Le guide pour identifier les fake news sur les réseaux sociaux

Photo par Eylul Aslan
En ce moment, nous sommes dans les limbes. Il n'y a pas d'autre façon de le décrire. C'est une période difficile pour nombreu·ses·x d'entre nous qui est remplie par le bourdonnement constant des actualités de BFMTV. Nous sommes désespéré·es par toute nouvelle qui pourrait prolonger le confinement, alors bien sûr, nous dévorons chaque contenu partagé sur les réseaux sociaux. Mais une bonne connaissance d'Internet vous ferait dire qu'il est dangereux de croire tout ce que vous voyez sur toute plateforme de réseau social. Ce n'est pas parce que c'est en ligne que c'est un fait - cela est clair. Mais ce qui est moins clair, c'est de savoir à quelles informations des réseaux sociaux on peut se fier et lesquelles sont sans aucun doute des informations mensongères. En cette période critique, il est plus important que jamais de pouvoir identifier les fausses affirmations sur les réseaux sociaux - et ce, peu importe le sujet -, nous avons donc demandé l'aide d'un expert.
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"La meilleure façon d'éviter toute désinformation serait de se tenir à l'écart des réseaux sociaux", déclare par téléphone le Dr Filippo Trevisan, professeur à l'école de communication de la American University, à Refinery29. "Mais ce n'est pas une chose juste à demander aux gens, parce que nous avons beaucoup de questions en ce moment et les réseaux sociaux vont être une source d'informations pratique. Il y a beaucoup de désinformations, mais il y a aussi beaucoup d'informations utiles". La réalité étant que la plupart des gens vont scruter de manière obsessionnelle Twitter, Instagram, Facebook et même TikTok pour obtenir des infos sur le coronavirus, heureusement, le Dr Trevisan affirme qu'il existe certaines stratégies qui peuvent être utiles pour déchiffrer quelles informations sont exactes et lesquelles sont fausses.

Les informations viennent-elles d'une personne ou d'un robot ?

La première chose que vous devez faire après avoir lu une information qui circule sur Facebook ou Twitter (ou, vous avez compris, Instagram ou TikTok) est d'en évaluer la source. Étant donné que nous vivons à l'ère des robots de l'internet, cela signifie qu'il faut d'abord examiner si l'information est partagée ou non par un véritable humain. De votre côté de l'écran, cela peut sembler impossible à prouver, mais le Dr Trevisan expose quelques éléments concrets à rechercher lorsqu'il s'agit de vérifier si l'intervenant est une personne.
"Vous devriez regarder ce que ce compte particulier a publié, et s'il a publié à plusieurs reprises le même type d'informations, si les informations sortent toujours du même point de vue, s'il y a des fautes d'orthographe ou de grammaire, si ce compte semble avoir été créé assez récemment, ou s'il a juste commencé à tweeter ou à publier des informations sur un sujet quelconque et rien d'autre, alors ce sont des indications assez claires que ce n'est pas une personne qui fait ce travail", explique-t-il. "Et même s'il s'agit d'un humain, ce genre de schéma devrait éveiller les soupçons".
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Si l'information provient d'un humain, qui est-il et où se trouve-t-il ?

En d'autres termes, si vous suivez l'amie de votre tante qui habite sur Paris, sur Facebook, vous ne voudrez peut-être pas automatiquement croire tout ce qu'elle a à dire sur ce qui se passe à Marseille. Si vous êtes convaincu·e qu'il s'agit d'un être humain, demandez-vous : "Qui est-ce ? Est-il probable qu'il ait vraiment une connaissance locale de ce qui se passe sur le terrain ?", explique le Dr Trevisan. "Cette personne est-elle vraiment bien placée pour apporter un point de vue digne de confiance dans ce cas ?" Toutes les fausses nouvelles ne viennent pas de quelqu'un qui a de mauvaises intentions, mais cela ne veut pas dire qu'elles sont fiables.

L'information est-elle vérifiable ?

Si vous êtes assez sûr·e que l'amie de votre tante n'est pas au courant de ce qui se passe à Marseille, à Nice ou ailleurs, mais que vous ne connaissez pas totalement sa vie, prenez le temps de rechercher les informations qu'elle a partagées. Le Dr Trevisan recommande d'examiner d'autres sources pour confirmer la véracité des affirmations faites sur les réseaux sociaux. Vous devriez aller au-delà de la simple référence à des médias nationaux et vous renseigner auprès des médias locaux.

L'information suscite-t-elle une réaction particulièrement intense de votre part ? Si c'est le cas, faites une pause.

