Ce que coucher avec des femmes m’a appris sur moi-même

Photo: Via @KeziahQuarcoo X @OurNakedTruths
Jusqu'à l'âge de 23 ans, je n'avais couché qu'avec des hommes cis et je me sentais souvent tiraillée lorsqu'il s'agissait de sexe car, d'une part, j'aimais ça - mais vraiment - et, d'autre part, j'avais peur de mon plaisir à cause de la stigmatisation des femmes sexuellement actives. Dès le plus jeune âge, le comportement sexuel d'une femme est contrôlé par la société et je me suis retrouvée à coucher avec des hommes pour valider ma féminité - souvent des hommes qui profitaient de mon insécurité. Après quelques relations toxiques avec des hommes, à 21 ans, j'ai fait le choix de faire une pause avec le sexe pour prendre le temps de découvrir ce que j'attendais vraiment d'une relation. À 23 ans, j'ai réalisé que j'étais peut-être aussi attirée par les femmes.
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Peu après cette réalisation, je suis sortie pour la première fois avec une femme androgyne rencontrée sur Tinder. Après quelques verres dans un bar, nous sommes allées en club et je me suis retrouvée dans un Uber en direction de son appart. Mon abstinence a pris fin ce soir-là. À partir de ce moment, la façon dont je me voyais, dont je voyais ma sexualité, mon corps et mon genre ont changé.
Les règles tacites de la séduction et de la sexualité dans le monde hétéro lèsent les femmes de leur sexualité ; je n'avais pas réalisé à quel point ma vie sexuelle m'échappait jusqu'à ce que je commence à sortir avec des femmes. J'ai réalisé que je me bridais sexuellement par peur d'être considérée comme une "salope" ou que j'avais des rapports sexuels sans orgasme parce que je privilégiais le plaisir d'un homme au mien. Depuis, j'ai passé beaucoup de temps à me défaire de ces habitudes et à désapprendre le comportement et le langage toxiques que j'ai inévitablement appris au cours de mes années hétéro. C'est seulement ainsi que je pourrais avoir des relations saines avec les femmes.

L'une des leçons les plus importantes que j'ai apprises depuis que je couche avec des femmes, c'est qu'il n'y a pas de honte à être une personne fluide.

