Les effets d’une consommation de cocaïne occasionnelle sur la santé

Photo: Anna Sudit
Il est parfois difficile de séparer la consommation de cocaïne du glamour auquel elle était associée des années durant. Si l’on en croit les tabloïds (et on dit bien si), la vie de célébrité dans les années 80 et 90 se constituait de voitures de sport hors de prix, de mannequins aux jambes interminables, et de fêtes ou il neigeait de la cocaïne. Le film True Romance de Tarantino l’a stylisé, et BLOW l’a rendu très sexy, et comment ne pas mentionner cette pittoresque montagne blanche que l’on peut voir dans Scarface ?
Hollywood et le milieu de la nuit ont indubitablement glamourisé cette substance, mais c’est le cadre dans lequel il est pris au quotidien dont il faut parler.
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Ce comportement ne semble pas ralentir, le Rapport européen sur les drogues de 2018 estime que 3,5 millions d’adultes (âgés de 15-64) ont consommé de la cocaïne l’année dernière en. 2,4 millions.
Bien que la cocaïne soit généralement considérée comme une drogue masculine, sa consommation semble se répartir de manière égale entre les hommes et les femmes. France Info rapporte que les femmes sont tout aussi enclin à consommer de la cocaïne que les hommes.
Tout le monde sait que la cocaïne — comme d’autres substances addictives – est hautement problématique, non seulement en raison de ses effets sur la santé, mais aussi en raison de la manière dont elle est transportée en Europe. Selon VICE, les cartels de drogues mexicains sont à l’origine de 55 % des meurtres dans le pays, et la demande perpétuelle de ces drogues récréatives en Europe ne fait que participer activement à ces chiffres ahurissants. Pourtant, la culpabilité éthique est rarement prise en compte le samedi soir. Alors pourquoi semble-t-il si simple d’ignorer l’origine de ces substances et les morts qui en résultent lorsqu’il s’agit de faire cette transaction nocturne pour ce sachet d’on ne sait trop quoi + cocaïne chaque week-end.
Nous avons discuté avec Nicky Walton-Flynn, fondatrice de Addiction TherapyLondon et co-fondatrice de Wellness Hub UK, des raisons qui font que les femmes sont plus enclin à une consommation abusive de cocaïne, et des effets secondaires que peuvent causer cette dépendance. Elle l’explique ainsi : « La pression exercée sur les femmes de nos jours, qu’elle soit perçue ou réelle, conduit nombre d’entre elles à prendre des mesures extrêmes. Pour des raisons évidentes, comme le gain en confiance et en énergie, la cocaïne est devenue l’une des substances récréatives de prédilection des jeunes femmes. Elle est de surcroit relativement abordable. »
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Nicky nous explique ici les effets que peuvent avoir une à deux prises de coke par semaine sur un plan physique, au niveau individuel et collectif, et sur la santé mentale.
Photo: Anna Sudit
Pouvez-vous nous parler de votre travail ? De quelle manière venez-vous en aide aux personnes dépendantes ?
Je travaille dans mon propre cabinet et propose un modèle de thérapie intégrative par la parole. Je travaille principalement avec des personnes qui souhaitent mettre un terme à leur consommation de cocaïne. Je travaille rarement avec des modèles de minimisation des méfaits, tout simplement parce que, d’après mon expérience, ils ne fonctionnent pas pour lutter contre la dépendance à la cocaïne. Mes patients ont pour objectif d’atteindre un mode de vie abstinent. La phase initiale consiste à faire comprendre qu’une fois accro à la cocaïne, il est irréaliste de penser redevenir un utilisateur occasionnel. La psycho-éducation est un aspect essentiel du traitement initial de la toxicomanie. J'encourage mes patients à identifier les conséquences plus larges de leur consommation de cocaïne. Quelques exemples sont : maladie physique, journées de travail perdues, perte d’emploi, éloignement de la famille et des amis, dette.
Qu’est-ce qui constitue une addiction ?
Une addiction est souvent qualifiée de « condition progressive », une fois que les niveaux de tolérance se sont développés, une quantité accrue de substance est nécessaire pour obtenir le même effet. Il est impossible de prédire que si vous utilisez X grammes de cocaïne par semaine pendant six mois, vous deviendrez automatiquement dépendant. On peut être un « addict fonctionnel » pendant un certain temps avant de demander de l’aide.
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La dépendance ne touche pas tout le monde. On ne peut pas dire avec certitude qu’une consommation de cocaïne entrainera une addiction, mais cela reste hautement probable en raison de son interférence avec les systèmes de récompense du cerveau. La propension à l’addiction est liée à un éventail de facteurs contributifs, comme les antécédents familiaux, les expériences de l’enfance, un traumatisme récent ou passé. Ces facteurs auront une influence sur la consommation de cocaïne d'une personne et sa propension à la dépendance.

