Comment les personnes polyamoureuses vivent la pandémie

Avant la pandémie, Rachael, 32 ans, coach en relations sexuelles et amoureuses, avait l'habitude d'organiser tous les mois des "repas-partage" (où chacun ramène un plat à partager). "Tout le monde venait avec ses partenaires et ses amis", raconte Rachael, et elle compris - avec tous ses partenaires. Rachael pratique le polyamour depuis quatre ans maintenant, et a plusieurs partenaires, avec lesquels elle passe généralement du temps séparément, à l'exception de certains événements - comme les repas-partage. Rachel a également un "nesting partner" (partenaire de nidification) - une personne avec qui elle vit et sort - et une petite amie, qui vit ailleurs, mais qui est invitée aux repas-partage. "J'aime vraiment que tous mes partenaires se sentent à l'aise dans ce genre d'interaction", dit Rachel. "J'apprécie quand c'est quelque chose qu'ils apprécient aussi".
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Rachael préfère ce qu'elle appelle le polyamour de "table de cuisine" ou "kitchen table". Les relations qu'elle entretient avec ses partenaires ne sont pas isolées, mais en communauté, ce qui signifie que chaque connexion est aussi en conversation avec les autres. Essentiellement, cela signifie que tous les membres de sa polycule - un réseau vaguement lié de partenaires qui se fréquentent - peuvent se sentir à l'aise en s'asseyant à une table et en prenant un café ou en regardant un film ensemble, ou tout ce qui nécessite de se réunir au lieu de passer du temps en tête-à-tête.
Pour Rachael, ce mode de vie - comme tout le reste - a changé en mars 2020, lorsque la pandémie a éclaté. Il en va de même pour de nombreuses autres personnes qui pratiquent le polyamour, car d'innombrables personnes se sont retrouvées confinées chez elles avec la personne avec laquelle elles vivaient déjà, sans pouvoir voir leurs autres partenaires. "Tant de choses ont changé au cours de l'année dernière. Cela a rendu certaines relations beaucoup plus difficiles et il était dur d'ignorer les domaines où les choses ne fonctionnaient pas", explique Rachael à Refinery29.
Les nouvelles exigences en matière de mode de vie ont particulièrement touché les personnes polyamoureuses, qui ont parfois des relations ouvertes et fréquentent souvent plusieurs partenaires à la fois. Si le polyamour peut fonctionner de différentes manières, il s'agit, dans sa forme la plus simple, du fait d'avoir plusieurs partenaires sexuels et romantiques en même temps. Il s'agit d'une variante de la non-monogamie éthique, un mode de vie relationnel dans lequel l'un·e des partenaires ou les deux peuvent avoir une activité platonique, romantique et sexuelle avec d'autres personnes tout en maintenant des relations à part entière avec leurs partenaires. Selon celles et ceux qui la pratiquent, elle fonctionne, à condition que chacun·e y consente et communique. Certaines personnes qui pratiquent la polyamorie ont des nesting partners, c'est-à-dire des personnes avec lesquelles vous êtes en relation et qui vivent avec vous ; d'autres non. Certaines personnes pratiquent le polyamour en créant et en entretenant des triades, tandis que d'autres sont dans des polycules - un réseau de personnes polyamoureuses, toutes vaguement liées et en communauté via des relations non-monogames.
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Les relations polyamoureuses prennent de nombreuses formes, mais elles ne sont pas une méthode pour être malhonnête lors de dates, ni une solution aux problèmes rencontrés dans une relation monogame, explique Alex Jenny, qui se fait appeler The Drag Therapist et qui est polyamoureuse. "Le polyamour consiste intrinsèquement à comprendre quand la jalousie se manifeste, à ne pas contrôler nos partenaires et à s'efforcer de ne pas projeter nos insécurités sur eux, d'avoir une communication ouverte et des discussions sur les limites", explique-t-elle à Refinery29. "Je pense que certains des aspects sains de la polyamorie peuvent aussi absolument être des aspects sains de la monogamie. La polyamorie, bien sûr, peut offrir plus d'occasions de pratiquer ces aspects sains : respecter l'autonomie de vos partenaires, vouloir que vos partenaires se sentent épanouis dans leur vie ce qui inclut d'autres relations importantes, s'efforcer d'être curieux et compatissant. Il s'agit de la capacité à naviguer dans des dynamiques interpersonnelles complexes".
Avant la pandémie, Rachael, qui guide les personnes dans leurs relations depuis de nombreuses années, était dans une relation monogame avec son nesting partner pendant 10 ans avant de passer au polyamour. Lorsqu'elle a découvert le mode de vie des relations non-monogames, elle s'est sentie concernée, et après en avoir parlé à son partenaire, ils ont tous deux lentement évolué vers la non-monogamie. Les choses allaient bien jusqu'à la pandémie, dit-elle, qui "a entraîné de nouveaux facteurs de stress à gérer avec mon nesting partner, puisque nous étions soudainement ensemble presque tout le temps et que nous nous sentions tous deux épuisés et dépassés". Mais en identifiant ce problème, Rachael et son nesting partner ont commencé une thérapie de couple, ce qui les a tellement aidés que Rachael affirme que les choses vont encore mieux aujourd'hui qu'avant le COVID.
