Ce que des hommes célibataires pensent des rencontres après 30 ans

Photo by Vanessa Gren/EyeEm
"Lorsque ma dernière relation s'est terminée, certains de mes amis garçons en couple ont manifesté un certain enthousiasme", m'explique John, 36 ans, qui vit à Manchester. "À leurs yeux, j'étais à nouveau de retour dans le 'game' et je pouvais faire certaines des choses qu'ils voulaient probablement faire en secret". 
"Selon où on regarde et qui on écoute, il y a une idée qu'être célibataire dans la trentaine est normal, et même désirable", ajoute-t-il. "Je pense que c'est un peu trop simplifié, c'est le moins qu'on puisse dire. La réalité est tout autre".
Le message sur le célibat est contradictoire. Il est à la fois amusant et finalement tragique ; il est essentiel à l'épanouissement, mais n'est vraiment acceptable qu'au passé. 
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En tant que femmes, selon notre date de naissance, nous savons précisément à quoi ressemble la vie de célibataire à la fin de la vingtaine et à la trentaine : un mix captivant de Bridget Jones, Carrie Bradshaw et, plus récemment, ou plutôt de façon plus rafraîchissante, Lizzo.
En tant qu'identité, le célibat féminin hétéro est tellement chargé d'émotion que des genres entiers lui sont consacrés. Nous en parlons souvent. Nous nous en plaignons lorsqu'il devient stéréotypé ou commercialisé, banal ou tout simplement dégradant.

Le message sur le célibat est contradictoire. Il est à la fois amusant et finalement tragique ; il est essentiel à l'épanouissement, mais n'est vraiment acceptable qu'au passé. 

Mais que savons-nous des mêmes choses en ce qui concerne l'expérience des hommes (hétéros) ?
"James Bond ?" John hésite lorsque je lui pose des questions sur les représentations de la société auxquelles les hommes célibataires sont censés se référer. "Trop brisé pour s'attacher émotionnellement, alors il ne fait que baiser des femmes et tuer des gens". Pas exactement ce à quoi on a envie de s'identifier, n'est-ce pas ? "Il ne semble pas y avoir beaucoup de modèles masculins qui vivent heureux, en bonne santé et célibataires jusqu'à l'âge moyen", déclare-t-il.
Il existe un discours bien établi (bien que très fatiguant) sur les hommes célibataires âgés de 30 ans et plus, selon lequel ils sont joueurs, coureurs de jupons, 'difficiles' ou dangereusement non engagés. Le discours figé selon lequel les hommes ne parlent pas (ou ne veulent pas parler) de leurs sentiments entre également en jeu, ainsi que d'autres fardeaux de la masculinité toxique. Il n'est pas surprenant, comme le dit John, qu'il y a beaucoup plus que ça.
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"Les gens semblent penser que les mêmes pressions exercées sur les femmes pour qu'elles se casent n'existent pas avec les hommes", explique Dean Westbrook, 28 ans, consultant en voyages à Wimbledon.
"C'est dans une moindre mesure avec les hommes, bien sûr. Mais j'ai encore ces grands-parents très optimistes qui m'envoient des cartes de Noël du style "à mon petit-fils et à sa compagne", parce qu'ils pensent que maintenant je dois être enfin casé. Je suis enfant unique et je sais que ma mère aimerait avoir des petits-enfants. Il y a forcément une pression", avoue-t-il.
Des études montrent qu'il n'est pas le seul à ressentir ça. 71 % des hommes célibataires ont déclaré lors d'une enquête eHarmony de 2017 qu'ils se sentaient obligés de s'engager dans une relation, contre 58 % des femmes. "Vous ne pouvez pas laisser les exigences peser sur vous", ajoute Dean.
"Pour moi, je pense que les activités les plus calmes - les activités quotidiennes - se rapportent davantage à la situation. Beaucoup de mes amis sont en couple, alors quand arrive le week-end et que je demande ce que tout le monde fait, tout à coup, chaque homme et son chien partent pour Center Parcs. On ne peut pas s'empêcher de penser à ce que font les autres et puis, qu'est-ce que je fais ?
"Je pense que les hommes ont besoin de parler davantage de solitude et de séparation, surtout les hommes célibataires qui ont le sentiment d'être à la dérive", explique John.

Beaucoup de mes amis sont en couple, alors quand arrive le week-end et que je demande ce que tout le monde fait, tout à coup, chaque homme et son chien partent pour Center Parcs. On ne peut pas s'empêcher de penser à ce que font les autres et puis, qu'est-ce que je fais ?

