Papillomavirus : ces mythes qui mettent en danger les personnes LGBTQ+

Photographie par Eylul Aslan.
De nombreuses idées reçues circulent autour du papillomavirus humain ou PVH, qui est dépisté lors d'un examen du col de l'utérus. Parmi les plus répandus, citons le fait que seules les femmes peuvent l'attraper, qu'il ne peut être contracté que lors de rapports sexuels entre un pénis et un vagin, qu'il est rare et qu'il est toujours synonyme de cancer, selon le Jo's Cervical Cancer Trust. 
Le papillomavirus est le nom d'un groupe de virus très commun. Pour la plupart, ces virus ne causent aucun problème sérieux, mais certaines formes peuvent provoquer des verrues génitales, ou même un cancer. "Malgré sa fréquence, le papillomavirus reste mal compris", explique Samantha Dixon, directrice générale du Jo's Cervical Cancer Trust. "De nombreuses femmes et personnes qui ont un col de l'utérus voient ce terme pour la première fois sur leur lettre de résultats et vont directement sur Google, pour y découvrir des histoires d'horreur." En plus des idées fausses, il y a la stigmatisation qui l'accompagne, dit Samantha. "On entend aussi, malheureusement, des personnes atteintes du PVH qui ont honte ou qui ont l'impression d'avoir fait quelque chose de "mal", mais ce n'est vraiment pas le cas."
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Comme le papillomavirus se transmet le plus souvent lors de rapports sexuels vaginaux ou anaux et qu'il peut entraîner un cancer du col de l'utérus, la majorité des messages concernant cette IST se concentrent sur les expériences des femmes cis et hétérosexuelles. Mais le fait est que le PVH peut être transmis par n'importe quel type de contact peau à peau et peut affecter n'importe qui, indépendamment du sexe ou du genre.
Ces idées reçues ont un effet boule de neige pour tout le monde, mais plus particulièrement pour les personnes LGBTQ+. Les lesbiennes et les femmes cis bisexuelles se font fréquemment dire qu'elles n'ont pas besoin d'un contrôle du col de l'utérus ; les fausses informations qui circulent sur le mode de transmission du papillomavirus sont nombreuses ; les hommes trans et les personnes non-binaires qui conservent un col de l'utérus ne sont souvent pas en mesure d'accéder aisément au dépistage ; et les personnes qui n'ont jamais eu de rapports sexuels avec pénétration peuvent éviter de se faire dépister simplement parce que la procédure est douloureuse pour elles.
En 2018, la LGBT Foundation a constaté que 40 % des femmes LGB s'étaient entendu dire qu'elles n'avaient pas besoin de faire un examen de dépistage du col de l'utérus en raison de leur orientation sexuelle. Un projet pilote de dépistage du col de l'utérus spécifiquement destiné aux patient·es trans et non-binaires au Royaume-Uni a été lancé en 2019 et s'est avéré incroyablement efficace, mais une petite étude publiée en 2021 a révélé que près de la moitié des personnes trans et non-binaires dont le col de l'utérus était éligible à un dépistage général ne s'y sont pas rendues du fait de leur identité de genre. 
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Beth, 27 ans, a reçu très peu d'informations qui s'appliquaient spécifiquement à sa situation, à savoir une personne en couple avec une personne de même sexe. Elle a été affolée d'apprendre qu'elle était positive au PVH.
"À l'époque, tout cela me stressait tellement que je n'ai jamais vraiment pensé à poser les questions", raconte-t-elle à R29. Cela a mis beaucoup de pression sur sa relation. "Essentiellement, je suis devenue très paranoïaque au sujet du sexe et j'y ai complètement renoncé pendant plusieurs mois. Entre-temps, j'ai envoyé ma partenaire faire un frottis (qui est revenu totalement normal) pour me rassurer".
Elle ajoute qu'elle "a trouvé peu de ressources en ligne pour l'élément LGBTQ+ du papillomavirus. J'ai vu beaucoup d'histoires concernant des couples hétérosexuels et la façon dont ils s'en sortaient, mais ce n'était pas très rassurant quand l'autre personne de mon couple dispose aussi d’un col de l'utérus".
Pour Anna, 26 ans, le dépistage s'est bien passé, mais même là, l'idée selon laquelle on n'attrape le papillomavirus que lors de rapports sexuels avec pénétration vaginale est restée. "J'essayais de négocier avec mon infirmière, explique-t-elle, en disant : "Si je n'ai jamais de rapports sexuels avec quelqu'un qui a un pénis, puis-je retarder mon prochain frottis ?". On m'a répondu : "Non, il vaut mieux prévenir que guérir".
Il est essentiel de veiller à ce que toute personne ayant un col de l'utérus ait un accès sûr et bienveillant au dépistage du cancer du col de l'utérus et que les idées reçues autour du PVH soient dissipées. Huit personnes sur dix auront le papillomavirus au cours de leur vie et neuf sur dix élimineront naturellement leur infection en deux ans, mais le dépistage de tous les types de papillomavirus est essentiel pour prévenir le développement du cancer du col de l'utérus. Dans la mesure où le virus est désormais recherché lors du dépistage du cancer du col de l'utérus, de plus en plus de personnes découvrent qu'elles sont porteuses du PVH sans comprendre pleinement ce que cela signifie.
"Si le papillomavirus est mal compris, dit Samantha, nous risquons de stigmatiser les personnes à un moment qui peut déjà être stressant et le coût mental de cette situation peut être énorme. Nous devons également continuer à parler du dépistage du cancer du col de l'utérus pour encourager les personnes à y participer. Si on associe la honte aux résultats, il y a un risque que cela ne se fasse pas."

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