3 femmes partagent leur ressenti sur la semaine des 35 heures

Photo : Meg Gagnard

On le sait, la semaine des 35 heures est quelque chose que le monde entier nous envie. Et que le MEDEF aimerait bien nous enlever, et ce même si de plus en plus d'études montrent que la productivité diminuerait avec le temps de travail. Au Royaume Uni par exemple, le temps moyen de travail hebdomadaire serait de 42,50 heures, de même qu'en Autriche. C'est plus que la moyenne européenne, qui est de 41,2 heures, vs. 36 heures pour la France. Mais nous ne sommes pas les seuls à reconnaître que travailler moins rend plus heureux. On se souvient de cette entreprise néo -zélandaise qui avait beaucoup fait parler d'elle en proposant à ses employés de passer à la semaine des 4 jours pour le même salaire. Le résultat : réduction du stress, meilleur équilibre entre vie et travail et hausse de la productivité.
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Et si la loi des 35 heures a été introduite à l'origine pour réduire le taux de chômage et améliorer la qualité de vie des salariés, 11 ans après son lancement, on entend maintenant dire qu'elle serait l'un des facteurs de la crise financière en France. Pourquoi ? Parce que la législation rendrait l'obtention d'heures supplémentaires plus difficiles, notamment dans le milieu ouvrier. En plus de ça, beaucoup reproche une hypocrisie des employeurs, qui n'acceptent pas toujours de rémunérer en heures supplémentaires. Chez les cadres, la loi n'est tout simplement pas applicable, et les employés s'exposent à des heures de travail très longues, que les RTT ne compensent pas toujours. Nous sommes parties à la rencontre de trois femmes en poste qui ont accepté de partager leur ressenti sur la réforme des 35 heures.
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Laetitia Tourraine, 28 ans, responsable des ventes pour une entreprise de luminaire à Paris, travaille 35 heures par semaine et bénéficie de 7 semaines de congés par an. Elle ne travaille jamais les weekends.
« En terme d'équilibre, je trouve que travailler 35 heures est idéal. Je travaille de 9h à 17h, donc je peux passer du temps avec mon fils. Ce que j'apprécie le plus, c'est de pouvoir préparer à manger et d'être libre le week-end.
Je n'en ai jamais fait l'expérience moi-même, mais je sais que certains employeurs se cachent derrière la loi pour ne pas payer d'heures supplémentaires. Un ami voulait travailler plus d'heures pour pouvoir offrir un beau cadeau à sa copine, et son patron lui a répondu : « Tu as un contrat 35 heures, on ne te paiera pas un centime de plus pour des heures supp ». Le manque de flexibilité de certains employeurs peut donc être un désavantage pour ceux qui souhaitent occasionnellement faire des heures supplémentaires. C'est aussi plus difficile de réclamer d'être rémunéré·e pour ses heures sup quand on a un contrat à 35 heures, car il arrive que les employeurs refusent de les comptabiliser.
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J'ai connu les déboires des longues heures de travail quand je bossais à Londres. J'étais jeune maman et je bossais à raison de 45 heures par semaine. Je démarrais à 8h et finissais à 18 heures minimum. Il fallait que je dépose mon fils à 7:30 tous les matins et le récupère à 18:30. J'ai tenu 4 mois, puis j'ai démissionné.
Non seulement je ne voyais jamais mon fils, mais ça l'affectait lui aussi, de passer autant d'heures sans moi. Je payais énormément pour sa crèche, et j'étais constamment stressée et irritable. Il fallait que je me dépêche pour tout : me lever, me préparer, déposer mon fils, le récupérer, faire à manger, le doucher etc. J'étais crevée tous les jours. »
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Tout le monde ne bénéficie pas de la semaine à 35 heures. En tant que cadre dans le digital, la loi ne s'applique pas pour Lucie, 28 ans. Elle travaille généralement entre 40 et 42 heures par semaine, parfois plus quand elle a une urgence à traiter. Elle perçoit 5 semaines de congés + un grand nombre de RTT pour compenser ses heures supplémentaires.
« Dans mon poste actuel, j'arrive assez bien à trouver un équilibre vie-travail. Je coupe mon téléphone après le diner et le week-end, et je n'emporte jamais mon téléphone et ordinateurs de travail en vacances. Et mes managers respectent ça. C'est aussi ce qu'ils font eux-même.
Quand je faisais du travail saisonnier, je pouvais bénéficier de la semaine des 35 heures, mais c'était généralement des postes junior très éprouvants sur le plan physique et mental. Je pense aux métiers de commercial entre autres. J'étais très contente de pouvoir bénéficier de ce type de contrats. Je trouve aussi que la loi est idéale pour les parents qui souhaitent aller récupérer leurs enfants à l'école, préparer à manger etc. sans avoir à se reposer sur une nounou ou les grands-parents. C'est ce que faisaient mes parents.
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Je trouve quand même la loi un peu trop rigide. C'était difficile pour moi de demander à faire des heures supplémentaires par ci par là ou de partir plus tôt si j'avais un rendez-vous médical, même si je promettais de compenser plus tard. Je me souviens d'une fois où j'avais fait quelques heures supplémentaires et où on m'avait explicitement dit de faire attention de bien m'en tenir à mon contrat parce qu'on ne pourrait pas me payer plus. Mais pour être honnête, je suis contente que la loi existe, même si je n'en bénéficie plus moi-même. »
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Meg Gagnard, 29 ans, responsable marketing dans le digital à Paris. Elle travaille 45 heures en moyenne mais reçoit environ 36 jours de congés par an (25 + 11 jours de RTT) en plus des jours fériés. Elle travaille rarement le week-end.
« En tant que cadre, je suis payée pour travailler un certain nombre de jours par an, mais mes heures ne sont pas fixes ni limitées à un certain nombre par semaine. Ce qui veut dire aussi que le temps de travail des cadres comme moi est souvent dicté par la culture d'entreprise. Pour mes amis par exemple, travailler 45 heures semble tout à fait raisonnable.
J'imagine que l'avantage premier des 35 heures est de pouvoir réussir à trouver un équilibre entre vie et travail. Etre capable d'aller à des événements, être là pour ses enfants et ses amis, avoir du temps libre pour un hobby, cuisiner et ne pas constamment manquer les moments importants de la vie etc. Se sentir aussi revigoré·e avant de redémarrer le travail aussi, pour être in fine plus productif et alerte, ce genre de choses quoi !
Je dois dire que je ne connais personne qui travaille 35 heures autour de moi. Je dirais qu'en moyenne, les gens de mon industrie travaille entre 45 et 50 heures, sinon plus. Personnellement, je me sens beaucoup plus productive quand je travaille moins. »
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