Les films de Noël sont trop indulgents avec les hommes toxiques

Photos by Shutterstock.
Il faut bien l'avouer, les comédies romantiques de Noël font partie de la catégorie des films "c'est tellement nul que ça en devient bon". Les intrigues simples et les moments joyeux en font des films agréables à regarder, en particulier à Noël, lorsqu'on se sent un peu plus fleur bleue. Mais en revoyant certains de mes vieux favoris, comme Love Actually et The Holiday, et en découvrant de nouvelles variantes du genre - principalement grâce aux films de Noël originaux de Netflix, A Christmas Prince, L'alchimie de Noël et, plus récemment, Love Hard - j'ai réalisé que mon côté sentimental m'avait empêchée de voir le problème évident de tous ces films : ils mettent tous en scène des hommes toxiques. Que ceux-ci exploitent leur partenaire, demandent le maximum tout en faisant le minimum ou perpétuent des idées misogynes, la seule chose que les hommes de tous mes films de Noël préférés ont en commun est qu'ils attendent des femmes qu'elles les "réparent". Cette année, le premier film de Noël que j'ai regardé était l'une des nouvelles comédies romantiques de Noël de Netflix, Love Hard. On y suit Natalie (Nina Dobrev), qui parcourt 5 000 km à travers l'Amérique juste avant Noël pour surprendre l'homme avec lequel elle sort virtuellement depuis quelques semaines. Le twist ? À son arrivée, elle se rend compte que Josh (Jimmy O. Yang), son amoureux à distance, n'est pas celui qu' il prétend être. Love Hard possède toutes les caractéristiques qu'on attend d'un film de Noël : deux stars BG, un·e amoureuse·x qui ne se doute de rien, de bonnes répliques. Les protagonistes chantent même une version de "Baby, It's Cold Outside" qui révèle ses connotations misogynes du classique de Nöel. Mais lorsque le film s'est terminé, j'ai ressenti un étrange sentiment d'insatisfaction. Il se termine (et permettez-moi d'insérer ici une alerte *spoiler* extrêmement prévisible) par Josh et Natalie qui tombent amoureux tandis qu'elle fait abstraction de son usurpation d'identité comme s'il s'agissait d'une simple discussion sur ce qu'on va bouffer ce soir.
Publicité
Je n'attends pas vraiment de substance des films de Noël de Netflix, mais cette représentation simpliste du catfishing est pour le moins problématique, car les victimes de cette pratique subissent souvent des dommages à la fois financiers et émotionnels. Simplifier ce problème ne m'a pas plu, pas plus que le fait que le protagoniste masculin soit finalement récompensé pour sa supercherie, pour laquelle il ne s'est presque jamais excusé au passage.
La liste d'exemples est longue comme le bras. Au fil des ans, nous avons également négligé le comportement déplorable de plusieurs personnages dans nos films de Noël préférés, The Holiday et Love Actually.
Photo by Moviestore/Shutterstock
Le personnage de Jack Black, Miles, dans le film The Holiday de 2006, est problématique, point. Il trompe constamment Iris (Kate Winslet) et la laisse tomber pour son ex-petite amie toxique avant qu'ils ne finissent par se remettre ensemble. Mais le personnage de Jude Law, Graham, est l'homme parfait, pas vrai ? Faux. En revoyant le film en 2021, je me suis rendu compte que non seulement le très séduisant Graham rencontre Amanda (Cameron Diaz) en entrant par hasard dans sa maison de vacances, tellement ivre qu'il ne tient pas debout, mais qu'il lui dit le lendemain qu'elle ne le reverra probablement jamais.
"J'ai tendance à blesser les femmes simplement en étant moi-même", dit-il. Ça m'a fait réfléchir : se pourrait-il que Jude Law, dans The Holiday, soit le fuckboy ultime ? Le film s'efforce de nous convaincre du contraire et réussit à racheter le comportement de Miles en cours de route. On pourrait d'ailleurs décrire l'intrigue de The Holiday comme celle de deux femmes troublées essayant de sauver deux hommes toxiques.
Publicité

De toute évidence, il y a quelque chose de particulièrement festif dans le fait qu'une femme répare un homme.

