On s’est marié sur Zoom depuis deux villes différentes

Illustrated by Naomi Blundell Meyer
Bienvenue dans la rubrique "Love Lockdown : l'amour en confinement", une nouvelle chronique hebdomadaire sur la façon dont les gens gèrent leurs relations amoureuses au temps du coronavirus. Cette semaine, Mehreen, d'Essex en Angleterre, raconte à Alice Snape comment elle a épousé son fiancé Charlie le week-end dernier sur Zoom.
"Le matin de mon mariage, je devais dans tous les cas être chez mes parents à Essex - même si je n'imaginais pas ça comme ça. Je me prépare dans la chambre de mon enfance, isolée avec mes parents. Je fais mon propre maquillage à partir de ma palette de fête, plutôt que le look nuptial que j'avais prévu avec ma maquilleuse. Charlie, mon fiancé, tout seul dans notre appartement à Londres - on se dit "oui" depuis un écran dans différentes villes.
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On a traversé beaucoup de choses pour être ensemble. Je suis musulmane et Charlie est d'origine britannique et non-croyant. On s'est rencontré en France au travail pendant une saison de ski, c'était un vrai gentleman. Lorsque on est rentré au Royaume-Uni, on s'est perdu de vue. J'ai beaucoup pensé à lui, mais je n'ai jamais cherché à le contacter. Ce fut donc une merveilleuse surprise quand il a envoyé un message venu de nulle part.
On savait tous les deux depuis le début que pour être ensemble, Charlie devait se convertir. Dans la période un peu flou des premiers rendez-vous, cela ressemblait à un concept abstrait dans un futur que nous n'atteindrions peut-être jamais. Je n'ai jamais voulu faire pression sur lui, ni le forcer. Puis, un jour de décembre dernier, un an après, il a dit qu'il le ferait. On s'est fiancé tout de suite. Même si ce n'était pas ce que mes parents imaginaient, ils savaient que je n'épouserais pas quelqu'un de mauvais.
L'organisation d'un mariage en quelques mois a été intense. Jusqu'à la pandémie, je gérais mon travail de productrice publicitaire freelance et revenais chez mes parents pour m'occuper de mon père, qui est très malade. Il a fait des allers-retours à l'hôpital pendant des mois et, même avant l'apparition du coronavirus, on avait peur qu'il ne puisse pas assister au mariage. Je m'occupais de lui quand le confinement a été déclaré. Je ne pouvais pas partir parce qu'il est trop vulnérable, et on ne pouvait pas risquer que Charlie vienne ici au cas où il apporterait le virus avec lui.
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C'est moi qui ai eu l'idée de déplacer le mariage sur Zoom. J'aurais été dévastée si on avait simplement annulé - on a vécu tellement de choses. La cérémonie a eu lieu à 13h30 le samedi 28 mars, comme elle l'aurait été si tout s'était déroulé comme prévu. Il était 19 heures au Sri Lanka, où vit ma sœur, et mes nièces ont passé toute la journée à lui demander : 'Quand est le mariage ?'
Toute la matinée, je me suis sentie aussi nerveuse que ce que j'avais toujours imaginé. J'ai tout mis en place dans le salon, j'ai décoré le fond, je me suis débarrassé de toute la saleté - même si je n'avais pas de décorations et que je ne pouvais pas vraiment faire les boutiques ! J'ai arrangé toute la technologie, mes parents se sont blottis autour de mon iPad, mon frère sur son ordinateur portable et moi sur le mien.
Même si je n'allais être qu'une image granuleuse sur un écran, je voulais donner à l'événement le respect qu'il mérite. Je ne pouvais pas porter le voile que j'avais fait faire sur-mesure, car il est lourd de perles et devait être fixé avec des extensions de cheveux. À la place, j'ai choisi une tenue tachetée de rouge, la couleur d'une mariée pakistanaise traditionnelle. Après avoir porté des joggings pendant des semaines, ça semblait très spécial. On avait dit aux invités qu'ils pouvaient porter ce qu'ils voulaient, alors ce fut une agréable surprise de tous les voir sur leur 31.
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Notre imam - qui est un peu comme un ministre religieux - est ouvert d'esprit et était d'accord avec notre nouvelle organisation. Il a donné le ton à notre nikah (cérémonie religieuse) avec un discours émouvant sur l'amour. Mes jeunes nièces sont restées immobiles comme des statues, essayant de faire preuve de sérieux. Je pouvais voir les visages de chaque personne à l'écran alors qu'on ne peut pas le faire dans un environnement physique. Et voir leurs réactions m'a apporté une intimité que je n'avais pas prévue. C'était tellement fort en émotion, avec tout le monde qui pleurait de joie et se lamentait. J'ai saisi chaque instant et j'ai réellement apprécié ce moment, plutôt que de pleurer sur ce que je ne pouvais pas faire.
Ma mère était debout depuis 4 heures du matin et préparait un festin de fête avec mes plats préférés : poulet et curry au poivre et des dahi baray (beignets de lentilles). Charlie et sa famille ont tous reçu des currys à emporter pour rester dans l'esprit de l'événement - même si tout le monde était déçu de manquer le banquet pakistanais que l'on avait prévu. Je me suis donc assise pour manger avec ma mère, mon père et mon frère. Charlie, seul à Londres, a eu un appel vidéo avec sa mère et son père qui mangeaient ensemble.
Ce soir-là, je me suis sentie triste. C'était tellement bouleversant. Je ne pouvais pas m'empêcher de penser à Charlie. On dormait dans des lits séparés pendant notre nuit de noces. Je voulais tellement être avec lui, le serrer dans mes bras. On est resté debout une grande partie de la nuit à parler au téléphone comme des adolescents, à nous dire combien on s'aimait et combien on se manquait.
En ce qui concerne la religion, on est maintenant marié, notre imam a traité toute la paperasse par voie électronique - même si on aura besoin d'une autre cérémonie pour que notre union soit reconnue par la loi britannique. Cependant, j'ai l'impression qu'un poids a été levé. Les deux couples de parents approuvent maintenant notre relation, qui était auparavant un secret. J'ai aussi fait l'expérience des liens uniques qui peuvent être réalisés en ligne. Et même si je n'ai pas encore vu mon nouveau mari, je sais que c'est temporaire. C'est juste quelques semaines dans la durée d'une vie commune".

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