Couple : on a brisé le tabou de la chambre à part (& c'était génial)

Photographed by Meg O'Donnell
Partager son lit ? Un véritable cauchemar, si vous voulez mon avis : les coups de pied nocturnes, les ronflements, la transpiration, les mouvements, le contact… J’ai horreur de ça !
Je suis tout à fait consciente qu’il y a des personnes qui pensent tout le contraire, et je ne vous cache pas que ça me dépasse. Il y a ceux qui se sentent bien allongés aux côtés d’un être cher, ceux qui passent leurs nuits dans les bras l’un de l’autre, ces colocs qui s’endorment l’un à côté de l’autre devant une bonne série, les amis qui optent pour le seul lit double disponible sur Airbnb pour leur week-end vacances sans que ça leur pose problème. Je n’arriverai jamais à comprendre ces personnes !
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Selon cette fascinante interview avec Robert Ekirch (qui a écrit un livre sur la question) pour le magazine The Atlantic, partager un lit était à l’origine une façon pour les classes populaires de faire des économies. Prenez une seconde pour y réfléchir, toute une famille toute entière devait partager un lit, non seulement pour générer de la chaleur, mais aussi parce qu’ils n’avaient pas les moyens de se payer d’autres meubles. A l’époque, partager un lit était aussi considéré comme une manière de développer des liens d’attachement, pas seulement en couple, mais aussi en amitié. « On ne s’endormait pas rapidement, mais on partageait librement une conversation, » explique Ekirch. « Dans l’obscurité, les personnes partageant un lit attendaient avec impatience ce moment, où les étiquettes et la formalité étaient laissées au placard. »
On ne vous en veut pas de penser que les couples du 20e siècle avaient tendance à préférer les lits jumeaux, car c’est tout ce que l’on pouvait voir dans les films et à la télé, comme dans la série américaine I Love Lucy par exemple. Le film des années 90, Pleasantville, satire sur les années 50, utilise même l’arrivée du lit double comme un marqueur de la chute de la moralité dans la ville.
En réalité, le lit simple était loin d’être la norme à l'époque. On doit cette idée fausse aux règles « morales » qui devaient être respectées à l’écran de 1930 à 1968 (qu'on appelle aussi le code Hays). Il était interdit aux réalisateurs de montrer des couples interraciaux à l’écran, des scènes d’un accouchement (même des ombres), des scènes avec les forces de l’ordre (on se demande pourquoi) et un homme et une femme dans un même lit, même s’ils étaient mariés. Si vous souhaitiez tourner une scène entre un mari et sa femme dans une chambre à coucher, il n’y avait qu’une solution : les lits jumeaux.
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Qu’importe la raison pour laquelle les couples sont censés partager un même lit, c’est la seule option considérée comme normale. Toujours dans cet article de the Atlantic, Lee Crespi, thérapeute conjugal, partage : « Cela s'explique par le fait que si on ne dort pas dans le même lit, cela laisse penser qu'on n'a pas de vie sexuelle, et nombreux sont ceux qui ont peur d’admettre qu’ils font chambre à part. »
Les Scandinaves ont trouvé une astuce pour contourner le problème. Si vous avez déjà séjourné dans un de ces pays, vous aurez sûrement remarqué qu’il y a toujours deux couettes sur le lit. Bien qu’il ne s’agisse pas d'une solution miracle, disposer de deux couvertures permet d'avoir une forme d'intimité durant la nuit, et contrairement à nous, pas besoin de se battre pour la couette au milieu de la nuit.
Si l’on en croit une étude hautement scientifique de Mattress Clarity, je ne suis pas la seule sceptique. Ils expliquent que plus de 30 % des Américains seraient en faveur d’un « divorce des chambres ». Parmi ces mêmes personnes, 41 % ne voudraient pas l’admettre à des amis ou de la famille. J’imagine que c’est précisément à cause de l’argument soulevé par Crespi précédemment.
Ainsi, bravant les conventions sociales, j’ai décidé de faire chambre à part avec mon copain, Ben. Nous sommes ensemble depuis neuf ans et cela fait deux ans et demi qu'on vit ensemble. Néanmoins, nous nous plaignons souvent (lui plus que moi) de nos habitudes de sommeil qui sont différentes. Il dit que je ronfle et que je bouge trop, et je n’aime pas qu’il se lève plus tard que moi. Durant toute une semaine, j’ai donc attendu d’être prête à me coucher avant de rejoindre mon lit simple dans la chambre d’amis.
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Notre divorce des chambres a été un véritable succès !
Cela m’a permis d’aller me coucher quand je le souhaitais, sans avoir à craindre qu’il me réveille en entrant dans la chambre. J’ai fait des nuits complètes, sans me réveiller une seule fois (!!!). J’ai pu faire mes séances de yoga en me levant, et vous savez quoi ? On s’est très bien entendu toute la semaine. Mieux que d'habitude. C’est comme si, puisqu'on ne passait pas ces six ou sept heures ensemble chaque nuit, on arrivait mieux à apprécier la présence de l'autre durant la journée. Peut-être que c’est parce qu’on s’est débarrassés d’une espèce de colère inconsciente qui avait un impact sur notre sommeil. C’est comme si nous étions de retour aux débuts de la relation, vous savez, quand on fait tout pour que l’autre se sente bien, plutôt que de hurler pour qu’on vous apporte un rouleau de papier toilette.
Une fois la semaine écoulée, je suis retournée au lit conjugal. Ce n'était pas horrible, mais mon lit simple me manquait tout de même. On s’est remis à se disputer plus souvent et Ben était de mauvaise humeur à cause de mes mouvements durant la nuit. Je dois dire que c'était bien moins agréable de passer le matin à le regarder dormir plutôt que de faire du yoga.
Alors voilà ce que nous allons faire : si on a envie de dormir ensemble, on le fait, mais sinon, j’irai dans la chambre d’amis, peu importe à quelle fréquence. Et vous savez quoi ? Ça me va bien comme ça, et si ça ne plait pas aux autres, tant pis.
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Voici ce qu'a pensé Ben de cette histoire...
« Je tiens à préciser que j'étais en faveur des lits séparés depuis bien avant ce « divorce ». Dormir avec Jess n'est pas de tout repos (elle ronfle, bouge constamment, et m’attaque à coups de pied) et j’ai le sommeil léger. Comme vous vous en doutez déjà, cette semaine a été le paradis. Je me réveillais naturellement plus heureux, plus tôt (je suis indépendant) et considérablement moins fatigué que d’habitude. En comparaison, les nuits depuis qu’elle a rejoint notre lit sont un enfer. Bon, je sais que j’exagère. Mais j’ai vraiment apprécié cette semaine, et je ne suis pas contre le fait qu’elle (ou que je) passe la nuit dans l’autre chambre de temps à autre.
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