Confinement : un risque supplémentaire pour les victimes de violences conjugales

Photographed by Eylul Aslan.
Afin de protéger davantage de personnes contre la maladie, la mort et le surpeuplement des établissements de santé dû au Covid-19, le gouvernement français a depuis le 16 mars pris des mesures de confinement dans tout le pays. Cependant, l'isolement social et le fait de rester chez soi peuvent représenter un sérieux danger pour les personnes qui vivent avec un partenaire, un membre de la famille ou d'autres personnes violents. Pour beaucoup, cette pandémie pourrait entraîner une augmentation des violences conjugales - qu'il s'agisse de violences verbales, émotionnelles ou physiques.
En France, les statistiques de l'INSEE et de l'Observatoire National des Violences faites aux Femmes dévoilent qu'environ 219 000 femmes par an seraient victimes de violences physiques et/ou sexuelles commises par leur ancien ou actuel partenaire intime. En 2018, 121 femmes sont mortes de violences conjugales contre 28 hommes - dont 15 étaient auteurs de violences. L'année dernière, le pays a recensé pas moins de 151 féminicides et depuis le début de l'année 2020, le nombre de femmes tuées par leur (ex)-partenaires s'élève d'ores et déjà à 18. Une situation plus que dramatique.
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En général, selon Katy Ray-Jones, PDG de la National Domestic Violence Hotline, les personnes confinées avec un agresseur dans un espace clos pendant de longues périodes, comme les vacances, appellent moins souvent les lignes d'assistance, car elles ne peuvent pas trouver un espace sécurisé pour les joindre. Ray-Jones a expliqué que dans ces situations, les victimes n'ont souvent pas de porte de sortie quand les choses vont mal. "Cela limite la capacité de la victime à chercher de l'aide et des solutions en toute sécurité".
"L'abus est une question de pouvoir et de contrôle, et une personne abusive peut utiliser n'importe quel outil pour exercer ce pouvoir, y compris un problème de santé national comme le Covid-19", a poursuivi Ray-Jones. "Nous ne nous attendons pas nécessairement à voir de nouveaux cas de violences conjugales. Cependant, notre expérience nous apprend que dans les foyers où la violence conjugale est présente et où il y a un impact financier négatif ou un stress supplémentaire au sein du foyer, nous constatons généralement une augmentation importante d'incidents de maltraitance et une gravité des violences".
Sachant que ces risques existent et que les personnes victimes d'abus peuvent être confrontées à des circonstances bien pires étant donné l'obligation de rester isolées chez elles, des organisations - comme la ligne d'assistance téléphonique 3919 en France - fournissent autant d'aide que possible à ceux et celles qui en ont besoin, ce qui est d'ailleurs le cas toute l'année. Les conseiller·e·s des organisations proposent une écoute, informent et orientent vers des dispositifs d'accompagnement et de prise en charge. Leur objectif premier étant de soutenir les victimes et de les aider autant qu'ils·elles peuvent.
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"Pour certaines victimes, le fait qu'un agresseur aille travailler, ou qu'elles puissent aller travailler elles-mêmes, est un facteur crucial de diminution des risques et donne un peu de répit face à la violence", explique Alicia Sanchez Gill, une survivante Afrolatine. "Pour les victimes qui subissent de multiples formes d'oppression, y compris les personnes qui vivent déjà avec un handicap, les agresseurs peuvent utiliser des tactiques telles que la privation de médicaments comme outil de contrôle"
Que peuvent donc faire les victimes d'abus de violences chez elles ? Il existe un certain nombre d'organisations qui se rendent disponibles de différentes manières en ce moment, et vous pouvez également joindre par téléphone, sms ou email différents services mis en place par le gouvernement si l'on est victime de violences.
Andrea Glik, thérapeute en traumatologie somatique, explique à Refinery29 que de nombreuses personnes peuvent être victimes de violences de la part d'un partenaire qui les fait se sentir piégées et manipulées, mais ne savent pas que ce type de comportement même constitue une violence. Elle a souligné l'importance de connaître les différents types de violences.
En effet, Glik affirme que de nombreuses personnes vivant avec des partenaires ou des personnes violents n'ont peut-être pas le langage nécessaire pour comprendre qu'elles sont maltraitées. "Beaucoup de gens vivent avec des partenaires violents et ne le réalisent pas parce que la violence domestique est souvent conceptualisée comme étant des violences physiques (alors que les violences peuvent être émotionnelles, financières ou sexuelles). Et même s'ils sont dans une relation qui est clairement violente physiquement, leurs partenaires leur fait croire qu'ils·elles méritent le traitement qu'ils·elles reçoivent, ou que c'est de leur faute".
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"Si votre partenaire vous intimide, vous isole ou vous manipule, sachez qu'il n'est jamais acceptable d'être traité·e de cette façon", déclare Gilk. Elle note également que les schémas de violences dans les relations hétérosexuelles peuvent être différents de ceux des relations LGBTQ+, ou des situations de violences domestiques qui impliquent la famille.
"Vous pouvez toujours partir. Vous n'êtes jamais aussi piégé·e qu'ils·elles [un agresseur] le disent. Quelqu'un vous ouvrira sa maison. Et les centres d'accueil pour les victimes de violences domestiques sont toujours ouverts et opérationnels", explique Glik.
Sanchez Gill nous rappelle également que la meilleure chose que nous puissions faire en ce moment est d'être bienveillants et vigilants les uns envers les autres. "Nous devons vraiment développer des actions de solidarité en prenant soin de nos voisins ou en gardant une liste de services à portée de main, comme les lignes téléphoniques d'urgence locales et nationales pour les victimes de viols et les victimes de violences domestiques par exemple".
Si vous êtes victime de violences domestiques, veuillez contacter les lignes d'assistances nationales au 3619 (pour les femmes victimes de violences), au 119 (pour les enfants en danger), au 17 et au 112 en cas d'urgence.

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