Gender queer : 3 personnes non-binaires partagent leurs perspectives sur le genre

Début 2012, je discutais avec un·e ami·e du mouvement genderqueer : sa signification, ce qu’il représentait et comment définir qui en faisait partie. Je voulais aller plus loin dans mon exploration du mouvement. J’ai n’ai jamais eu le sentiment d’appartenir complètement à l’une des deux catégories du genre, je me suis donc immédiatement identifié·e à ce sujet. Mais ce qui m’a poussé·e à produire (au sens photographique) Outside & In Between Monograph, c’est l’agression de Sasha Fleischman dans un bus de Oakland, en 2013, probablement en raison de la jupe qu’il portait. J’avais déjà photographié Fleischman, qui se considère de genre neutre, pour le San Francisco Magazine. L’article est devenu une série sur la communauté genderqueer. J’ai été profondément marqué·e et inspiré·e par chacun·e des personnes que j’ai photographiées. Pas seulement par leurs choix vestimentaires, mais plutôt par leurs manières de comprendre et d’interagir avec le monde qui les entoure. Pour la plupart, ils ont dû faire face à une constante pression de rentrer dans l’une des catégories binaires, alors, les voir exprimer ouvertement leur vraie personnalité était pour moi très émouvant et libérateur.
Après l’agression de Fleischman, j’ai remarqué que de plus en plus de personnes se sentaient prêtes à parler de leurs sentiments et à partager leurs expériences avec le genre, ses nuances et comment agir face aux personnes qui n’adhèrent pas aux normes sociétales. Ces personnes ont accepté d’être photographiées ce qui m’a permis d’écrire mon livre qui va bien plus loin que l’article du SF Magazine.
Ce qui m’a initialement attiré·e vers ce mouvement, c’est la liberté qu’il représentait : être soi-même, peu importe ce que cela signifie. Il est possible d’explorer les archétypes traditionnels un jour, et de les ignorer complètement le jour suivant. Le sentiment de soi, la sexualité et l’identité de genre peuvent évoluer en dehors d’une polarité, vers un lieu de coexistence harmonieuse. Beaucoup des personnes que j’ai photographiées pour cette série ont eu toute leur vie le sentiment d’être torturées et de ne pas avoir leur place, incapables ou refusant de vivre dans le mensonge. La société s’est acharnée à leur faire sentir que leurs normes n’étaient pas acceptables. La génération précédente a vécu dans le secret, incapable de s’habiller comme elle le souhaitait en dehors de l’intimité de leur foyer, jamais en public. La nouvelle génération dispose de bien plus de libertés à ce sujet ; mais il reste bien du chemin à faire.
Les pronoms constituent une part importante de la question et varient grandement au sein même de la communauté : de « iel » à « ul et ol » ou « ael » et bien plus encore. Non-binaire, gender fluide, genderqueer, androgyne, agenre… il existe de multiples manières de s’identifier et chacune de ces identités a un sens qui lui est propre.
Le genre et l’identité sont des questions complexes. Ce mouvement nous donne plus d’espace pour entrer en introspection. J’ai toujours refusé d’entrer dans l’archétype de la féminité ou d’être entièrement masculine. C’est rafraichissant de pouvoir se présenter et de se connaitre de la manière qui a le plus de sens à ses yeux, qu’il s’agisse de porter une robe ou un costume d’homme, ou quelque chose de plus interne, comme se sentir libre de s’exprimer et de laisser s’exprimer son corps de la manière qui semble la plus naturelle et confortable.
Cette série a été photographiée dans un environnement cher à chacun des individus, le plus souvent à leur domicile, afin de permettre aux lecteurs et à l’audience de découvrir leur personnalité et leur environnement. Il s’agit d’explorer ce mouvement et ce qu’il représente pour chaque personne impliquée. Chacune a écrit un passage sur ce que représente pour elles le chez-soi et leur expérience personnelle vis-à-vis du genre.

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