Comment parler de racisme avec son partenaire selon un psy

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La lutte contre le racisme commence bien souvent par soi-même - et par celles et ceux qui vous sont les plus proches. Il est particulièrement important de dénoncer le comportement problématique de vos ami·es, des membres de votre famille et de vos partenaires romantiques. "Cette situation peut être gênante ou inconfortable, mais ce n'est pas une raison pour ne rien dire", explique Moraya Seeger DeGeare, thérapeute spécialisée dans le couple et la famille et copropriétaire de BFF Therapy à Beacon, NY.
DeGeare remarque que de nombreux couples avec lesquels elle travaille semblent attendre le "moment idéal" pour aborder des sujets difficiles comme la question raciale. "Il n'y a pas de moment idéal", souligne-t-elle. 
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Si vous et votre partenaire n'avez pas l'habitude de parler de racisme, c'est le moment idéal pour vous y mettre. Commencez par réfléchir exactement à ce que vous voulez dire - et pourquoi. "Posez-vous quelques questions en amont", suggère DeGeare. "Cette question est-elle évoquée parce qu'elle est largement présente dans les médias en ce moment ou est-ce parce qu'il y a six mois ou cinq ans, votre partenaire a dit quelque chose qui vous a vraiment dérangé ?"
Elle conseille également de préparer des notes. "Je conseille de noter toutes les questions que vous avez pour votre partenaire. D'écrire tous ces incidents qui vous ont vraiment marqué émotionnellement, quand vous ne saviez pas quoi dire, et de prendre le temps d'y réfléchir", conseille DeGeare. Une fois que tout est sur papier, relisez bien vos notes et déterminez les trois points principaux que vous voulez aborder lors d'une première conversation. Comme le dit DeGeare, "Faites le tri et ne vous contentez pas de dire : "Je pense que tu es raciste". 
Il est essentiel de garder l'esprit ouvert, et d'éviter de faire preuve d'agressivité. Une bonne entrée en matière : "Qu'est-ce que tu penses de tout ce qui se passe en ce moment ?" suggère DeGeare. "Essayez de maintenir une atmosphère détendue." Si c'est la première fois que vous abordez la question du racisme, attendez-vous à ressentir une forme de malaise. "La personne qui en parle doit être prête à se sentir mal à l'aise", souligne-t-elle.
Une fois que vous avez ouvert la conversation, pratiquez l'écoute active, suggère Alfiee Breland-Noble, psychologue, auteure, fondatrice de l'association de soins de santé mentale AAKOMA et animatrice du podcast "Couched in Color with Dr. Alfiee". Répétez ce que votre partenaire vient de dire, puis prenez bien le temps de réfléchir avant de répondre.
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Il est également important de se souvenir que vous ne pouvez pas contrôler sa réaction. Peut-être qu'il va vous dire : "Oh, je n'y ai pas vraiment réfléchi" ou "Oui, j'ai pas mal de choses à apprendre autour de ça", et vous pourrez vous servir de cela comme point de départ", dit DeGeare.
Faites-lui découvrir des livres, des émissions de télévision et des documentaires antiracistes informatifs et éducatifs que vous pouvez écouter, lire ou regarder ensemble.
"Avant même d'en parler, la conversation doit vraiment porter sur la manière dont nous nous éduquons afin de pouvoir mettre l'accent sur la justice et la conscience sociale", note le Dr Breland-Noble.
Mais il n'est pas exclu que votre partenaire dise quelque chose qui vous choque.
Comme le rappelle DeGeare, les racines du racisme sont tellement profondes et insidieuses que certaines personnes peuvent se dire : "Oh, je ne savais pas que je ne pouvais pas dire ou faire telle ou telle chose". 
Si votre partenaire réagit de manière agressive, eh bien... il est peut-être temps de mettre un terme à cette relation.
"Oui, débarrassez-vous de cette personne agressivement raciste", précise DeGeare. "Si cette personne est à ce point raciste, pourquoi êtes-vous avec elle en premier lieu ? "
Le Dr Breland-Noble fait écho à cette déclaration. "Si vous vous sentez déjà forcé d'avoir cette conversation et que vous ne vous sentez pas soutenu par votre partenaire, le problème va au delà de la simple question du racisme. C'est un partenaire qui ne vous soutient pas, point final."
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"Parler de race et de racisme ne devrait pas être une conversation à sens unique", ajoute DeGeare. Il ne s'agit pas de cocher une case. Demander à votre partenaire une fois ce qu'il pense de l'actualité, puis ne plus jamais en parler, c'est passer à côté de l'essentiel. Pour être un·e véritable allié·e, ces conversations doivent être menées régulièrement.
Mais elles n'ont pas besoin d'être longues. En fait, DeGeare suggère de régler un minuteur. Une conversation qui dure des heures et qui tourne en rond ne sert à rien. Comprendre et dénouer le rôle que l'on joue dans le racisme systémique, c'est comme un marathon : un travail de longue haleine qui nécessite de l'entraînement, alors allez-y pas à pas.
Ces conversations ne sont jamais faciles à avoir (si elles le sont, c'est peut-être que vous ne creusez pas assez profondément dans votre propre complicité avec le système). Mais vous ne le faites pas parce que c'est agréable. Vous le faites parce que c'est ce qu'il faut faire pour mettre en œuvre des changements réels et durables. Comme l'a dit Layla Saad : "Il n'y a pas d'autre récompense à la fin que de savoir que vous faites ce travail parce que c'est la meilleure chose à faire".

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