L'une des leçons les plus importantes que j'ai apprises depuis que je couche avec des femmes, c'est qu'il n'y a pas de honte à être une personne fluide. Mon expression du genre est à la fois masculine et féminine. Pourtant, quand je sortais avec des hommes, je voyais ma féminité comme une obligation parce que dans ma tête, l'homme "remplissait" déjà le rôle masculin dans la relation, alors j'avais l'impression de devoir m'hyper-féminiser et gommer toute trace de masculinité. Ça a continué avec la première femme avec laquelle j'ai couché. Elle était androgyne et masculine, et je me suis donc retrouvé à jouer la carte de la féminité une fois de plus. Chaque fois que je la voyais, je portais des robes près du corps et du maquillage, et pendant nos ébats sexuels, je recevais le plaisir sans jamais réciproquer. Je ne vais pas mentir, c'était un rôle que j'étais heureuse de jouer parce que, merde, je méritais des orgasmes après toutes ces années de sexe décevant.
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Ce qui m'a semblé bizarre, c'est que faire l'amour avec une femme me paraissait naturel, ce n'était pas gênant et pour une fois, je ne me tortillais pas dans l'espoir de cacher mon corps. Mais je continuais à essayer de dissimuler ma masculinité. Non pas parce que la fille avec qui je sortais m'avait dit que je devais remplir le rôle de femme ou qu'elle n'aimait pas recevoir de plaisir, mais je ne pouvais pas me défaire des rôles hétéronormatifs et je n'arrivais pas à réaliser que les relations pouvaient exister en dehors de ce système binaire, homosexuelle ou pas.
Le fait de coucher avec des femmes m'a également permis de me sentir suffisamment à l'aise pour explorer le sexe et les différentes façons de donner et de recevoir du plaisir, depuis le passage de rôles dominants et soumis jusqu'à différentes positions et l'utilisation de sex-toys. Bien que je sois maintenant l'heureuse propriétaire d'une panoplie de jouets sexuels, lorsque mon ex m'a emmenée pour un date dans un sex-shop pour acheter mon premier jouet - un gode ceinture - j'ai n'arrêtais pas de me retourner. J'avais peur que quelqu'un nous surprenne. Je me suis sentie si gênée d'entrer dans la boutique ; de toute évidence, je n'assumais toujours pas ma sexualité. J'évitais le contact visuel avec absolument tout le monde, pendant que mon ex attrapait des godes, me demandant quelle taille et quelle couleur je voulais. Je me disais : "Mais j'en sais rien moi !". Elle a demandé de l'aide à une vendeuse et je jure qu'à ce moment précis, j'aurais voulu disparaitre. Ce qui est assez ironique, étant donné que je suis actuellement en train d'écrire un article très public sur ma vie sexuelle. C'est ce qu'on appelle la croissance.
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À mesure que j'évoluais dans le monde queer et que je me suis sentie plus à l'aise avec ma fluidité, j'ai commencé à remarquer à quel point la misogynie, le sexisme et la pensée genrée continuent d'exister au sein de la communauté LGBTQ+ et combien la façon dont je me présentais dictait ma propre expérience au sein de celle-ci. Maintenant, comme je me présente de manière plus masculine, j'ai remarqué que certaines femmes supposent que je suis la personne "dominante" au lit et que j'adopte le rôle de "l'homme". Si certaines femmes sont heureuses de jouer ce rôle, je ne suis pas l'une d'entre elles. Il y a quelques années, une fille avec qui je sortais m'a demandé de la prendre avec un gode ceinture la première fois que nous avons couché ensemble. C'est vrai que j'en avais un, mais nous n'avions jamais abordé la question. Je ne l'avais jamais utilisé qu'avec mon ex-copine et pour être honnête, elle m'a pénétrée plus que je ne l'ai fait - donc cette fille a dû supposer que j'en avais un et que je voulais jouer le rôle "dominant" au lit. Ce n'est pas le cas. J'aime aussi recevoir.
Mais le sexe avec les femmes m'a fait découvrir une intimité et une réciprocité dont je n'avais jamais fait l'expérience avec les hommes et m'a donné un niveau de confiance en mon corps que je n'aurais jamais cru possible. On a décrit mon corps nu d'une manière que je n'aurais jamais imaginée ; ma vulve, qui a toujours été une source de honte parce qu'elle ne ressemble pas au "vagin parfait" que l'on voit dans le porno, ne me fait plus honte aujourd'hui.
Ça peut sembler vraiment ridicule, mais je n'ai jamais reçu autant de compliments sur mon corps que depuis que je couche avec des femmes. Mon corps nu sans filtre, apprécié d'une manière que je ne savais pas mériter. En voyant la beauté des autres femmes, j'ai pu constater ma propre beauté. Les femmes m'ont apporté compassion, intimité et acceptation. C'est pendant l'acte sexuel que je suis le plus vulnérable et que ma fluidité est mise à nu. Sans vêtements, ma fluidité est toujours valable. J'en suis maintenant à un point de ma vie où je suis heureusement amoureuse d'une femme qui m'a permis d'affirmer ma fluidité et d'explorer ce qu'elle signifie pour moi, sans la moindre honte.
En couchant avec des femmes, j'ai appris qu'il n'y a pas de honte à avoir des relations sexuelles et que nous devrions normaliser le fait d'en parler. Pendant les rapports sexuels, il est important de communiquer. Dès que je me suis débarrassée de la honte, j'ai pu communiquer que ce que j'aimais au lit, comment j'aimais être satisfaite et, surtout, ce que j'attendais de la relation. Sans avoir besoin de mentir, de manipuler ou d'avoir honte. Était-ce seulement du sexe ? Un plan cul ? Une relation ? La communication est véritablement la clé. Plus je communiquais ce que je voulais, plus les orgasmes étaient nombreux. Coucher avec des femmes m'a non seulement permis de trouver ma voie, mais aussi les orgasmes que je méritais, que nous méritons tou·tes.

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