J’ai photographié l’accouchement de ma meilleure amie (contenu explicite)

Anniversaires, mariages... les événements marquants de la vie sont souvent plus appréciés lorsqu’ils sont partagés avec nos proches. Pour l'accouchement en revanche, c’est une autre histoire. C'est ce qu'a découvert la photographe suédoise Lina Scheynius en abordant le sujet avec ses amies. « Ma sœur est sage-femme et elle me parle souvent de son travail, ce qui m'a rendue très curieuse sur la question », nous explique Scheynius au téléphone depuis son domicile londonien. « Il y a quelques temps, j'ai demandé à plusieurs de mes amies enceintes — et même à ma sœur — si je pouvais assister à leur accouchement, mais elles m'ont toutes donné la même réponse : non. J'ai donc tout simplement abandonné l'idée ».
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Mais fin 2017, la meilleure amie de Scheynius, Amanda, est tombée enceinte, et c'était l'occasion rêvée de pourvoir enfin photographier une naissance. « J'ai un peu hésité à lui demander », se souvient Scheynius. « Il m'a fallu deux mois pour oser le faire, mais quand j’ai enfin trouvé le courage, elle m’a tout de suite avoué qu'elle y avait aussi pensé ! » Le résultat : un nouveau livre photos de toute beauté, rempli d'images d'Amanda dans les jours précédant la naissance, ainsi que de l'arrivée de sa petite fille, Ruby, le 22 mai 2018.
Scheynius, qui est un ancien mannequin, a rencontré Amanda à Londres il y a de nombreuses années. « Nous étions mannequins dans la même agence », explique-t-elle. « Mon agent nous a présentées parce que nous étions toutes deux Suédoises, et nous nous sommes immédiatement entendues. » Mais ce n'est que des années plus tard, lorsqu'elles ont pris le Transsibérien ensemble en Chine, que les deux jeunes femmes se sont vraiment liées d'amitié. « Vous vous retrouvez enfermé dans cette petite boîte pendant sept jours, donc ça peut aller dans les deux sens », s’amuse la photographe. C'est alors que Scheynius, célèbre pour son approche très personnelle et intime de la création d'images, a commencé à photographier son amie. Depuis, Amanda fait fréquemment des apparitions dans son travail. 
Malgré cela, l'idée que Scheynius soit présente à l'un des événements les plus intimes de la vie d'Amanda était inédit pour les deux amies et elles ont passé beaucoup de temps à discuter des nuances du projet avant de se lancer. « Nous avons défini quelques lignes directrices », explique Scheynius. « Comme le fait de devoir montrer mon travail à Amanda avant de pouvoir le publier. Elle savait qu'elle voulait que je sois dans la pièce pour la naissance — elle fait partie de ces personnes qui aiment les albums de famille et documenter tout ce qu'elle fait — mais elle a établi qu'elle pouvait me demander de quitter la pièce à tout moment. Cela me semblait évident, mais il était important pour elle que nous le mettions à l’écrit ».
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Amanda a pris la décision d'accoucher en Suède et elle a passé le mois précédant la naissance à la campagne, chez ses parents. Scheynius s’est donc également installé sur place durant cette période, en préparation du grand événement. « J’ai fini par y passer trois semaines, car le bébé est arrivé avec un peu de retard », raconte la photographe en riant. Elle a rendu régulièrement visite à Amanda durant cette période, ce qui a donné lieu à certaines des images les plus idylliques du livre, qui met en évidence le talent de Scheynius pour la photographie de la nature et sa maîtrise fascinante de la lumière naturelle. On y voit Amanda évoluer librement à l'extérieur, sans être gênée par ses vêtements. Son corps de femme enceinte en pleine floraison, comme les arbres derrière elle. Son ventre tout rond dépasse agréablement de l'eau alors qu'elle flotte sur le dos, l'image même de la tranquillité. 
