Année de césure, consulting : la Gen Z rebondit face à la crise du chômage

Illustration AISHA DEV
Ce n'est vraiment pas l'année rêvée pour finir ses études. D'une part, tout projet de célébrer son diplôme dignement est tombé à l'eau avec les règles de distanciation sociale. Et d’autre part, une hausse du chômage sans précédent chez les moins de 25 ans, pousse des centaines de milliers de jeunes diplômés, qui débarquent sur le marché du travail, à s’interroger sur leur avenir. Et ils ont toutes les raisons de s'inquiéter : dans un rapport publié en mai dernier, l'Organisation internationale du travail s'inquiétait des conséquences durables de cette crise du chômage "Sachant que la récession entraînée par la crise du Covid-19 est bien plus grave que dans les cas précédents, il faut s’attendre à des pertes salariales à long terme pour des cohortes de jeunes qui ont la malchance de sortir du lycée ou de l’université à la fin de cette année scolaire 2019-2020", lit-on dans le document.
Publicité
En réaction à ce chaos, de nombreux étudiants décident de prendre une année de césure ou de changer d'orientation. Et à l'ère de TikTok et "OK Boomer", cela conduit certains vers le monde du consulting générationnel.
Le consulting générationnel n’a rien de nouveau, mais certains peuvent penser qu'il s'agit simplement d'un e-boy ou d'une e-girl à la mode, embauché·e pour donner aux marques une image et un style plus jeunes, simplement en partageant leur esprit teen cool et en leur expliquant TikTok. Mais Maddie Bregman, la fondatrice de 21 ans de GirlZ, une agence de consulting générationnel axée sur les femmes de la génération Z, affirme que la réalité est tout autre. Comme elle l’explique à R29 : "C'est beaucoup de travail et, pour moi, ça a demandé des heures et des heures d'e-mails, de suivi, de persévérance et de patience. J’adore mon travail, mais ce n’est pas glamour tous les jours".
Bregman confie qu'elle a vu une hausse dans le nombre d’e-mails reçus de diplômés du secondaire et de l'université cherchant à se faire une place dans le consulting, ajoutant qu’aujourd’hui, ce métier est devenu plus conventionnel. Un nombre croissant de jeunes s'y intéresse en temps de crise. "La génération Z est la génération la plus entrepreneuriale que le monde ait jamais connue et de plus en plus de jeunes trouvent de nouveaux moyens créatifs de gagner de l'argent sans se contenter d'un boulot conventionnel".
"Malheureusement, à cause de la crise du COVID, nombre d'offres ont été annulées. De nombreux étudiants envisagent de prendre une année de césure", explique Maia Ervin, chef de cabinet de JUV Consulting. JUV est la plus grande et la plus populaire des agences de conseil générationnel. Elle est entièrement dirigée par des personnes de moins de 24 ans et collabore avec des marques comme VSCO et Jansport. Selon Ervin, la société a reçu deux fois plus de candidatures cet été. "L'intérêt est très vif, et je déteste que ce soit en lien à la pandémie".
Publicité
Alors, en quoi consiste le travail de consultant générationnel dans les faits ? Ervin admet : "Nous recevons beaucoup de demandes concernant TikTok." Mais le plus souvent, JUV place des consultants auprès de marques, d'entreprises et d'équipes qui cherchent à mieux comprendre la génération Z. Ils veulent comprendre les données collectées sur ces jeunes, ils veulent apprendre à utiliser certaines plateformes de réseaux sociaux et ils veulent plus d'informations sur les intérêts de la génération Z. Sandra Salvaterra, 20 ans, travaille au sein de l'équipe créative de JUV et bien que ses journées sont ponctuées de réunions et d'e-mails, elle est convaincue qu'elle fait plus que donner aux grandes entreprises des outils pour soutirer de l'argent à ses pairs : "Nous voulons non seulement être compris, mais aussi qu'on nous comprenne pour nous donner les moyens d'agir pour ne pas être seulement utilisés comme une stratégie marketing ou un autre public cible. Nous sommes des personnes, et comme toute personne, nous méritons d'être compris".
L'attrait pour les candidats réside en partie dans le fait que le consulting est un excellent moyen de se forger un CV, car il s'agit d'une expérience transférable dans de multiples secteurs. C'est un très bon tremplin pour une personne qui prend une année de césure ou qui arrête les études et qui souhaite devenir entrepreneur ou poursuivre une carrière créative.
S'il y a un pionnier du consulting générationnel, c'est bien Connor Blakley : il a fondé une agence de consulting pour la Gen Z, YouthLogic, alors qu'il n'avait que 15 ans, et il affirme que c'est un parcours de carrière adapté pour les jeunes qui cherchent à devenir entrepreneurs. Il a reçu de nombreux e-mails de personnes lui posant des questions sur son travail, surtout depuis que le Covid-19 a perturbé tant l'année scolaire que le cycle d'embauche des étudiants fraîchement diplômés.
Mais Blakley met en garde contre le fait de penser que le travail n'est que glamour et salles de conférence : "Certains pensent qu’il suffit de se pointer et de répondre à des questions simples sur sa génération". Selon lui, un bon consulting générationnel consiste à faire tomber les stéréotypes, à commencer par les stéréotypes sur les jeunes en général. "On discute et ils se rendent compte de tout ce que ça implique et réalisent que je ne suis pas si bête".
Avec la popularité de TikTok au plus haut et tant de jeunes leaders à la tête des luttes contre la brutalité policière et le changement climatique, 2020 pourrait bien être une année prometteuse pour la Gen Z. Mais c'est aussi l'année la plus éprouvante financièrement pour ces derniers. Dans ce contexte, le consulting générationnel se présente comme un coup de pouce peu conventionnel et inattendu qui mise sur le capital de la jeunesse. Mais surtout, cela permet aux jeunes de s'asseoir à la même table que les dirigeants et les cadres - des gens qui ont le pouvoir d'apporter des changements importants et nécessaires. Cela donne aux jeunes d'aujourd'hui la chance de voir si les anciens qui sont responsables d'un si grand nombre de problèmes actuels sont prêts à les écouter.

More from Work & Money