À bout de souffle : quand parler sur Zoom devient source d’anxiété

Photo par Sarah Anne Ward
Respirer - on pourrait penser que c'est quelque chose que l'on sait faire intuitivement. Mais apparemment non, car chaque fois que je dois parler pendant une longue période sur Zoom, je me retrouve légèrement mais indubitablement à bout de souffle, comme si je venais de monter deux étages. Et ce n'est pas seulement moi. Une fois que vous commencez à être attenti·f·ve, vous l'entendez partout : le halètement, la pause au milieu de la phrase lorsque les gens prennent une respiration supplémentaire, la tension dans la voix de quelqu'un qui essaie d'extraire quelques mots de plus malgré le fait qu'il se sente essoufflé.
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Ça me rend folle. J'ai peur que le fait de devoir reprendre mon souffle pendant une présentation me rende nerveuse. Enfin, je suis légèrement nerveuse en général, environ 60 % du temps. Mais je sais le cacher. Le fait que mes propres poumons stupides se mettent en marche de manière aussi audible est vraiment exaspérant. 
Je blâme Zoom, car je ne me souviens pas que cela me soit déjà arrivée avant cet outil. Mais pourquoi ? Au contraire, Zoom devrait permettre de mieux respirer en parlant. Après tout, je porte toujours des joggings, et je n'ai aucun soutien-gorge pour comprimer ma cage thoracique.
Mais apparemment, c'est mon esprit qui est à blâmer, pas mon corps. Selon Eleni Kelakos, une coach en art oratoire, s'essouffler pendant une présentation devant un groupe est un signe certain de trac. "Être assailli par la peur et l'anxiété de performance est quelque chose qui se produit lorsque nous nous trouvons sous les projecteurs et que nous sentons la pression du regard sur nous", m'a-t-elle expliqué. "Quand j'étais jeune actrice, la première fois que je me suis retrouvée devant une caméra était terrifiante - ce simple globe oculaire, qui vous regarde".
Assailli par la peur ? Ça semble dramatique (c'est peut-être dû à son passé théâtral). Si, oui, je me sens parfois un peu nerveuse avant d'activer mon micro sur Zoom concernant un gros projet, je me suis aussi essoufflée en faisant une présentation à très faible enjeu à un petit groupe de collègues qui ne sont rien d'autre que gentils avec moi. Je parle, je parle, et puis, inexplicablement, je suis essoufflée. 
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Mais Kelakos a insisté. "Ça vous prend par surprise", dit-elle aimablement, quand je lui dis que je me sens rarement particulièrement anxieuse avant de commencer à m'essouffler. Même si vous êtes quelqu'un qui ne réfléchit généralement pas beaucoup lorsque vous parlez en public, dit-elle, Zoom peut être intimidant. "C'est une plateforme qui éloigne les gens de notre présence - nous ne les entendons pas respirer, nous n'avons pas de retour sur la situation, et cela peut être déconcertant", a-t-elle expliqué.
Cela m'a semblé vrai. En personne, je me sens assez à l'aise pour rassembler mes pensées tout en parlant. Mais sur Zoom, même la plus courte pause semble durer une éternité. Quand j'ai exprimé cela à Kelakos, elle m'a dit en gros : "C'est ce dont je vous parle". Parce que nous sommes tellement éloigné·e·s des gens à qui nous nous adressons, le silence est pesant - et nous devenons gêné·e·s, dit-elle.
Ce n'est pas seulement que vous n'entendez littéralement rien lorsque vous marquez une pause pendant une présentation Zoom. C'est que ce qui vous manque, ce sont tous les petits bruits qui vous indiquent généralement comment vous êtes reçu·e : des "hmm" discrets ou des rires en réponse à quelque chose que vous avez dit ; le mouvement de papiers ou le tapotement sur le clavier d'un ordi lorsque les gens prennent des notes ; le bruit de frottement de vêtements ou de chaise lorsque quelqu'un bouge et attire votre attention. Sans cela, vous vous demandez ce que tout le monde pense, explique Mary Alvord, docteur en psychologie et fondatrice de Resilience Across Borders. "Et c'est ça, l'anxiété sociale : comment suis-je jugée ?"
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La raison pour laquelle je m'essouffle en parlant sur Zoom est donc, en gros, l'anxiété. Pendant un silence, je commence à me demander Ai-je l'air stupide là ? Est-ce que tout le monde s'ennuie ? Pour noyer ces pensées, je parle trop vite et j'évite de marquer des pauses, même pour inspirer. Peut-être que mon subconscient essaie de me faire perdre connaissance. Honnêtement, je comprends.
Il est évident que la réponse est de parler plus lentement. Mais, comme je l'ai dit à Kelakos, j'ai toujours peur d'en faire trop et de parler si lentement que les gens penseront qu'il y a un problème avec mon WiFi. Elle a alors éclaté de rire (je me suis surprise à me demander si tout ce que fait Kelakos n'est pas une sorte de stratégie de prise de parole en public ; j'ai aussi commencé à m'inquiéter qu'elle me juge sur ma prestance au téléphone), puis m'a suggéré de m'enregistrer en train de parler lentement et d'écouter ensuite pour me rassurer sur le débit d'élocution.
Selon le Dr Alvord, un moment particulièrement important pour moduler votre rythme afin d'éviter l'essoufflement est celui où vous commencez à présenter. "J'ai remarqué que les gens ont tendance à parler très vite au début, ce qui est une sorte de réponse anxieuse", a-t-elle déclaré. Au fur et à mesure qu'ils se relaxent, ils ralentissent naturellement.
Kelakos et le Dr Alvord insistent également sur le fait qu'il est important d'être aussi calme que possible avant de se connecter sur Zoom. Secouez vos mains, vos hanches et vos épaules pour détendre votre corps, ou visualisez votre "lieu de bonheur" en utilisant tous vos sens pour vous mettre dans un état zen.
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Il est également utile de cibler votre audience. Ma technique de présentation consiste à me fixer tout le temps, mais apparemment ce n'est pas la bonne façon de procéder. "Vous devez vous rappeler que vous parlez à de vraies personnes", a déclaré Kelakos. Pour cela, elle scotche une image imprimée de yeux à côté de la caméra de son ordinateur, afin d'avoir quelque chose d'humain à regarder pendant qu'elle parle. Elle demande également aux participant·e·s d'activer leur micro afin d'obtenir un retour auditif pendant qu'elle présente (anarchie !). Lorsqu'elle parle, elle "laisse les mots peser" très intentionnellement et marque une pause comme si elle attendait que quelqu'un intervienne.
Si vous commencez à vous sentir à bout de souffle, Kelakos a suggéré un acronyme : PSI, qui signifie : Pieds, Souffle, Intention. "Connectez vos pieds au sol ; prenez une gorgée d'eau ou expirez, les deux vous aidant à reprendre le contrôle de votre respiration ; puis revenez à votre intention : Que suis-je venue faire ici ?", a-t-elle expliqué. J'adore les acronymes et je peux témoigner du fait que le fait de me rappeler pourquoi je présente (pour servir mon audience, plutôt que pour paraître bien) me calme toujours.
Mais aussi, il est bon de se rappeler que Zoom peut être étrange. Les enfants se retrouvent dans le champ de vision, les gens utilisent des arrière-plans virtuels qui les font ressembler à des têtes désincarnées, l'éclairage n'est jamais bon, on ne peut pas savoir si on est figé ou si tout le monde est figé. Si la pire chose qui se passe pendant votre présentation est que vous vous précipitez et que vous finissez par avoir l'impression d'avoir couru un marathon, dites-vous qu'au moins, vous pouvez porter un jogging.

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