Dean, 28 ans
Il est sorti d'une relation de six ans en juillet 2019. "La plupart de mes amis sont dans des relations à long terme… Vous pouvez vous retrouver seul et les hommes sont nuls pour demander de l'aide ou s'entourer d'amis, selon mon expérience."
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"Je pense que c'est en partie parce qu'en vieillissant, on ne se fait plus de nouveaux amis, mais aussi parce qu'il existe un sentiment pervers selon lequel les hommes devraient être des loups solitaires qui ne devraient pas se préoccuper de leurs émotions. On le voit souvent dans les livres et les films - généralement ceux qui interpellent les hommes pour les aider à renforcer cette image. C'est un cercle vicieux".
"J'ai la chance d'avoir des amis garçons avec qui je peux parler de mes sentiments, qui ont vécu des choses similaires, et je peux donc leur parler de ma solitude. Mais je pense que ce n'est pas trop fréquent et je m'inquiète pour les hommes qui ont personne autour d'eux à qui ils peuvent parler de leur solitude, parce que c'est un sentiment tellement horrible. Je peux comprendre pourquoi le taux de suicide chez les hommes de mon âge est si élevé, car on peut vraiment avoir l'impression d'avoir échoué dans la vie, surtout si on adhère aux messages de la société sur ce que c'est que d'être un homme".
Certaines études montrent que les hommes célibataires font état de niveaux de solitude plus élevés que la majorité des autres groupes sociaux. D'autres affirment que les femmes sont plus à même de parler de la solitude. Cela n'est pas sans conséquences : la dépression de la quarantaine chez les hommes est très fréquente entre 35 et 50 ans, et le taux de suicide est effroyablement élevé.
Eliot Small, 30 ans, chef d'un département informatique du centre de Londres, est célibataire depuis quelques années après une relation de quatre ans. Bien qu'il ne soit pas activement à la recherche d'une relation pour le moment, il est ouvert à cette idée. Mais il affirme qu'il est de plus en plus difficile de trouver une relation sérieuse, surtout à l'ère des applis.
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Je m'inquiète pour les hommes qui ont personne autour d'eux à qui ils peuvent parler de leur solitude. Je peux comprendre pourquoi le taux de suicide chez les hommes de mon âge est si élevé, car on peut vraiment avoir l'impression d'avoir échoué dans la vie.

John, 36 ans
"Je pense que je suis bien avec le fait d'être célibataire", explique-t-il. "Mais j'aimerais trouver quelqu'un. L'accessibilité - de pouvoir 'se connecter' avec tant de personnes, constamment - semble avoir ruiné quelque chose. Ça semble instable. Les gens sont tellement pressés qu'ils envoient des messages à plusieurs personnes à la fois… J'ai l'impression que les filles font ça plus souvent que les hommes. Ça peut vous donner un sentiment d'insécurité".
Il y a une légère attitude défensive dans la façon dont Eliot parle de ce sujet, que je rencontre à plusieurs reprises lors de mes recherches sur ce reportage. Certains hommes sont gênés d'en parler, d'autres se soucient de ce que cela va leur apporter, de dire publiquement qu'ils sont célibataires et qu'ils n'en sont pas contents. Cette pression est universelle, semble-t-il - ce n'est pas 'cool' d'admettre qu'on veut être aimé, mais nous le voulons tou·tes·s.
Il n'est pas surprenant que les antécédents aient également un grand impact sur les attitudes concernant le célibat chez les hommes à qui je parle. John me dit que ses amis célibataires qui ont avoué qu'ils préféreraient vraiment être dans une relation, ont souvent des parents qui sont toujours ensemble et qui veulent reproduire ce modèle. L'attitude saine de Dean - "J'ai de la chance, j'ai beaucoup d'amis adorables, j'essaie juste d'être décent" - semble refléter une vie familiale stable.
Eliot, en revanche, dont la mère est russe et le père britannique, a connu le divorce de ses parents lorsqu'il était enfant, avant d'être envoyé en pension.
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Ses opinions sont assez tranchées - il parle des hommes qui cherchent à se "reproduire" et semble parfois en vouloir aux femmes. Il déclare même qu'il n'existe "aucune culture du viol en Grande-Bretagne ou aux États-Unis" et m'exhorte à vérifier les statistiques sur les faux reportages. Il estime qu'aujourd'hui les hommes peuvent être considérés comme des objets par les femmes lors de rendez-vous. Toutefois, Dean semble être d'accord avec cette dernière idée.
"J'ai eu un rancard désastreux le mois dernier", explique Dean. "C'était le troisième date et nous avons assisté à un petit concert. Je ne suis pas une mauvaise personne, ni offensante ou quoi que ce soit d'autre, et nous avons semblé bien nous entendre. Mais elle est partie au milieu du concert. Je n'ai pas trouvé ça très sympa. Je pense que beaucoup de gens - quel que soit leur sexe - pensent que la nature impersonnelle des applis signifie que vous n'avez pas à être poli. La décence humaine est un peu perdue sur ce point".
Bien que John n'ait flirté qu'à travers des applications jusqu'à présent, il y trouve des côtés positifs comme négatifs. Elles sont positives, dit-il, parce qu'il a rencontré des gens dans des situations similaires à la sienne. "J'ai découvert que les gens ne paniquent pas à l'idée d'être célibataire, ils ont leurs propres idées d'où ils veulent aller", explique-t-il. "Il est donc agréable de savoir que ces inquiétudes sur le fait d'être célibataire ne sont pas nécessairement fondées".
Le rejet (et un comportement inapproprié) peut cependant avoir des effets néfastes sur votre bien-être mental, comme l'explique Dean. "Être célibataire et faire des rencontres, c'est amusant, mais c'est aussi épuisant. Il faut être fort et sûr de soi. Sinon, vous risquez de vous sentir encore plus seul".
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John ajoute qu'il "trouve avec les applications que vous pouvez sentir que vous êtes en compétition pour capter l'attention et les matchs, etc. C'est un environnement froid et impersonnel et, selon l'importance que vous accordez à la rencontre de quelqu'un, cela peut vraiment provoquer une détresse émotionnelle. Je pense que les hommes sont plus sensibles à cette situation, car ils n'ont souvent pas la même boîte à outils émotionnelle pour naviguer dans le monde de la communication en ligne que les femmes ont ou requièrent".

