J’ai 30 ans & je n’ai pas (encore) réussi, c’est grave ?

Le jour de mes 25 ans, alors que je paniquais à l'idée d’avoir bientôt 30 ans (ridicule, je sais), mon petit ami de l'époque m'a conseillé de réfléchir à la manière dont ma vie avait changé depuis mes 20 ans et à toutes les choses que j'avais vécues pendant ces cinq années ; et d'imaginer tout ce que je pourrais accomplir d'ici mes 30 ans. Croyez-le ou non, mais sa philosophie de comptoir a réussi à m'apaiser.
J’ai depuis rejoint le club des trentenaires et j'entends ces mots résonner de plus en plus fort alors que j'essaie régulièrement de mesurer toutes les façons dont je me sens différente/meilleure.
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Je suis une personne qui aime planifier et (clairement) de nature inquiète. J'aime par exemple savoir dès le mercredi ce que je vais faire le week-end parce que la perspective de devoir passer un long moment seule avec mes pensées m'angoisse. Je commence à appréhender le réveillon du Nouvel An dès le mois août.
Récemment, alors que je traversais une grosse période de stress, tant sur le plan personnel que professionnel, je me suis rendu compte que je n'étais pas particulièrement fan de mon séjour sur Terre. La vie était devenue pour moi une série d'obstacles à surmonter : galère professionnelle, check. Réunion stressante, check. Rompre avec mon petit ami, et check. Je vivais une sorte de crise existentielle, j'avais l'impression que les trois domaines clé de la vie — le travail, le couple et la maison — n’étaient pas là où je voulais qu’ils soient. J'avais peur en pensant à l'avenir.
À la lumière d'une étude indiquant qu'on avait raté sa vie si on n'avait pas réussi à 32 ans — ces "réussites" étant classées, de manière très utile, dans une check-list — je me suis dit qu'il n'y avait pas de meilleur moyen de voir exactement quel niveau d'échec j'avais atteint jusqu'à présent. Avec la boule au ventre et le moral dans les chaussettes, je me suis donc intéressée à cette fameuse liste de réussite :

On devrait être propriétaire à 31 ans.

Au numéro 1 sur la liste des réussites, on devrait être propriétaire à l'âge de 31 ans. Il y a peu de chance d’y arriver quand on est célibataire et qu'on vit à Londres ou à Paris. En plus, j'ai investi toutes mes économies dans des vacances au Mexique. Ce point est une bougie d'angoisse qui éclaire le fond de mon esprit, je me sens donc équipé pour l'éteindre, même si je suis sûre qu'elle mettra le feu à mon esprit ce soir quand j'essaierai de dormir.
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On devrait être dans une relation sérieuse à 29 ans.

Numéro 2... On devrait être dans une relation sérieuse à 29 ans. J'ai vraiment raté le coche sur ce coup-là. Toute une année de dépassement de la date limite. Plus sérieusement, même si mon passé amoureux est quelque peu mitigé — j'ai eu de merveilleux petits amis et des imbéciles finis — je ne crois pas que je vais rester seule toute ma vie. Et de toute façon, être célibataire, c'est plus ou moins la même chose que d'être en couple ; on a juste plus de temps pour regarder (ce qu’on veut à) la télé.

On devrait avoir des enfants à 30 ans.

Numéro 3... On devrait avoir des enfants à 30 ans. Aïe. Voilà le point qui me fait le plus mal et, j'en suis sûre, concerne des millions de femmes dans le monde. J'aimerais beaucoup avoir un bébé, et je sais bien qu'il y a une date limite. Mais en même temps, suis-je prête à renoncer à toutes mes activités égoïstes pour avoir un bébé là, tout de suite ? La réponse est non.

On devrait avoir une carrière durable à l'âge de 32 ans.

Numéro 4... On devrait avoir une carrière durable à l'âge de 32 ans. Ca veut dire quoi "carrière durable" au juste ? On risque tou·tes d'avoir des carrières qui vont durer parce qu’à ce rythme, personne ne pourra prendre sa retraite avant 70 ans au moins. Ca me fait penser à la scène de la banque dans Mary Poppins, avec M. Dawes Senior et M. Dawes Junior, des vieux hommes poussiéreux enchaînés au même travail ; des chaînes qui se transmettent de génération en génération. Ça n'a plus à être comme ça ! Je déteste le dire, mais on me considère comme une jeune milléniale et, même si j'aime mon travail, je crois avoir lu quelque part, qu'on a tou·tes plusieurs carrières et cette idée me plait.
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On devrait avoir atteint notre salaire cible avant 41 ans.

L'argent se place au numéro 5... On devrait avoir atteint notre salaire cible (35 165 €) avant 41 ans. Je me sens très fière d'avoir non seulement atteint, mais même dépassé cet objectif, avec 11 ans d'avance ! Je m’en félicite avant de réaliser à quel point cette liste ne m'avance pas à grand chose.
Et avec les "succès" restants : avoir un animal de compagnie (pourquoi ce n'est pas numéro un ?), partir en vacances deux fois par an, conduire une belle voiture... enfin, vous voyez le tableau, j'atteins un grand total de deux "succès" sur dix. Mais je sais pourtant que j’ai fait quelque chose de ma vie d'adulte, alors qu'est-ce que je retiens ? Eh bien, j'ai des amis ; des amis qui sont prêts à s'allonger avec moi, à me caresser les cheveux et à me tenir la main jusqu'à que je m'endorme quand j'ai le coeur brisé. Des amis qui peuvent finir mes phrases et rester debout toute la nuit à danser et à me faire rire aux larmes. De sacrés bons copains. J'ai une carrière qui me rend fière, parfois (et qui rend ma mère fière tout le temps). Je suis capable de préparer un Old Fashioned tout à fait décent (et le boire comme une pro). Je profite de ma vie pour voyager, et je suppose que je sais ce qui me convient physiquement : je suis plus heureuse que jamais en me regardant dans le miroir, je fais de l'exercice, je connais et j'aime mon style. 
Mais plus important encore, je sais ce dont j’ai besoin pour être heureuse. Je sais de quel genre de personnes je veux être entourée et à qui je peux parler quand quelque chose ne va pas. Ce n'est pas sur la check-list, mais ça devrait l'être selon moi.
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