Cette scène de sexe de La Servante écarlate est sinistre. Parlons-en

Photo: Courtesy of Hulu.
J'avais entendu parler des retrouvailles sexuelles entre June Osbourne (Elisabeth Moss) et son mari, Luke Bankole (O-T Fagbenle), avant d'avoir vu la scène. Une collègue qui avait déjà regardé les épisodes de la saison 4 de La Servante écarlate (Handmaid's Tale) m'en avait parlé avec horreur. Elle m'avait prévenue que le septième épisode, "Home", qui contient la scène sombre entre June et Luke, faisait apparemment l'amalgame entre agression sexuelle injustifiée et badasserie féminine. Quand j'ai finalement pris le temps de regarder le fameux épisode, je suis restée complètement choquée par ce que je voyais. Le premier rapport sexuel de June et Luke depuis des années dans La Servante écarlate n'a rien de valorisant. C'est un tableau dérangeant et fidèle à la dure réalité que l'équipe de la série a voulu créer. 
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"Home" marque l'arrivée tant attendue de June au Canada, un pays libéré de l'étouffoir fasciste de Gilead. June est accueillie en qualité de réfugiée, on lui donne une chambre d'hôtel pour quelques jours afin d'aider à fournir au gouvernement américain des informations sur la période où elle a été asservie, et elle est finalement autorisée à rentrer chez elle, dans la maison de Luke, en banlieue. Pendant la majeure partie de la saison, June se rend compte qu'elle se sent déconnectée de son mari et de la vie heureuse qu'il a créée dans ce nouveau pays. Luke a quitté les États-Unis quand c'était encore techniquement l'Amérique ; il n'a jamais été témoin des véritables horreurs de Gilead. En théorie, c'est une bonne chose, mais cela crée également un océan de distance entre le mari et la femme. Le fait que Luke cherche désespérément à retrouver leur fille Hannah (Jordana Blake), alors que June sait que leur fille est terrifiée par elle, n'aide pas. 
Cette distance commence à se combler, du moins physiquement, vers la fin de l'épisode. Incapable de dormir dans son lit douillet auprès de Luke, June va affronter Serena Joy Waterford (Yvonne Strahovski), qui est détenue en prison par les États-Unis. June grogne à Serena que Dieu ne l'a mise enceinte que pour tuer son bébé, exposant ainsi Serena à une fraction de la douleur qu'elle a causée à d'innombrables autres femmes en aidant à concevoir Gilead. Serena éclate alors en sanglots, ce qui remplit June de joie alors qu'elle quitte la cellule (étonnement somptueuse) de son ancienne tortionnaire. 
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Photo: Courtesy of Hulu.
O-T Fagbenle and Elisabeth Moss as Luke and June in Handmaid's Tale.
Énergisée par cette petite victoire sur Serena, June rapporte cette énergie chez Luke. Dans l'obscurité, elle enlève sans mot dire une partie de ses vêtements et s'approche de Luke qui dort profondément. Le son de la fermeture éclair du pantalon de June hors caméra est intentionnel. D'abord, elle l'embrasse. Luke est intrigué par cette approche, mais aussi confus. Il veut savoir l'heure qu'il est. Une partie de lui pense probablement que cette expérience est un rêve, après des années passées à s'inquiéter de la sécurité de sa femme. En quelques secondes, June passe de la caresse de Luke sous les couvertures à la chevauchée complète. Aucun mot n'est échangé, aucun consentement verbal n'est donné. Lorsque Luke comprend ce qui se passe, il tente de toucher June, désireux de se sentir sur un pied d'égalité dans cet acte sexuel. June saisit sa main, l'écarte d'elle et l'immobilise. 
"June, attends. Attends une minute. June attends. Attends", demande doucement Luke. Au moment où Luke dit "attends" la première fois, tout devrait s'arrêter. C'est ainsi que le sexe (par opposition à la violence sexuelle et au viol) fonctionne. June se contente d'ignorer Luke. Elle presse sa main contre sa bouche pour le forcer à se taire. Elle continue à le monter, en augmentant sa vigueur petit à petit. 
