Covid long : les conséquences sur la sexualité dont personne ne parle

Photographie par Karen Sofia Colon
"Disons qu'avant le Covid, mes projets de vacances d'été étaient de partir en randonnée dans les montagnes", dit Sasha en riant. Aujourd'hui, iel s'essouflent en faisant bien moins que ça. Iel nous décrit ce que ça fait lorsqu'on doit s'arrêter en plein milieu du rapport sexuel parce qu'on n'arrive pas à reprendre son souffle. "Cela m'est arrivé à des moments où j'étais sur le point d'atteindre l'orgasme et j'ai dû couper court". 
Après avoir contracté le Covid en mars dernier, cette personne non-binaire de 33 ans souffre depuis des effets à long terme du coronavirus. Des symptômes tels que la fatigue chronique, l'essoufflement et les douleurs thoraciques l'accompagnent au quotidien. Autrefois capable de parcourir de longues distances à vélo et fan de bouldering et d'escalade, Sasha a désormais du mal à faire ses courses sans assistance. "J'ai très peu d'énergie la plupart du temps", explique-t-iel. "Je ne peux pas rester debout pendant de longues périodes et si je fais une petite promenade dans la journée, je prends une canne avec moi - en partie pour avoir quelque chose sur quoi m'appuyer si mon énergie diminue, mais aussi comme repère visuel pour que les gens me laissent un peu plus d'espace". 
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Le syndrome post Covid-19, ou "Covid long" comme on l'appelle souvent, est un problème qui menace les services de santé. Selon une étude de suivi des symptômes menée par le King's College de Londres, une personne sur 20 dont le test de dépistage du COVID-19 est positif est susceptible de souffrir d'un Covid long. En cas de progression de la pandémie, le nombre de malades pourrait s'élever à des millions dans le monde.
Selon la NHS, le risque de présenter des symptômes à long terme ne semble pas être lié à l'état de santé de la personne lorsqu'elle contracte le coronavirus pour la première fois. En réalité, il existe de nombreuses inconnues en ce qui concerne le Covid long, certain·es expert·es soulignant qu'il est urgent de poursuivre les recherches sur ce qui, selon eux, pourrait représenter un "lourd fardeau sanitaire à l'échelle mondiale".

Nos brochures sur le sexe et l'essoufflement se sont envolées des étagères de la clinique

Rosie, infirmière en pneumologie
Rosie*, une infirmière en pneumologie de 25 ans, a pu constater de visu les effets du Covid long par son travail l'été dernier dans les cliniques post-Covid. "Nous avons reçu beaucoup de personnes qui arrivent et qui sont vraiment essoufflées et fatiguées, des mois après avoir eu le Covid", décrit-elle. "Ils sont essoufflés au moindre effort et les gens oublient que l'effort ne consiste pas seulement à se promener ou à monter des escaliers. Cela implique également la santé sexuelle : la masturbation ou les rapports sexuels avec son/sa partenaire". Elle nous fait part d'une observation fascinante : "Nos brochures sur le sexe et l'essoufflement se sont envolées des étagères de la clinique". Ayant remarqué la popularité du dépliant sur le sexe et l'essoufflement de la British Lung Foundation, Rosie et ses collègues se sont assurés d'aborder le sujet avec les patient·es et ont incité les médecins consultants à faire de même. 
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"Ce n'est pas un sujet dont on parle souvent, ou qui est au premier plan dans l'esprit des gens, mais c'est pourtant essentiel", souligne-t-elle, décrivant comment les symptômes persistants du Covid tels que la fatigue, l'essoufflement et la perte de cheveux se combinent avec les traumatismes et les cicatrices (physiques et mentales) de la convalescence pour créer un profond bouleversement de la confiance et de l'image que l'on a de son corps. "Tous ces facteurs entrent en ligne de compte dans la santé sexuelle d'une personne, son image corporelle et la façon dont elle se sent sexy".
Jennifer, maman d'un enfant, peut comprendre. Elle et son mari ont tous deux attrapé le Covid-19 au début du premier confinement, mais alors que son mari s'est rapidement rétabli, quelques mois plus tard, Jennifer a commencé à souffrir de symptômes du Covid long. "Ça sort de nulle part et ça ne vous lâche plus. Parfois, je suis prise de vertige à force d'être essoufflée en montant les escaliers. Je n'ai ressenti une telle fatigue qu'une seule fois dans ma vie et c'était après être restée éveillée 40 heures après mon accouchement".
Ce qui l'a vraiment bouleversée, cependant, c'est l'effet que cela a eu sur sa relation avec son mari, émotionnellement et sexuellement. "Notre vie sexuelle n'était pas des plus régulières avant le COVID, même si j'avais l'impression que nous étions beaucoup plus heureux, avant que la pandémie ne frappe". Depuis qu'elle est tombée malade l'année dernière, elle confie qu'ils n'ont eu des rapports sexuels qu'une seule fois. "C'était complètement différent pour moi", dit-elle ouvertement. "Bien sûr, j'ai essayé de ne pas le montrer, mais je me sentais essoufflée et super fatiguée après". Elle décrit se sentir comme après une grosse séance de sport. Je lui demande si elle a l'impression que les symptômes l'ont empêchée d'avoir des relations sexuelles depuis ? "Oui. Je pense au fait qu'on ne le fait plus et à l'effet que cela a sur notre relation probablement tous les jours".
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"Les symptômes me retiennent physiquement, certes, mais je ne me sens tout simplement plus attirante, pas d'un point de vue sexuel en tout cas", dit-elle, expliquant que la perte de cheveux a sapé sa confiance en elle, tandis que la fatigue, l'essoufflement et les douleurs articulaires qu'elle ressent lui donnent l'impression d'être trois fois plus âgée qu'elle ne l'est. 
Sarah*, une autre personne qui souffre du Covid long, a également vu son couple affecté. Onze mois après avoir eu le Covid, cette femme de 35 ans dit qu'elle ressent encore fréquemment des douleurs thoraciques et musculaires et qu'elle est frustrée de voir que cela l'empêche d'avoir une vie intime avec son mari. Alors qu'avant le Covid, ils avaient des rapports sexuels deux fois par semaine, ils n'en ont plus qu'une fois tous les deux mois. En clair, elle dit : "Mentalement, j'ai envie de faire l'amour avec mon mari, mais physiquement, ce n'est pas possible, car après l'acte sexuel, mes douleurs corporelles et thoraciques s'aggravent".
L'essoufflement est l'un des problèmes majeurs liés aux effets du Covid long. Jessica Kirby, responsable des conseils de santé à la British Lung Foundation, partage cet avis : "De nombreuses personnes nous ont fait part de leurs difficultés à respirer après avoir eu le Covid. L'année dernière, plus de 50 000 personnes ont visité notre site web pour obtenir des conseils concernant le sexe et l'essoufflement, une nette augmentation par rapport à 2019, donc c'est clairement un sujet qui préoccupe la population".