Nous sommes enfermé·e dans des identités ou des stéréotypes qui nous mettent mal à l'aise, ou que des stéréotypes sociaux plus larges sur le genre ont créé en premier lieu.

Nombre de nos discussions s'appuient sur un sentiment familier - celui d'être enfermé·e dans des identités ou des stéréotypes qui nous mettent mal à l'aise, ou que des stéréotypes sociaux plus larges sur le genre ont créé en premier lieu.
Les hommes que j'ai interrogés se souviennent tous de moments où ils se sont retrouvés du côté négatif d'un stéréotype et se sont sentis piégés par celui-ci ; par exemple, John a remarqué qu'il a souvent l'impression de devoir justifier pourquoi il est célibataire à 36 ans. "Quand j'explique que je sors d'une relation de sept ans, on me donne immédiatement plus de latitude, comme s'il était normal d'être une victime des circonstances plutôt qu'un coureur de jupons qui a trop peur de s'engager".
"Je pense que le cas le plus honteux pour les hommes célibataires dans la trentaine est celui du type qui a trop peur de s'engager et de s'installer, qui veut juste tout faire à sa façon", ajoute-t-il. "C'est un stéréotype vraiment toxique qui donne aux hommes un sentiment d'insécurité, à mon avis."
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Un autre ami me confie que les gens pensent qu'il est un "grand enfant" parce qu'il a 38 ans et qu'il est célibataire - une femme de son bureau a fait une blague sur son incapacité à faire le ménage et la cuisine.
Pour ce que ça vaut, cet ami a déjà participé à une compétition spéciale Masterchef (et l'a remportée). "Je ne pense pas que les gens pensent que ma vie est très sérieuse parce que je suis célibataire, j'ai 38 ans et je n'ai pas d'enfants", explique-t-il. Pour des raisons financières, il vit en colocation dans une maison à Londres, ce qui, dit-il, "n'aide pas".
Et tout comme un discours empoisonné et infondé sur l'échec est imposé aux femmes célibataires âgées de plus de 30 ans, John pense que "les gens ne comprennent pas qu'il y a un sentiment d'échec quand une relation se termine après 30 ans", en tant qu'homme aussi.
"Pour les hommes qui reçoivent constamment des discours sur la prise de responsabilité, la réussite et la victoire, cela peut être un coup très dur", ajoute John.
"En définitive, être célibataire ne pose pas de problème, être isolé en pose un", dit-il. "Et il n'y a pas assez d'espace créé dans la société pour que les hommes soient l'un et non l'autre".

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