmes noires sont policées depuis bien trop longtemps, et c'est pourquoi je tiens à vivre de façon authentique et à encourager les autres à en faire autant. La société fixe tellement de diktats et d'attentes en ce qui concerne l'apparence des femmes noires. On nous dit constamment ce que l'on doit être et qui on doit être, et c'est tellement stimulant de voir tant de femmes noires reprendre le pouvoir. Il est important pour nous de trouver et de définir notre beauté selon nos propres termes - nous ne devons d'explication à personne. Les femmes noires n'ont pas à s'excuser d'être elles-mêmes. On nous a toujours dit que nous n'avons pas le droit d'être ou de nous sentir belles, et ce sont des mensonges que nous devons cesser de croire.
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C'est pourquoi je me considère comme une afro-femme futuriste. J'aime être une femme noire, et j'aime expérimenter et penser au-delà du besoin d'appartenance. Cette perspective a fortement influencé mon approche du maquillage. Il y a eu des moments dans ma vie où les gens ont pu juger mes choix de maquillage ou de coiffure "clownesques" - aujourd'hui, sortir des sentiers battus de la beauté, c'est encouragé. J'adore l'eye-liner noir, mais il fut un temps où j'avais peur de trop mettre l'accent sur mes yeux. Maintenant, je suis entrée dans un mode où c'est moi qui fixe les règles. Un jour, je pourrais vouloir porter une lèvre noire avec des yeux verts wasabi ; d'autres jours, je me sens à l'aise dans ma peau nue. C'est juste une manière de montrer qu'il faut faire ce qui nous rend heureux.
La confiance en soi est illusoire
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Certaines personnes peuvent me voir comme une personne très sûre d'elle, mais je crois que la confiance est un mythe. Pour moi, la confiance est une chose à laquelle on aspire et pas nécessairement une réalité. Pourtant, je suis maintenant à l'aise avec la personne que je suis. Ça va plus loin que la perception physique, mais dans l'ensemble, je suis juste bien dans ma peau. Je me réjouis des bons jours et j'essaye de tirer des leçons des mauvais. Le chemin a été long et pénible, et j'ai dû désapprendre de nombreux idéaux malsains, mais je suis reconnaissante de m'être ouverte à la possibilité de m'aimer. Trouver une communauté en ligne m'a certainement aidée à y parvenir. 
Quand on a la possibilité d'être à l'aise avec soi-même et que l'on respecte les niveaux de confort des autres, on se donne, à soi-même et aux autres, la possibilité de se sentir plus libre. Même si vous n'êtes pas fan de mon style ou si vous préférez un style plus discret, c'est votre choix, et vous seul·e devriez pouvoir en décider. Quand on commence à vivre sa vérité, quelle qu'elle soit, c'est franchement libérateur.
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