Instagram : carte de visite 2.0 ou simple lubie de millennial ?

« Il est vraiment rare qu’on me demande une carte de visite, nous dit Lauren McGoodwin. Elle est à l’origine de Career Contessa, un site de développement professionnel destiné aux femmes. Et, selon où vous situez dans votre carrière et le type de carrière que vous poursuivez, ce fait peut vous surprendre, ou non.
« Si vous répondez je n'ai pas de carte de visite mais que je peux vous donner mon compte Instagram, cela vous donne la possibilité de le faire là, tout de suite. C'est instantané, alors que les cartes de visite peuvent se perdre, ou finir au fond du portefeuille où vous risquez de les oublier, jusqu’à qu’il soit trop tard pour contacter la personne. »
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De nombreuses raisons expliquent que les cartes de visite sont en passe de disparaitre : elles sont encombrantes, elles sont mauvaises pour l'environnement, et elles coûtent de l'argent. Elles ne cadrent pas non plus avec la manière dont beaucoup d'entre nous — bon d'accord, surtout les millennials, mais aussi les professionnels en général — vivons notre vie et communiquons les uns avec les autres. Pourquoi chercher une carte de visite alors qu'on a probablement déjà son téléphone à la main ? Et pourquoi risquer de laisser ce contact potentiel perdre notre carte au fond de son sac à main alors qu'on pourrait lui montrer qui on est, au-delà d’un intitulé de poste et d’une adresse e-mail, et ce en quelques clics ?
Il est vrai que dans certains milieux (plutôt corporate, moins orientés vers les jeunes), les cartes de visite font partie des meubles, un peu comme la machine à café. McGoodwin se souvient d'un incident récent où elle s'est sentie mal à l’aise après qu'un rédacteur en chef qu'elle rencontrait pour la première fois lui a demandé une carte de visite qu'elle n’avait pas. « Je me suis sentie très millennial, » admet-elle. « J'étais gênée, surtout du fait que je dirige un site spécialisé dans le développement professionnel. Donc, s’il y a bien une personne qui devrait avoir une carte de visite, c’est moi. »
D'autres affirment que les réseaux sociaux leur ont ouvert des possibilités qu'ils n'auraient jamais eues avec le networking traditionnel. Par exemple, lorsque Kelsey Formost, une rédactrice freelance vivant à L.A., a publié une illustration qu'elle avait faite à propos de la fête des pères après le décès d'un parent, elle ne s'attendait pas à ce que cela devienne viral, ce qui a beaucoup aidé sa vie professionnelle. Quand son message a été partagé par @mindbodygreen, un compte bien-être avec plus de 784k followers, c'est exactement ce qui est arrivé.
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« En un jour, ma boîte de réception s'est retrouvée saturée de messages de personnes qui souhaitaient travailler avec moi. J'ai obtenu plus de clients avec un poste Instagram personnel, qu'avec tous les événements de réseautage auxquels j'avais participé l'an dernier réunis, » dit-elle. « Les cartes de visite sont strictement professionnelles alors que les réseaux sociaux sont, vous l'avez deviné : personnels. Donner à quelqu’un un aperçu de votre vie quotidienne, c'est cultiver le facteur de confiance dont nous avons tous tant besoin pour réussir en affaires. »
C'est un exemple de tout ce que les réseaux sociaux pourraient et devraient être, si seulement on pouvait se débarrasser de tous les bots, trolls, et ces militants pour le droit des hommes (avec un petit «h»). Et l'idée de rencontrer brièvement quelqu'un IRL (dans la vraie vie quoi) et de développer plus tard la relation en ligne — plutôt que par le biais d'un e-mail ou pire, d'un rendez-vous autour d'un café — est un avantage supplémentaire apporté par la technologie moderne. Cela permet d'égaliser les chances entre les introvertis et les extravertis et de donner à deux personnes un point de départ « organique » – pour parler comme un responsable des réseaux sociaux. Même si ce n'est qu'un emoji sous une photo, ou un DM informel dans les lignes de, « c'était sympa de se rencontrer hier. »
Illustru00e9 par Lily Fulop
Cela dessert également toute une génération de travailleurs qui poursuit parallèlement deux carrières (ou plus). Selon une étude de 2017 de Bankrate, rapportée par CNN, 44 millions d'Américains ont un « side hustle » (ou activité secondaire). Certaines vont de pair, comme la gestion des réseaux sociaux et la rédaction, tandis que d'autres sont plus difficilement présentables sur la même carte de visite. Des applications comme Instagram, Twitter et LinkedIn nous permettent de partager les nuances de nos ambitions professionnelles et de nos personnalités. (La plateforme sur laquelle vous êtes la·le plus actif·ve professionnellement dépend souvent de votre domaine d'activité ; ce qui fonctionne pour un apprenti styliste ne sera probablement ne sera pas forcément adapté pour un agent de change de Wall Street).