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Pour certain·e·s, cependant, les problèmes viennent du fait de ne pas avoir de partenaire actuel·le. "Je navigue entre les groupes et je préfère les interactions en tête-à-tête, donc je n'ai jamais eu de "bulle sociale" ou de polycule", explique Dylan, un jeune homme de 26 ans qui pratique le polyamour depuis environ sept ans. Dylan a vécu seul l'année dernière et affirme que le fait de perdre toute intimité en personne a été extrêmement palpable pendant la pandémie. "Les dates sont un moyen vraiment essentiel de me socialiser, et une grande partie de l'aspect social du dating, comme rencontrer de nouvelles personnes, a pratiquement disparu. Je pense que j'ai rencontré peut-être 10 personnes depuis mars 2020", dit-il, et il se souvient qu'au début de la pandémie, il avait l'impression que "le monde me punissait pour mon type de relation".
L'une des raisons, peut-être, de la culpabilité mal placée de Dylan est sans doute le fait que beaucoup de ceux qui froncent les sourcils devant la polyamorie semblent le faire parce qu'ils sont sceptiques quant au fait qu'une relation aussi ouverte et aussi différente des relations traditionnelles puisse réellement fonctionner ou être saine. Selon The Drag Therapist, l'un des éléments les plus cruciaux du polyamour est d'avoir constamment des conversations ouvertes et honnêtes sur le comportement des gens et leurs autres relations. Une bonne communication avec les partenaires est essentielle pour que tout le monde soit sur la même longueur d'onde. C'est particulièrement nécessaire pendant la pandémie, car le COVID-19 a rendu toutes nos interactions plus dangereuses et plus compliquées en raison de sa croissance exponentielle et de son caractère mortel.
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Pour de nombreuses personnes polyamoureuses dont les conditions de vie ont radicalement changé lorsque la pandémie a frappé, trouver de nouvelles activités à faire avec leurs partenaires et de nouvelles façons de passer du temps ensemble a peut-être été le plus grand défi. Mais, à bien des égards, la pandémie a également rapproché les gens de leurs partenaires, les obligeant à vivre ensemble dans une bulle sociale pour leur propre sécurité. "Il a été très difficile de ne pas voir un grand nombre de personnes dont j'étais très proche au cours des dernières années à cause du COVID, et je me suis beaucoup plus appuyée sur mes partenaires pour me soutenir puisqu'ils étaient dans ma bulle", a déclaré Rachael. Mais, "même si l'année a été difficile, le fait d'avoir plusieurs partenaires dans ma bulle m'a permis d'aller chez ma copine quand j'avais besoin de sortir de chez moi, et cela m'a permis de passer des moments agréables tous ensemble, comme de passer une journée à faire de la luge avec mes deux partenaires". 
Bien que le fait de naviguer dans des relations polyamoureuses pendant la pandémie ait certainement été éprouvant, Rachael affirme que cela a eu de nombreux effets positifs pour elle. Elle et sa petite amie ont eu la chance de devenir extrêmement proches, ce qui a été "le point positif d'une année 2020 autrement terrible", dit-elle. Mais pour ce qui est de sortir avec de nouvelles personnes IRL, Rachael dit qu'elle ne l'a pas vraiment fait. "J'ai essayé quelques dates par Zoom ou Facetime, mais j'ai eu du mal à me connecter avec les gens, et vous pouvez voir à quel point les gens sont épuisés. Je me suis fait quelques nouveaux amis sur Tinder, et j'en profite ces derniers temps. Je ne les ai jamais rencontrés, mais j'espère que nous pourrons nous rencontrer un jour". 
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Pour d'autres personnes pratiquant le polyamour dans le cadre d'une relation à long terme, naviguer dans les bulles sociales et choisir les partenaires à voir et celles et ceux avec qui entretenir des relations à distance a également été un ajustement. Avery, un jeune homme de 24 ans qui pratique le polyamour depuis environ trois ans, est actuellement en couple à trois avec un couple marié. Avery a également son propre partenaire avec qui il vit et qui n'est pas du tout impliqué dans l'autre couple. Au cours de l'année écoulée, Avery a dû s'habituer à de nombreuses techniques de date à distance pour maintenir la communication avec ses partenaires. "Même si mes partenaires ne sont pas techniquement éloignés l'un de l'autre, nous avons utilisé des techniques telles que les appels vidéo, les appels téléphoniques, etc. pour nous connecter les uns aux autres puisque nous étions en confinement séparément. Je pense que ces techniques pourraient disparaître lorsque nous pourrons nous voir plus souvent après le COVID", explique Avery. "Mais, cela m'a rendu plus ouvert aux techniques de relations à distance et j'envisagerais de les garder et de faire plus souvent des appels vidéo, de jouer ensemble à des jeux vidéo à distance, si nous ne pouvons pas nous voir, ou si je me retrouve un jour dans une relation longue distance".