Oui. Je pense au fait qu'on ne le fait plus et à l'effet que cela a sur notre relation probablement tous les jours.

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Bien que ce chiffre comprend également les personnes souffrant d'autres maladies respiratoires et d'affections de longue durée telles que l'asthme ou la BPCO (bronchopneumopathie chronique obstructive), cette augmentation montre - Covid ou non - qu'un plus grand nombre de personnes consultent pour ce problème. Alors, quels ajustements pouvez-vous faire si vous souffrez d'essoufflement durant le sexe ?
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Kirby insiste sur le fait que l'essoufflement ne doit pas être un obstacle à la sexualité et au couple. "Si vous commencez à vous sentir essoufflé pendant l'acte sexuel, essayez de ralentir ou de faire une pause. Si on vous a prescrit un inhalateur, arrêtez-vous pour vous en servir si nécessaire". Elle conseille d'intégrer des pauses fréquentes, de changer de position ou d'alterner l'activité sexuelle. 
La brochure sur le sexe et l'essoufflement aborde également la question des positions. Certaines contribuent à réduire l'essoufflement, par exemple la position couchée sur le côté avec votre partenaire, soit face à face, soit l'un derrière l'autre. "La clé est d'éviter les positions qui exercent une pression sur la poitrine", explique Kirby. "Les positions qui demandent moins d'énergie pour être maintenues peuvent être plus confortables et vous pouvez également essayer d'utiliser des coussins pour maximiser votre confort". 
Des conseils sur la façon de choisir le bon moment pour avoir des rapports sexuels aux moyens de gérer les symptômes avant de commencer, le dépliant de la BLF présente également plusieurs exemples de positions à essayer (facilement illustrées) et des façons d'encadrer une conversation avec un·e partenaire ou de demander conseil à un médecin.
Si nous avons gagné en liberté sexuelle ces dernières années, la stigmatisation qui entoure le sujet demeure bien réelle. "Personne n'en parle parce que le sujet a été relégué au bas de la liste des priorités", explique Rosie. "Pourtant, le sexe est un élément essentiel de la vie... Je pense que les jeunes, en particulier, considèrent comme acquis leur capacité à avoir des rapports sexuels".
Sasha, quant à iel, doit réapprendre le sexe. "Ça a définitivement eu un effet majeur sur ma santé mentale et c'est assez pénible par moments", dit-iel. "J'ai maintenant une routine pré-sexe : beaucoup plus de préparation psychologique et physique sont maintenant nécessaires avant depasser à l'acte. C'est une nouvelle façon de voir les choses".
*Le nom a été modifié

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