La cocaïne est l’une des substances les plus addictives sur le plan psychologique car elle stimule et augmente les niveaux de dopamine dans le cerveau. Cela interfère avec les circuits de récompense du cerveau.

Comment est-ce qu’une habitude devient-elle une dépendance ?
Cela passe par une consommation continue et augmentée sur une période de temps donnée. La cocaïne est l’une des substances les plus addictives sur le plan psychologique, car elle stimule et augmente les niveaux de dopamine dans le cerveau. Cela interfère avec les circuits de récompense du cerveau.
Quel impact a une consommation prolongée de cocaïne le week-end sur la santé ?
Comme la cocaïne affecte les circuits de récompense du cerveau, une consommation accrue au fil du temps entraîne une incapacité à obtenir du plaisir « normalement ». On peut prendre l’exemple du sexe. Si la cocaïne est consommée à plusieurs reprises lors de relations sexuelles, la capacité de jouir sans la cocaïne est diminuée. En plus d’affecter les circuits de récompense, la cocaïne affecte également les transmetteurs du cerveau qui réagissent au stress. D'après mon expérience, je vois souvent une présentation de la dépendance à la cocaïne concomitante à un trouble de stress. La cocaïne élève les hormones du stress, mais les personnes en recherchent davantage pour atténuer leur stress, créant ainsi un cycle de dépendance.
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Dans la plupart des cas, les consommateurs font l’expérience d’une euphorie intense suivie par une humeur plate et dépressive.

Quels sont les effets à court terme les plus fréquents avec la cocaïne ?
La perte d’appétit, la malnutrition, l’augmentation du rythme cardiaque, l’accélération de la respiration, les pupilles dilatées, les maux de tête, la perturbation du rythme de sommeil, les nausées des maux de ventre et l’hyperstimulation, tout comme un comportement incohérent, parfois violent et un comportement sexuel à risque. Des hallucinations, une hyperexcitabilité, une irritabilité et un comportement agressif. Dans la plupart des cas, les consommateurs font l’expérience d’une euphorie intense suivie par une humeur plate et dépressive. Dans certains cas extrêmes : des hallucinations tactiles qui crée l’illusion d’un insecte creusant sous la peau, des démangeaisons, ainsi qu’un niveau élevé d’anxiété, d’irritabilité et de paranoïa ; une dépression ainsi qu’un besoin irrépressible de consommer la substance, des crises de panique et des psychoses, des convulsions, des convulsions, et dans certains cas, une mort subite due à une overdose.
Et les effets à long terme ?
Ils sont plutôt variés. Des lésions permanentes aux vaisseaux sanguins du cœur et du cerveau, de l'hypertension artérielle entraînant des crises cardiaques, des accidents vasculaires cérébraux et la mort, des lésions du foie, des reins et des poumons, en passant par la destruction des tissus du nez si elles sont inhalées. Maladies infectieuses et abcès s’il est injecté. Insuffisance respiratoire lorsque la cocaïne est fumée. Malnutrition et perte de poids résultant de la suppression de l'appétit. Les caries. Problèmes de santé sexuelle, y compris la reproduction et infertilité (affectant les hommes et les femmes). Désorientation, apathie, confusion et épuisement. Irritabilité et troubles de l'humeur. Hallucinations auditives, augmentation de la fréquence des comportements dangereux et à haut risque - en particulier des comportements sexuels et des comportements imprévisibles et irrationnels entraînant une psychose et/ou un délire et une dépression clinique.
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On se dit : « Je veux simplement passer un bon moment, je ne fais de mal à personne, on est jeune qu’une fois, j’arrête quand je veux, quand je serai marié·e quand j'aurai des enfants, quand j'aurai 25, 28, 35 ans. » C'est le déni de dépendance.