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Il est compréhensible que les freelancers ou les personnes en reconversion professionnelle ne veuillent pas débourser de l'argent pour des cartes de visite, mais même certaines entreprises prennent la décision de s'en débarrasser. Richard Ramsuchit, propriétaire de Reverse Karma, une marque qui vend de l'encens et des résines, explique que sa société a d'abord imprimé « une centaine de cartes de visite traditionnelles, » mais comme personne ne les utilisait, il a décidé de les proscrire.
« C'est du gaspillage, personne ne les garde, » dit Ramsuchit. « Les consommateurs veulent réduire leur production de déchets et de papier. On nous demande plus souvent de partager nos comptes réseaux sociaux ou vont entrer mon numéro directement dans leur téléphone en ajoutant une méthode de contact supplémentaire, comme une adresse e-mail. »
Selon Carolyn Cox, directrice de Green Business HQ, aux États-Unis seulement, plus d'un milliard de cartes de visite sont imprimées chaque année. « Même avec les calculs les plus optimistes sur l'utilisation de papier recyclé, cela représente environ 30 000 arbres par année ou environ 500 hectares de forêt, dit-elle. « Si elles étaient toutes imprimées sur du papier vierge — non recyclé — ces chiffres pourraient atteindre jusqu'à 500 000 arbres. » Elle note que 88 % des cartes de visite imprimées sont jetées une semaine après avoir été données.
Pour les entreprises qui veulent continuer à imprimer des cartes de visite pour leurs employés, l'utilisation de cartes faites de fibres recyclées, neutres en carbone ou positives et certifiées par le Forest Stewardship Council ou le Programme for the Endorsement of Forest Certification est une étape importante, selon M. Cox.
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« Nous avons encore des cartes de visite imprimées qui répondent à ces critères environnementaux, » dit-elle en parlant de son entreprise. « Pourquoi ? Parce qu'il suffit d'un seul nouveau contact pour avoir un impact positif sur l'environnement. » Elle ajoute cependant qu’il est « plus rare d’en distribuer de nos jours. »
Mais il y a une différence entre le réseautage avec quelqu'un dans sa tranche d'âge — qui est susceptible d'être actif sur les mêmes plateformes sociales que vous — et essayer d'établir un lien avec quelqu'un de beaucoup plus âgé. Dans ce cas, il est probable que ces personnes préfèrent la formalité d'une bonne vieille carte de visite. Mais la même chose sera-t-elle vraie dans dix ou quinze ans, quand la génération Y occupera les postes de direction ? Cela semble peu probable.
Je pense que qu'il est encore important d'avoir les deux, car cela permet d'adapter votre mode de communication aux besoins de votre interlocuteur, surtout si vous voulez obtenir quelque chose de sa part, » explique McGoodwin. Elle prévient également que si vous songez à utiliser les réseaux sociaux pour promouvoir votre activité professionnelle, vous devriez penser à l’image que vous souhaitez projeter et déterminer quel type de contenu va vous aider à le faire. Il n'y a rien de mal à afficher un selfie bikini — surtout si votre carrière a un lien avec le fitness, le bien-être ou la mode — mais si vous partagez vos comptes sociaux avec un client potentiel, assurez-vous que le contenu soit approprié.
« J'avais souvent tendance à plaisanter en disant : on ne va pas simplement frapper à votre porte et vous proposer un job, » dit McGoodwin. « Mais au final, ça se pourrait bien... Alors gardez l'oeil sur votre boîte de réception. »

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