À l'époque, les éléments problématiques du film ne m'avaient pas sauté aux yeux, dissimulés par les paysages enneigés de Cotswold et les cheveux inexplicablement brillants de Cameron Diaz. Mais si vous passez outre l'illusion de Noël, vous découvrirez peut-être que The Holiday n'est pas moins problématique que Love Hard pour ce qui est d'excuser la toxicité des hommes ou, plus encore, de récompenser les hommes pour leur mauvais comportement. Au fil des ans, il a déjà été établi que ma comédie romantique de Noël préférée, Love Actually, est tout aussi décevante. On y trouve Mark (Andrew Lincoln), qui déclare son amour à la femme de son meilleur ami nouvellement marié au moyen d'énormes bouts de carton. C'est indéniablement un connard. Et personne ne peut oublier le moment où Harry (Alan Rickman) brise le cœur de sa femme (Emma Thompson) en ayant une liaison avec sa secrétaire beaucoup plus jeune.
Même certains des hommes les plus attachants de ce film très apprécié de Richard Curtis ne sont rachetés que par leurs partenaires féminins. Colin (Kris Marshall) fait moins que le strict minimum pour finir avec trois superbes Américaines, tandis que le personnage du Premier ministre par Hugh Grant n'a de complexité émotionnelle que la charmante et très drôle Natalie (Martine McCutcheon), qu'il renvoie après qu'elle a été harcelée sexuellement par le président américain. À vomir.
Photo par Brooke Palmer/Netflix/Kobal/Shutterstock.
On aurait pu espérer que les choses se soient améliorées au cours des 18 années qui ont suivi la sortie de Love Actually. Mais Netflix semble avoir fait de l'indulgence envers les hommes toxiques sa formule de comédie romantique de Noël, et pas seulement avec Love Hard. Dans A Christmas Prince, l'un des films de Noël les plus populaires de Netflix, Amber (Rose McIver) tombe amoureuse du prince Richard malgré sa réputation de playboy notoire qui se montre grossier avec elle lors de leur première rencontre. Amber passe la majeure partie du film à tenter de justifier le caractère du prince Richard, auprès du public et d'elle-même, tout en tentant de prouver qu'il est le prochain candidat au trône. Il en va de même, dans L'Alchimie de Noël : Brooke (Vanessa Hudgens) apprend à un chevalier médiéval voyageant dans le temps à s'adapter au monde moderne, s'excusant pour lui et tentant de corriger son comportement déplacé tout au long du film.
Publicité

La formule de la comédie romantique est essentiellement la suivante : un garçon et une fille se rencontrent, quelque chose tourne mal, cette chose est résolue, et ils vécurent heureux jusqu'à la fin des temps. Une femme qui répare un homme toxique est un moyen facile de répondre à cette formule.

De toute évidence, il y a quelque chose de particulièrement festif dans le fait qu'une femme répare un homme. Peut-être cela nous attire-t-il parce que, pour beaucoup d'adultes, Noël est l'occasion de rentrer chez soi pour voir sa famille et qu'on s'occupe de nous pendant un petit moment. Il se peut qu'une femme qui pardonne et aide son amoureux fasse preuve d'un certain instinct maternel dont beaucoup de gens ont envie pendant les fêtes.
L'intrigue est également relativement simple, ce qui est essentiel dans une comédie romantique de Noël pour qu'elle soit facile à regarder. La formule de la comédie romantique est essentiellement la suivante : un garçon et une fille se rencontrent, quelque chose tourne mal, cette chose est résolue, et ils vécurent heureux jusqu'à la fin des temps. Une femme qui répare un homme toxique est un moyen facile de répondre à cette formule et nous sommes peut-être disposés à accepter ce genre d'intrigue peu sophistiquée, simplement parce que c'est Noël. En outre, Noël se situant en plein milieu de la saison des fiançailles, nous sommes peut-être plus désireuse·x que jamais de trouver un partenaire, ce qui nous rend peut-être un peu plus tolérant·es à l'égard des défauts de nos éventuels partenaires à cette période. Le scénario de la "femme qui répare l'homme toxique" donne aux téléspectateur·ices un certain espoir que les hommes (même les pires) ne sont pas aussi mauvais que ça et qu'ils sont capables d'aimer, ce qui pourrait refléter les fantasmes de nombreuses femmes plutôt que leur expérience. Cela semble pertinent, car de nombreuses personnes retournent auprès de leurs ex à Noël ou renouent avec des relations toxiques. 
Publicité
Heureusement, il existe des films de Noël qui se dispensent de cette affreuse tradition. Last Christmas (2019), écrit par Emma Thompson et mettant en vedette Emilia Clarke, est tout l'inverse. Sans trop en dire, le protagoniste masculin sauve la vie du personnage d'Emilia Clarke dans un twist émouvant à la moitié du film. Le film La Princesse de Chicago de Netflix est également l'un des rares films du site de streaming à ne pas montrer de femmes victimes du syndrome de l'infirmière. Le film adopte une intrigue à la À nous quatre : Vanessa Hudgens découvre une étrangère qui lui ressemble et elles échangent leurs identités. Les femmes de ce film ont toutes deux des motivations autres que romantiques, de sorte que les hommes qu'elles fréquentent jouent des rôles secondaires et apparaissent plutôt décents tout au long du film (peut-être parce qu'ils n'ont pas beaucoup de temps à l'écran).
Ces films montrent qu'il est possible de créer des comédies romantiques de Noël sans encourager des comportements toxiques. Néanmoins, nombre d'entre nous continuent à regarder ces films sans y penser, optant pour ce genre dans le seul but de se distraire. Mais à l'heure où les sites de streaming multiplient les interprétations modernes de la comédie romantique de Noël et s'efforcent d'explorer des sujets tels que le catfishing, il est essentiel de le faire de manière responsable, en évitant toute simplification excessive. 
La mise en valeur des hommes toxiques est certainement une question à laquelle je ferai attention lors de mes séances de cinéma saisonnières à l'avenir. Un peu comme un test de Bechdel pour les fêtes.

More from Movies