Arrive alors un gros plan sur June alors qu'elle atteint l'orgasme, abordant l'expérience comme s'il s'agissait pour elle d'une victoire sexuelle. L'inclinaison vers le haut de son visage la fait paraître puissante ; son large sourire et ses halètements de plaisir la dépeignent comme libre pour la première fois depuis longtemps. Les mouvements de caméra vers le bas, vers Luke, retière toute excitation à cette scène de sexe. C'est triste. Luke grimace alors que June tient sa main sur son visage, et son visage se relâche lorsqu'elle l'enlève pour profiter de son orgasme. Ce n'est pas agréable pour Luke. Il n'a pas l'air de quelqu'un d'heureux de se sentir enfin connecté à sa femme - il donne plutôt l'impression de se sentir utilisé et déboussolé. Ce n'est pas comme ça qu'on se sent après le sexe. La violence sexuelle, par contre, provoque ces sentiments. 
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Les scénaristes de La Servante écarlate ont cherché à capturer la "vérité" sans fard de ce à quoi ressemblerait le retour de June à travers cette scène bouleversante. "Nous voulons tous une fin heureuse pour June. Je le voudrais sincèrement", a déclaré Yahlin Chang, le scénariste de l'épisode, à Refinery29 par e-mail. "Est-ce réaliste, compte tenu de ce que ce personnage a traversé ... compte tenu de ses années à Gilead et de tous les traumatismes et les violences qui ont imprégné sa vie là-bas (et dont certains qu'elle a été forcée à infliger), qu'en ce jour particulier juste après qu'elle a quitté Gilead elle puisse instantanément se précipiter dans une relation intime saine et tendre avec Luke ?". 
La réponse à la question de Chang, comme le prouve la scène, est un franc "non". Le producteur et scénariste l'a réalisé après avoir parlé avec des psychologues et des experts en traumatisme des hypothèses de l'expérience de June. "Est-il plus honnête pour le personnage que des questions de pouvoir et de domination, ainsi que le simple plaisir de s'évader, se soient glissées dans sa relation au sexe ?" poursuit Yang, "et que le sexe soit davantage lié à certaines de ces questions qu'à une connexion intime et aimante avec le mari que l'on n'a pas vu depuis des années".  
Si La Servante écarlate a manifestement beaucoup réfléchi aux retrouvailles de June et Luke, elle tombe tout de même dans un piège similaire à la scène intime extrêmement controversée de Game of Thrones entre Jaime Lannister (Nikolaj Coster-Waldau) et sa sœur et amante Cersei (Lena Headey). Jaime a été (à juste titre) retenu comme prisonnier de guerre, a failli être exécuté et s'est fait couper la main de son épée bien-aimée par un sadique avant de retrouver King's Landing et Cersei. Jaime et Cersei ont tous deux perdu un enfant. Lorsqu'il revoit Cersei, Jaime la maintient au sol et la pénètre, alors qu'elle lui dit "stop" à plusieurs reprises. 
De nombreuse·x téléspectateur·ices ont regretté que Game of Thrones n'ait pas abordé les conséquences de cette rencontre, qui, selon toutes les parties concernées, n'était pas une représentation de viol. La Servante écarlate avait l'opportunité d'explorer comment les actions dévastatrices, mais compréhensibles sur le plan naratif, de June ont affecté à jamais les fondements de son mariage. Une seule conversation aurait suffi. Au lieu de cela, dans la scène qui suit directement l'orgasme de June, nous voyons le couple jouer dans la neige avec leur petite fille. Luke sourit à June, comme si rien ne s'était passé entre eux. Quand il la fixe trop longtemps, ce n'est pas de l'appréhension ou de la douleur que l'on lit dans son regard, mais de l'inquiétude quant à savoir si June est vraiment aussi heureuse qu'elle le laisse paraître. 
"Nous avons toutes quitté ce lieu traumatisés par le sexe", dit Moira (Samira Wiley) à propos d'elle-même, de June et de leurs camarades réfugiés de Gilead, 30 minutes après le début de "Home". La saison 4 de La Servante écarlate compte trois autres épisodes pour que June ait une chance de comprendre le vrai sens de ces mots.