Comment passer Noël quand on est fauché.e

Photo par Anna Jay
Je passe ma vie à faire des compromis : choisir entre des produits de beauté ou des légumes ; des collants qui tombent et qui ont des trous géants exposant tout mon derrière ou laisser mes jambes nues ; du chocolat pour moi ou des friandises pour le chat (le chat gagne toujours) ; des sachets de thé ou du lait. DES SACHETS DE THÉ OU DU LAIT. Oui, oui, ceci s'est réellement produit.
Mais je ne fais jamais au grand jamais de compromis sur l'achat d'un vrai sapin de Noël. "Bien sûr que non !" déclare mon ami au cours du déjeuner auquel il m'invite. J'avais décliné son invitation à déjeuner plus tôt dans la journée, comme je le fais toujours quand quelqu'un m'invite à la dernière minute. Quand votre budget est aussi serré que le mien, il n'y a pas de place pour la spontanéité. Et donc il a insisté pour payer.
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"Au cas où tu voudrais venir au repas de Noël mais que tu t'inquiètes pour l'argent, j'ai vérifié et tu peux commander le menu du bar le jour même au lieu d'avoir le menu imposé", m'envoie un autre ami.
J'ai toujours été la pauvre de la bande, non seulement pour Noël mais aussi toute l'année, depuis que la plupart de mes ami·es me connaissent. S'ils veulent me voir en dehors de mon appartement, cela signifie soit qu'ils m'offrent un déjeuner ou une boisson, soit qu'ils l'ont programmé si longtemps à l'avance que j'ai prévu un budget pour cela. Mais à Noël - peu importe combien de temps à l'avance mes ami·es m'invitent - je ne peux tout simplement pas me permettre de sortir en plus d'acheter des cadeaux pour les cinq personnes non négociables que j'ai inscrites sur ma liste.
Même lorsque les gens savent que votre budget est serré, peu comprennent ce que c'est que de vivre à Londres avec un budget de 15 à 30 £ (16,50 à 33 €) par semaine. Aussi sympathiques qu'ils puissent être, aussi indulgents, généreux et serviables qu'ils soient, je ne peux m'empêcher de me sentir coupable de refuser une autre invitation de Noël. C'est impoli. Dans des circonstances normales et hors Covid, je répondrais toujours à mon ami que je viendrai certainement au dîner de Noël dans ce cas, sachant très bien que cela signifiera boire l'eau du robinet et ne pas commander de nourriture. Tout le monde m'encouragera à manger et à boire du vin et à ne pas m'inquiéter, et je les aimerai pour cela, mais je n'accepterai pas. Je ne serai pas cette personne. Pas en décembre. Décembre est le seul mois où je veux rendre la pareille à la générosité que m'ont témoignée toute l'année celles et ceux que j'aime, et au soutien de mes ami·es, qui m'encouragent et croient en moi même lorsque je n'y crois plus. Sauf que je ne le peux jamais ; le mieux que je puisse espérer, c'est de me rendre aux événements qu'ils organisent.
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Je sais ce que certain·es d'entre vous peuvent penser : tu ne peux pas être si pauvre que ça si tu achètes un vrai sapin. Mais si. Je peux vraiment l'être. L'argent que je vais dépenser pour mon arbre pourrait servir à couvrir les cadeaux de ma nièce et de mon neveu, ou le repas de Noël avec des ami·es, ou une bouteille de Prosecco achetée dans un pub, ou encore à faire la différence entre manger de la soupe faite maison à partir des restes de légumes au frigo toute la semaine et trois repas différents par jour - mais cela ne peut pas TOUT couvrir.
Ne pas acheter de sapin pourrait résoudre un problème et me soulager un peu, mais en acheter un me donne tellement plus. J'ai l'impression de contribuer à la fête de Noël même si je dois refuser des invitations. Cela montre que je suis une adulte alors que, la plupart du temps, je me sens encore comme une jeune fille de 15 ans qui attend que quelqu'un vienne la chercher à l'école. L'espace sous les branches où devraient se trouver les cadeaux me rappelle la chance que j'ai d'avoir tant d'êtres chers à qui vouloir acheter des cadeaux, même si je ne peux pas vraiment me le permettre.
Quand j'avais des colocataires, on se partageait le coût du sapin, tout comme le combat pour le ramener à la maison, le redresser et l'habiller de guirlandes et de lumières. Les décorations qui couvraient l'arbre avaient été laissées par des anciens colocataires et le rituel d'achat de l'arbre était une belle excuse pour aligner nos vies chargées sur au moins une soirée par an.
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Lorsque j'ai emménagé dans mon studio, je ne pensais pas pouvoir m'offrir un arbre et j'imaginais que si j'en avais un, il serait probablement très petit - de la taille d'une plante dans un pot. Mais quand Noël est arrivé cette première année, je me suis retrouvée à acheter un sapin dont j'étais presque sûre qu'il était trop grand pour mon appartement. J'ai acheté des guirlandes lumineuses bon marché et j'ai ensuite fouillé dans mes tiroirs à la recherche de vieux bouts de ruban, que j'ai découpés et attachés aux branches en guise de décoration. Au fil des ans, j'ai acheté quelques babioles mais les rubans vont sur l'arbre chaque année ; un rappel que la pauvreté peut conduire à certaines de mes meilleures idées. Les rubans coûtent 2 £ (2,20 €) et ils sont magnifiques.
Avoir un budget restreint vous oblige à faire preuve d'imagination, qu'il s'agisse de créer une recette en utilisant des lentilles sèches et la moitié d'un oignon douteux car c'est tout ce qui vous reste, de faire des cadeaux maison sous forme de truffes avec du vieux chocolat et une plaquette de beurre, de créer vos propres décorations de Noël ou d'accrocher un vieux tiroir au mur en guise d'étagère improvisée.
Mais cela vous rend aussi imaginati·f·ve dans d'autres domaines. J'essaie de trouver des petits boulots supplémentaires en décembre pour couvrir le budget cadeaux ; il y a toujours des petits commerces ou des bars qui cherchent du personnel pour la fin d'année (bon, l'année 2020 ne nous aura pas vraiment aidé). Au final, d'une manière ou d'une autre, je trouve toujours l'argent nécessaire pour les cadeaux.
Je ne serai jamais le genre de personne à pouvoir acheter des cadeaux lors des soldes de janvier ; je ne pourrai même pas les acheter pendant le week-end du Black Friday. Mais je ferai des heures supplémentaires, je participerai à de nouveaux événements, j'occuperai des emplois temporaires, j'achèterai un cadeau avec chaque pièce d'argent supplémentaire qui arrivera, jusqu'à la dernière minute. Et je serai assise à la maison pendant mes jours de congé, dans le plus petit des appartements, avec l'odeur de mon vrai sapin et la chaleur des lumières de Noël qui me rappelleront pourquoi tout cela en vaut la peine.
En donnant ma carte bleue et en payant les 30 £ (33 €) pour le sapin, je ressens un frisson d'excitation à l'idée de sortir mes vieux bouts de ruban et de raviver l'ambiance de Noël à la maison. Et puis, cette année, j'ai trouvé des sapins en pot près de mon appartement avec livraison gratuite, ce qui m'a permis de ne pas avoir à rentrer chez moi avec le sapin en prenant deux bus comme les années précédentes. Les choses s'améliorent déjà.

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