Ces images, prises à peine dix jours avant l'arrivée de Ruby, offrent un contraste marqué par rapport à de nombreuses autres photographies du livre. L'objectif de Scheynius, explique-t-elle, était de capturer tout le spectre des émotions et des humeurs qui accompagnent les dernières étapes de la grossesse — « Il y a tant d'amour, d'espoir et de joie », note-t-elle, « mais cette période est également synonyme d'anxiété et de douleur intense » — un exercice réussi pour la photographe. Les autres photos ont été prises dans les deux jours précédant l'accouchement et durant le travail lui-même. « J'étais retournée chez mes parents et je devais avoir mon téléphone constamment allumé parce que le bébé pouvait arriver à tout moment », se souvient Scheynius. « Un jour, vers deux heures du matin, j'ai reçu un message d'Amanda me disant qu'elle allait à l'hôpital. Ma sœur m'y a conduit au milieu de la nuit — je n'ai pas de permis de conduire — mais quand nous sommes arrivées, les médecins nous ont dit qu'Amanda devait rentrer chez elle ». 
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L’une des choses qui a le plus surpris Scheynius, c’est l’attente interminable qui vient avec l'accouchement. « J'ai vraiment découvert ce que signifiait l’anticipation : attendre que le corps s'ouvre, être prêt à pousser. C'est probablement à cause de ce qu’on peut généralement voir dans les films : une femme perd soudainement les eaux et tout à coup elle doit commencer à pousser ! La photographe réussi à capturer ce long processus dans toutes ses nuances — on peut voir Amanda prendre un bain, l'air étonnamment détendu sous les bulles ; on la voit remplir une bouillotte, et plus tard l'utiliser pour apaiser son dos. Dans un cliché, elle est assise patiemment à la table de la cuisine, baignée par la lumière d'une lampe ; dans un autre, on la voit allongée sur son canapé, le visage déformé par la douleur.
Les souvenirs de Scheynius concernant la naissance sont un peu flous. « J'ai eu l'impression que ça a duré une éternité et que tous mes sens étaient exacerbés », dit-elle. Elle explique qu’elle portait trois casquettes : photographe, chercheuse de café et traductrice. « Le mari d'Amanda est Britannique, alors j’ai souvent dû lui expliquer ce qui se passait. En fait, il y avait très peu de photos à prendre ! Les photos qu'elle a prises sont remarquablement intimes et viscérales : Amanda à genoux sur le lit d'hôpital ; la main de son mari qui lui serre la tête ; la tête du bébé qui émerge enfin ; des gazes ensanglantées et un placenta écarlate ; le moment émouvant où Amanda tient pour la première fois sa fille dans ses bras. « C’est mon image préférée : Amanda et Ruby se rencontrant pour la première fois. On voit quelques larmes couler sur les joues d'Amanda. Je n'ai pas pu m'empêcher de pleurer quand je l'ai vue. » 
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Après la naissance, Scheynius a pris le train pour rentrer chez elle, fatiguée des 48 heures sans sommeil qu’elle venait de passer. « J'étais tellement heureuse que je n'arrivais pas à dormir. Ma mère m'a dit : "Tu as la même poussée d'hormones qu'une mère après l'accouchement !" » Scheynius et Amanda sont toutes deux très heureuses d'avoir décidé de documenter ensemble cette expérience tant spéciale. « Je consulte toujours Amanda sur mes livres avant qu'ils ne soient imprimés parce que j'ai vraiment confiance en son œil, mais pour celui-ci, ça a été une véritable collaboration. Je suis vraiment heureuse du résultat parce qu'il est fidèle à ce que j'ai vécu et à ce dont j'ai été témoin, et Amanda veut offrir des exemplaires à tous ses proches, ce qui me fait penser qu'elle en est tout aussi satisfaite », conclut Scheynius le sourire aux lèvres.
11 de Lina Scheynius est maintenant disponible à la vente
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