Pandémie ou pas, chaque personne qui pratique la polyamorie aura une expérience unique, et aucune relation ne sera identique à une autre. C'est ce qui en fait la beauté - et, parfois, l'angoisse. "Être impliqué dans un couple marié est une expérience très intéressante en soi, et j'ai l'impression d'avoir beaucoup appris sur la façon de partager une relation, tout en la rendant personnelle et spéciale. Tout cela en ayant un partenaire séparé qui vit avec moi est un défi, mais aussi une belle chose en soi", dit Avery. "J'aime tout simplement les gens ; et, la capacité de se connecter avec plusieurs personnes sur tant de niveaux différents me fait me sentir si en sécurité dans le polyamour".
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En tant que personne polyamoureuse, j'ai également trouvé qu'essayer de sortir avec quelqu'un pendant le COVID était une aventure à part entière. Je m'identifie comme poly solo, ce qui signifie que je me considère comme mon principal partenaire et que je consacre la majeure partie de mon temps et de mon énergie à ma relation avec moi-même, avant de créer ou de maintenir des relations extérieures. Étant donné que je suis immunocompromise et handicapée, je ne me suis pas sentie en confiance pour sortir ou côtoyer d'autres gens en personne. Tou·s·tes mes partenaires actuel·le·s - à part ma relation avec moi-même, bien sûr - sont des relations à distance.
L'une des choses que moi et tant d'autres trouvons si singulièrement satisfaisantes dans le polyamour, c'est de se connecter avec de nombreuses personnes sans honte ni excuse, en partie parce que cela nous donne la possibilité de travailler sur différents types de styles de communication et dans différents types de structures relationnelles. Cela n'a pas changé pour moi pendant la pandémie. J'ai personnellement pratiqué la communication et l'affection en envoyant des lettres d'amour à travers l'univers et les grandes barrières de distance physique, dans l'espoir de rester connectée et de montrer à mes partenaires que je tiens à elles·eux malgré l'impossibilité de les tenir dans mes bras ou de me manifester physiquement par d'autres moyens en ce moment. Parfois, je leur envoie un mème, ou une playlist sélectionnée de manière créative avec une photo de couverture personnalisée. Parfois, j'envoie un courrier postal ou un petit cadeau. Tout cela, ce sont des lettres d'amour et des gestes concrets pour moi.
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Mon approche va dans le sens de ce que dit The Drag Therapist : s'éloigner complètement des nouvelles personnes - ou autant que possible pour être en sécurité - est le seul vrai moyen d'être polyamoureux de manière responsable pendant la pandémie, afin de vraiment aimer et protéger les communautés dans lesquelles nous sommes investi·e·s.
Pour ce qui est de son expérience de la pandémie, The Drag Therapist a réalisé ce qu'elle aime exactement dans cette approche relationnelle. Dans sa vie personnelle, elle a pratiqué le polyamour en solo et l'anarchie relationnelle, et dit se sentir plus aimée et soutenue que jamais. "Je me sens libre d'être ma propre personne et je ne ressens aucune pression dans mes relations. Je sais que nous sommes vraiment engagés les uns envers les autres pour la seule raison de vouloir soutenir le développement, l'indépendance, l'autonomie et l'expression de chacun", dit-elle. De ce fait, elle a réalisé que le nombre de personnes auxquelles elle peut s'adresser et demander de l'aide s'est considérablement multiplié. Le fait de pouvoir être sincère et vulnérable avec toutes les personnes avec lesquelles elle a une relation intime, qu'il s'agisse de relations plus occasionnelles, de friends with benefits ou de ses partenaires romantiques, sans avoir à réserver ce genre d'amour et d'attention à ses partenaires "sérieux", a été pour elle une évolution constante.
"Le polyamour m'a permis d'en apprendre tellement plus sur moi-même sur une période de temps plus courte", dit-elle. "Avoir la possibilité d'explorer tant de types de connexions différentes m'a aidé à voir ce que différentes personnes font ressortir en moi. J'ai la possibilité d'explorer tant de versions différentes de moi-même, chacune n'étant pas moins authentique que les autres".
Et je ne peux m'empêcher de penser la même chose de ma propre vie amoureuse après avoir passé l'année dernière à l'explorer depuis les confins de la pandémie. Cela a été une période difficile, mais j'ai beaucoup appris sur moi-même et sur ce dont j'ai besoin et ce que je veux des relations - oui, même à distance. Après toutes les luttes de l'an passé et toute la nostalgie, le sentiment le plus important en moi n'est pas la crainte ou même le désespoir du toucher et de l'affection. C'est plutôt de l'espoir et de l'excitation face aux nouvelles leçons, aux nouveaux sentiments et aux nouvelles relations qui se profilent à l'horizon - et tout cela autour de moi.

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