Réseaux sociaux : Pourquoi est-on accro aux « likes » ?

produced by Anna Jay; photographed by Eylul Aslan; produced by Meg O'Donnell.
Parlons franchement : combien de fois vous est-t-il déjà arrivé de poster une photo sur Instagram, et d’attendre impatiemment les « likes » et commentaires ? Peut-être avez-vous déjà tweeté quelque chose que vous trouviez hilarant et vérifié toutes les deux minutes qui l’avait aimé ? Ou même déjà envoyé un message à un·e ami·e lui demandant de liker votre publication encore trop pauvre de likes ?
Ce n’est pas de votre faute si vous avez une réponse pavlovienne à chaque fois que vous voyez une « mention j’aime » apparaitre dans vos notifications. Larry Rosen, chercheur en psychologie spécialisé dans la relation avec les technologies, explique qu’au fil des années et avec l’ascension fulgurante des réseaux sociaux, nous nous sommes conditionnées à répondre à ces notifications comme …un chien devant une saucisse.
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« D’un point de vue comportemental, recevoir un like c’est comme recevoir une validation et recevoir une validation est toujours agréable, » ajoute-t-il. « Cela donne envie de recommencer, de reproduire l’action pour obtenir ce même résultat. »
Dr Rosen nous dit que la compulsion de vérifier les réactions à nos publications est profondément ancrée, car elle est alimentée par nos neurotransmetteurs. Les études ont démontré que la dopamine, qui est une molécule du plaisir libérée lorsque vous faites de l’exercice ou que vous atteignez un objectif, est libérée lorsque l’on publie et interagit avec d’autres personnes sur les réseaux sociaux. Lorsqu’elle est libérée, on ressent une vague d’émotions positives et un sentiment général de bien-être. A son tour, ce rush de dopamine déclenche, comme l’explique le Dr Rosen, une boucle comportementale : quand on publie quelque chose, on reçoit des likes et on se sent bien, on recherche alors à en obtenir plus et si ce n’est pas le cas, cela donne presque la sensation d’une conséquence négative. En outre, la nature publique des réseaux sociaux exacerbe encore un peu plus cet effet.
« Cela permet de recevoir une validation face à un large public et la moindre quantité de dopamine reçue est en conséquence amplifiée par le fait de savoir que tout le monde peut le voir, » explique le Dr Rosen. « Il s’agit d’un besoin raisonnable. Nous sommes tou·te·s friand·e·s d’attention et de renforcement positif et en l’absence de notification, il devient impossible de savoir quand ce renforcement aura lieu. » Il est donc difficile de ne pas devenir accro à ce sens de la validation personnelle. Cependant, si vous cherchez à rompre l’habitude de constamment vérifier qui a aimé votre dernier tweet, ce n’est pas impossible — cela risque simplement de prendre plus de temps que ce que l’on imagine.
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Il s’agit d’un besoin raisonnable. Nous sommes tous friands d’attention et de renforcement positif

Larry Rosen, PhD
Dr Rosen rapporte avoir vu des personnes tenter de mettre fin à leurs vérifications intempestives de manière brutale. Mais si vous avez formé l’habitude de vérifier régulièrement les likes de vos dernières publications Instagram, il est préférable d’y aller de manière progressive, plutôt que d’opérer un changement trop radical.
« Si vous comptez parmi ces personnes qui sont constamment sur leur téléphone, commencez par réduire les vérifications à toutes les 15 minutes, » conseille-t-il. « Établissez un temps défini, durant lequel vous ne pourrez pas vérifier vos notifications et, lorsque vous y parvenez sans effort, passez à une vérification toutes les demi-heures. Augmentez la durée d’une manière qui reste confortable pour vous jusqu’à ce que vous ne ressentiez plus autant le besoin de le faire. » Mettre en place un planning peut s’avérer très utile, confie-t-il, car c’est vous qui avez le contrôle et décidez quand et comment vous souhaitez vérifier vos publications, plutôt que de bêtement scroller sur votre téléphone.
Il recommande également de désactiver les notifications des applications réseaux sociaux, de les retirer de l’écran d’accueil de votre téléphone et de les placer dans un dossier — et si nécessaire, de placer ce dossier dans un autre dossier. L’idée est que si vous devez fournir plus d’efforts pour voir les réponses à vos publications, cela changera votre comportement sur le long terme.
Pour cela, le timing est essentiel : vous devez tout simplement réhabituer votre cerveau à doucement passer à autre chose.
« Si on y pense, nous ne sommes pas arrivé·e·s à ce stade de dépendance du jour au lendemain, » remarque Dr Rosen. « Cela a pris huit à dix ans pour en arriver là et il faudra un certain temps afin de pouvoir en sortir. »
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