À quoi s'attendre quand on sort avec quelqu'un de plus riche

Illustrated by Anna Jay.
Dès les premières semaines à l’université, j’ai pris conscience de l’ampleur de mon sentiment d’appartenance à la classe ouvrière. Je sirotais tranquillement ma bière au bar de la fac quand un jeunot de 18 ans a tenté de flirter avec moi en affirmant que Hull, ma ville natale, était le coin le plus merdique de Grande-Bretagne.
Depuis que j’ai 16 ans, je suis passionnément et inlassablement investie dans ma vie amoureuse. Si on m’avait dit qu’à l’âge de 26 ans que ma liste de conquêtes compterait un universitaire américain, un athlète professionnel, champion national d’escrime et le fils de deux acteurs turcs très connus, je ne l’aurais jamais cru. J’avais déjà du mal à me tenir comme il faut avec les gens de mon milieu, dans ma propre ville, alors ne parlons pas de m’intégrer à l’élite.
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Aussi loin que je m’en souvienne, j’ai toujours été attirée par les personnes hors de ma portée – pour la plus grande partie de mes années fac, j’ai eu l’impression d’être Dan Humphrey, courtisant inlassablement la belle Serena van der Woodsen. Pour moi, cet écart de milieu social représentait ce qui me manquait, ce que je n’étais pas en mesure d’apporter. C’est durant les premières années de l’âge adulte que l’on forme son identité, alors si l'on ajoute au tableau une personne dont la version de ce qui est normal diffère drastiquement de la vôtre, cela peut compliquer les choses.
Mais soyons clairs, mes parents nous ont donné tout ce qu’ils ont pu — on était tout de même conscients de vivre en respectant un budget très strict. On épluchait les tickets de caisse à la sortie du supermarché, mon père et ma mère ont mis leur vie sociale entre parenthèses afin de nous offrir, à ma sœur et moi, des vêtements convenables, et ils ont même pris des crédits afin que l’on puisse partir en vacances et découvrir le monde, et ce en dépit des circonstances. Mes parents ont fait tout ce qu’ils ont pu pour qu’on ne manque de rien — mais c’est le monde extérieur qui s’acharnait à nous rappeler qu’on ne valait rien.
L’argent a de l’importance
On a tous fait l’expérience au moins une fois d’un rendez-vous médiocre, mais ce qui devient problématique, c’est lorsqu’on se rend compte qu’on n’a pas le budget pour voir son partenaire sans se mettre dans le rouge. L’année de ma licence, j’ai tout fait pour que ma relation longue distance fonctionne. Je dépensais une grande partie de mon salaire en tickets de bus — le moins chers possibles — afin de rendre visite à mon mec. Mais plutôt que de partager avec lui mes problèmes financiers, je prétendais avoir déjà mangé lorsqu’on allait au resto ou alors je prenais le plat le moins cher du menu, histoire de sauver les apparences.
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Certaines personnes se croient tout permis
Comme c’est le cas pour beaucoup, on m’a appris que la classe moyenne vaut mieux que la classe ouvrière. J’ai grandi dans un monde où la classe ouvrière était décrite avec des termes tels que ‘prolos’, un monde où l’on cesse de nous parler de fraude sociale aux infos et dans lequel les magazines continuent d’afficher des listes des personnes les plus riches qui — quelle surprise — pour nombre d’entre eux sont nés avec une cuillère en argent dans la bouche. Pour moi, le problème est clair : inculquer à quelqu’un que sa valeur découle de sa richesse et du poste qu’il ou elle occupe, c’est lui donner une sorte de mérite, lui laisser penser que tout lui est dû.
Force est de constater que pour grand nombre de personnes, l’intelligence passe par la façon de s’exprimer. Mon ex, diplômé d’une prestigieuse université, avait pour habitude de se moquer de mon accent et de ma tendance à mélanger les métaphores, et c’était souvent devant les autres. Quand je lui ai avoué à quel point je trouvais ça humiliant, il n’a pas eu l’air de comprendre. Il pensait au contraire que je devrais faire preuve de gratitude. « Tout ce que j’essaye de faire, c’est t’aider à moins te faire remarquer, » m’a-t-il dit lors de notre dernière conversation. « C’est pour ton bien. »
Minimiser son privilège ne dupe personne
Bien qu’on m’ait lourdement fait remarquer ma manière de m’exprimer, et les nombreuses choses à changer pour que mon point de vue ait de l’importance, les personnes avec qui je suis sortie n'ont jamais pensé à s'analyser de la même manière. L’un de mes ex, aimait dire qu’il venait d’un quartier de Londres plus difficile qu’il ne l’était en réalité, et n’avait aucune gêne à coloniser le langage 'urbain' – en dépit du fait qu’il était blanc, qu’il venait de la classe moyenne et que son père était diplômé d’une des écoles les plus prestigieuses du pays. Ensuite, il y a eu ce mec d’une trentaine d’années qui m’expliquait que bien qu’il arrive à vivre des scripts qu’il écrivait pour une compagnie de théâtre deux fois par an, il était tout de même considéré comme un outsider à Cambridge ; un autre qui avait pourtant 36 ans, m’a dit qu’il était « juste allé à une école privée. »
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Faire preuve de condescendance n’est pas la même chose que de me comprendre
La première fois que j’ai tenté de m’installer à Londres à 23 ans, ça n’a pas été comme prévu — je n’ai pas pu rester quand j’ai appris que j’allais être payée moitié moins que prévu — et j’ai dû retourner à ma ville natale temporairement. Mon copain de l’époque qui appartenait à la classe moyenne est venu me rendre visite. Il lui a semblé bon de me dire durant son séjour d’arrêter de m’inquiéter, ce n’était pas comme si « mes parents habitaient en zone de guerre » ou encore que ce n’était pas parce que « ma ville était merdique que c’était également mon cas. »
Le fait que cela puisse être condescendant semblait le dépasser, il a ensuite essayé de se faire passer pour plus prolo qu’il ne l’était et disait venir d’un coin de Londres plus difficile qu’il ne l’était en réalité et utilisait un ‘langage de camionneur’ plutôt que de s’exprimer comme les personnes qui l’entouraient à son école privée. Quelques mois après notre rupture, je suis tombée sur son profil sur Bumble où l’on pouvait le voir se moquer d'une affiche de l'office du tourisme de Hull.
Dans un pays qui fait passer le standing social avant la bienveillance, il peut parfois sembler difficile de ne pas être né·e dans la richesse et le privilège. De nombreux sites de rencontres et colonnes de magazines soutiennent que si l’on apprend à s’aimer, on rencontrera l’amour plus rapidement. Je ne pense pas que ce soit le cas. Je pense que ce qui est important, au milieu de tout cet égoïsme, cette hypocrisie et ces mesquineries, c’est de se connaitre soi-même. Et se connaitre, comme le dit si bien Heather Havrilesky (aka ask Polly de the Cut), cela veut dire aimer à cœur ouvert, et ne pas oublier mon milieu et son statut social.
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