Nous sommes probablement tou·s·tes familier·es avec l'expérience de scroller nos feeds et d'être interrompu·es par quelque chose qui nous remplit d'indignation ou peut-être d'excitation extrême. Selon le Dr Trevisan, cela devrait en fait être un signal d'alarme. "Méfiez-vous des contenus, en particulier de ceux qui semblent destinés à susciter une forte passion - pas seulement des contenus négatifs, dans certains cas, des contenus positifs aussi", explique-t-il. "S'il semble que le contenu parle vraiment de nos préjugés préexistants, c'est un élément auquel il faut être particulièrement attentif et prendre un peu de temps pour le considérer". Lorsque vous voyez un de ces posts percutants, ne laissez pas cette passion vous inciter à partager, rediffuser ou retweeter immédiatement. Prenez un peu de recul.
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Comment repérer les fausses infos sur Facebook et Twitter ?

Le Dr Trevisan affirme que chacune des actions ci-dessus est efficace sur toutes les plateformes, mais qu'il y a des éléments spécifiques à rechercher sur des réseaux sociaux précis. Selon l'expert, Twitter a récemment fait du bon travail lorsqu'il s'agit de réprimer le partage de fausses informations. D'une part, la plateforme a intégré "la pause" dont nous avons parlé avant de partager tout contenu. Vous avez peut-être remarqué que Twitter invite désormais automatiquement à ajouter votre propre commentaire avant de pouvoir retweeter quelque chose. Les utilisat·eurs·rices ne sont pas obligé·es d'ajouter un commentaire, mais le fait de ne plus autoriser les retweets immédiats fait au moins que les utilisat·eurs·rices prennent le temps de réfléchir si elles·ils veulent vraiment partager le contenu ou si elles·ils devraient peut-être fournir plus de contexte à leurs followers. "Twitter a instauré cette innovation particulière pendant les élections présidentielles américaines pour aider les gens à suivre les étapes dont nous avons parlé - prendre un peu de temps pour faire la recherche ou au moins réfléchir au contenu qu'ils voient et à la source dont il provient", explique le Dr Trevisan.
En outre, le professeur souligne la récente décision de Twitter de superposer aux tweets qui contiennent des informations trompeuses un avertissement avant qu'ils ne soient réellement visibles par les utilisat·eurs·rices - toute personne ayant regardé le feed de Donald Trump récemment est au courant de cette fonctionnalité. "Je pense que c'est une très bonne initiative, et cela enlève aussi aux gens la possibilité d'aimer ces posts immédiatement", explique-t-il. "Cela permet de s'assurer que celui qui fait le post a toujours la possibilité de dire quelque chose, mais en même temps, cela limite la vitesse à laquelle ces affirmations sont diffusées et partagées avec d'autres, ce qui ralentit la diffusion de la désinformation".
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L'approche de Facebook pour freiner la diffusion de fakes news consiste à étiqueter tout contenu politique comme potentiellement biaisé, et selon le Dr Trevisan, cette stratégie est moins efficace. Lors des élections américaines, la plateforme avait créé un avertissement en tête de tous les fils d'actualités où on pouvait lire : "Les votes sont en train d'être comptabilisés. Le vainqueur de l'élection présidentielle américaine de 2020 n'a pas encore été désigné". Ces types d'avertissements généraux ne sont pas efficaces, selon le Dr Trevisan, car ils ne concernent pas les détails d'une information particulière. "Je ne dis pas que Twitter signale tout ce qui pourrait être de la désinformation - c'est probablement impossible à faire - mais en termes de création d'opportunités pour que les gens prennent le temps de réfléchir de manière plus critique sur ce qu'ils sont en train de faire et de partager potentiellement avec les autres, je pense que Twitter fait un meilleur travail".

Que devez-vous faire lorsque vous voyez des informations erronées ? Signalez-les et ne commentez pas.

Une fois que vous avez pris votre temps pour rechercher et réfléchir sur les informations que vous voyez sur les réseaux sociaux et qui ou quoi les partage, et que vous décidez qu'elles sont potentiellement fausses, le Dr Trevisan vous conseille de signaler ce tweet ou ce post dès que possible. "C'est tout à leur honneur que les plateformes ont élargi leur champ d'action à la désinformation et qu'elles ont engagé du personnel supplémentaire pour se pencher sur ces questions", dit-il. "Donc, bien que Facebook adopte une approche plus générale que je ne considère pas comme efficace, il y a toujours des personnes qui examinent ces signalements, et il est très important que chacun les soumette".
Si les fausses affirmations proviennent de quelqu'un que vous connaissez, votre instinct pourrait être de laisser un commentaire passif-agressif qui dit "Où exactement as-tu eu cette information ?" suivi d'un émoji qui réfléchit ou même un émoji en colère qui les interpelle pour avoir partagé des fakes news. L'expert ne recommande pas cette tactique. "Je pense que le fait d'engager avec l'information ne va pas mener à un résultat utile. Ces personnes pourraient se sentir attaquées ou jugées et cela pourrait même causer aux gens plus de stress qu'ils n'en ont besoin en ce moment".

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