Pourquoi pensez-vous que nous avons une relation plus désinvolte avec la cocaïne qu’avec d'autres drogues ?
La glamourisation des médias, combinée aux prix bas, la rend plus abordable pour une population plus large. Il n'est plus exclusif aux célébrités et aux professionnels hautement rémunérés. La cocaïne a été glamourisée au cours des dernières décennies dans les films, les chansons, les médias ; c'est vu comme cool. Et surtout, nous nous sentons bien, alors nous nous demandons : « Comment est-ce que cela peut me faire du mal ? » Il y a également un manque de campagnes de sensibilisation du public qui éduquent les jeunes sur la réalité de ses dangers.
Quels sont les comportements pour lesquels il faut être vigilant·e chez soi et chez les autres ?
Un indicateur clé permettant de déterminer si la consommation de cocaïne d'une personne est passée d'une habitude sociale contrôlée à une dépendance est le fait qu'elle est incapable de se restreindre, bien qu'elle ait décidé de ne pas consommer de cocaïne le soir en question. Cette décision sera généralement prise une fois que l'alcool a été consommé. C’est un indicateur clair de l’évolution du pouvoir, c’est-à-dire que le médicament vous contrôle ; vous n'êtes plus responsable de vos propres schémas de consommation et vous n’avez plus le choix. C'est la dépendance. C’est à ce stade que nous observons le déni de dépendance : « J’ai le choix, je veux simplement passer un bon moment, je ne fais de mal à personne, on est jeune qu’une fois, j’arrête quand je veux, quand je serai marié·e quand j'aurai des enfants, quand j'aurai 25, 28, 35 ans… ». C’est le déni de sa dépendance et c’est le récit qui revient le plus souvent dans mon cabinet. Si quelqu'un reconnaît ces comportements, je les invite à consulter.
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Autres signes évidents : il faut plus longtemps pour se remettre d’une nuit de fête en consommant de la cocaïne, l’effet gueule de bois est plus sévère, on ressent le besoin d’ingérer une quantité de drogues plus importante pour obtenir le même résultat, le trip ne dure pas aussi longtemps qu’il en avait l’habitude ; le sentiment de vide et de dépression se manifeste plus rapidement. Un jour, le sentiment d’euphorie fini par disparaitre complètement et le consommateur fera l’expérience d’anxiété et de paranoïa à la place.

La cocaïne relève la pression en la remplaçant par un sentiment temporaire de succès.

Pourquoi pensez-vous que les femmes soient enclin à la dépendance à la cocaïne ?
Lorsque l’on évoque la cocaïne, on pense aux sentiments de confiance en soi qui donne l’impression d’être sexy. Les jeunes femmes (20-35 ans) subissent toujours plus de pression pou apparaitre comme des personnes intelligentes, drôles, sexy, jolies, minces, pro, femme d’influence… la liste continue. La cocaïne donne la sensation d’être toutes ces choses et relève la pression en la remplaçant par un sentiment temporaire de succès. La cocaïne est également une substance désinhibante, ce qui va permettre aux jeunes femmes d’avoir une confiance en elles plus importante que si elles n'étaient pas sous l’influence de la cocaïne. Par exemple, sexuellement.
Quel est l’âge de votre patient·e typique ?
Entre 24 et 45 ans.
Quelles sont les idées reçues qu’on peut avoir lorsqu’il s’agit d’adresser sa propre dépendance ?
La dépendance est une maladie qui vous fait penser que vous n’êtes pas malade. Le déni. Les personnes atteintes ont tendance à se rassurer en comparant leur consommation à celle d’une personne de leur connaissance dont la consommation est supérieure. Tout serait donc sous contrôle. Elles normalisent leur consommation en se disant que tout le monde prend de la cocaïne. C’est une façon de minimiser leur consommation et les conséquences qu'elle implique.
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Que trouve-t-on dans la cocaïne de nos jours ?
La cocaïne est habituellement coupée avec du glucose et des laxatifs. La benzocaïne, un anesthésique dentaire imitant l’effet anesthésiant de la cocaïne et du lévamisole, un agent de coupe de plus en plus utilisé comme produit vermifuge pour vaches et chevaux. La BBC propose une liste complète des impuretés présentes dans la cocaïne.
Comment faire pour obtenir de l’aide ?
Dans votre environnement immédiat, vous pouvez consulter votre médecin traitant. Vous pouvez également vous adresser aux Centres de Soins, d’Accompagnement et de Prévention en Addictologie (CSAPA) qui sont des lieux gratuits et confidentiels. Leurs équipes sont constituées de professionnels du soin, du soutien psychologique et de l’aide sociale et éducative.
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